Pays de Galles – France : « On ne laisse rien à l’adversaire »… Héroïques en défense, les Bleus plient mais ne rompent pas

RUGBY Le XV de France a tracé sa route vers le Grand Chelem dans le Tournoi des VI Nations en battant les Gallois ce vendredi à Cardiff (9-13). En pliant beaucoup, mais sans jamais rompre

Nicolas Stival
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Rugby : Le débrief de Pays de Galles - France (9-13) — 20 Minutes
  • En allant gagner ce vendredi au pays de Galles (9-13), l'équipe de France a fait un pas supplémentaire vers le Grand Chelem, qu’elle décrochera en cas de succès sur l’Angleterre samedi prochain.
  • Les Bleus ont bâti leur succès sur une défense épatante, face aux assauts gallois au sol et dans les airs.

De notre envoyé spécial à Cardiff,

Une dernière attaque galloise dans les arrêts de jeu, comme une ultime dose de souffrance injectée dans notre petit cœur de journaliste un brin chauvin. Un 471e plaquage français et un ballon qui ressort du bon côté, extrait par Gaël Fickou, en bon patron de la défense, puis projeté dans la rivière Taf qui lèche le Millennium Stadium. Voilà, c’est fini. Les Dragons ne briseront pas ce vendredi le rêve de Grand Chelem des Français, comme ces derniers avaient ruiné l’an dernier celui des joueurs du Poireau, à la dernière seconde du dernier match du Tournoi des VI Nations (32-30).

Après ce succès aux forceps (9-13), la bande à Antoine Dupont doit désormais bouter l’Anglais hors du Stade de France, le samedi 19 mars, pour concrétiser tout le bien qu’elle fait au rugby national depuis deux ans, et glaner ses premiers lauriers sous forme de « Grand Slam ».

Ce vendredi pourtant, c’est avec un genre de beauté particulière qu’elle a conquis sa septième victoire d’affilée, la quatrième de rang face à ses anciens tourmenteurs gallois. Pas de grandes envolées ni de percées magiques du meilleur joueur du monde. Plutôt une esthétique brutale et austère, qui sied au moine-soldat François Cros. « Au niveau du caractère, c’était top. On a eu une grosse défense ce soir, c’est ça qui nous permet de l’emporter ici. »

Sans peur et sans reproche

Avec ses 14 plaquages, le 3e ligne toulousain illustre à merveille son propos. Plus globalement, les Français ont tourné à 93 % de réussite dans l’exercice, avec même un « perfect » pour certains comme Anthony Jelonch (10 sur 10), auteur aussi du seul essai de la soirée dès la 9e minute.

« On a eu un ballon d’attaque et on a marqué, ça montre l’efficacité que l’on peut avoir, glissait Romain Ntamack au micro de France 2 dès le coup de sifflet final. On ne laisse rien à l’adversaire, on leur donne très peu de points. »

Depuis la tribune de presse, presque au ras de la pelouse, on a pu constater que la fracture du sinus de Gabin Villière était bien réparée, ou qu’alors l’ailier toulonnais était un brin fada au moment de barrer la route du colosse Faletau. On a aussi pensé qu’on ne se serait jamais relevé si on avait subi l’arrêt-buffet infligé par le golgoth Paul Willemse à l’arrière gallois Liam Williams.

Les hallebardes de Dan Biggar

Si la pluie s’est calmée au coup d’envoi dans un Millennium à ciel ouvert, les gouttes ont été remplacées par les hallebardes expédiées par Dan « Big Foot » Biggar pour éprouver la défense française. Fabien Galthié a sorti la calculette en conférence de presse. « Le match a été très tactique, avec 36 coups de pied de leur part contre 28 pour nous. Ils ont cherché à nous faire reculer avec leur jeu au pied, du coup on a eu beaucoup d’espaces à couvrir mais on a réussi à répondre présent. » Et en premier lieu Melvyn Jaminet, enfin souverain sous les chandelles et efficace au pied (3 réussites sur 4 tentatives).

Dans les airs comme au sol, les Gallois ont donc tout essayé. Mais la muraille française a tenu bon, avec juste ce qu’il faut de chance sur ce ballon inexplicablement égaré par le centre Jonathan Davies, à quelques mètres de l’en-but (62e). « Notre plan de jeu a failli marcher », grommelait après coup leur sélectionneur Wayne Pivac, bien marri après ce troisième échec en quatre matchs, ce qui fait quand même tache pour un tenant du titre.

Merci Shaun Edwards

Mais là encore, les stats sont implacables, et Fabien Galthié, en bon Bertrand Renard du rugby, en remet une couche. « On a réussi à gagner cinq rucks en étant très disciplinés, on sort avec huit pénalités. Il y a eu du savoir-faire dans le plaquage, dans la manière dont on est rentrés dans les rucks. »

Difficile de ne pas penser que si Shaun Edwards, responsable de la défense française, avait continué d’officier du côté gallois comme il l’a fait entre 2008 et 2019, le résultat aurait été inversé. Mais voilà, l’Anglais habite désormais Canet-en-Roussillon. Et son expertise ainsi que celle de ses collègues font le bonheur des fans tricolores, qui ont pu oublier une décennie 2010 aussi guillerette qu’un feuilleton allemand sur le service public à l’heure du digestif.

Ce vendredi, le Millenium Stadium, comme Murrayfield deux semaines plus tôt, avait des airs d’enclave française. Réputé hostile à l’adversaire, le splendide chaudron dépeuplé pour cause de politique tarifaire délirante de la Fédé galloise (63.000 spectateurs pour une capacité de 74.000) a dû encaisser des Marseillaise et des « Allez les Bleus » à répétition, et même un humiliant « On est chez nous ».


Forcément, ce soutien a galvanisé la résistance tricolore et son commandant en chef Julien Marchand (élu homme du match) qui a encore creusé comme une taupe en colère pour récupérer des ballons brûlants, tel ce grattage de la demi-heure de jeu, lorsque la pression adverse frôlait l’insupportable.

Difficile d’imaginer qu’« on a vu ce soir [vendredi] une équipe qui avait été malade, avec des joueurs qui ont été grippés, covidés », comme l’a dit Galthié, privé à Cardiff de Damian Penaud et de Romain Taofifenua pour cause de variant Omicron. Tous ces braves auront bien mérité de la patrie lorsque l’Angleterre sera tombée au Stade de France, samedi prochain. Car il ne peut plus rien leur arriver d’affreux, maintenant.