France-Pays de Galles : « Ils nous ont laissés le 12e round »… Les Bleus racontent leur come-back de l'espace

RUGBY Menés de sept points à quatre minutes de la fin, les joueurs de Fabien Galthié ont retourné la situation de manière magistrale

Nicolas Camus
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Tournoi des VI Nations: le débrief de France-pays de Galles — 20 Minutes
  • Le XV de France a battu le pays de Galles lors de la 5e journée du Tournoi des VI Nations, samedi. 
  • Les Bleus étaient pourtant mal embarqués à l'entame des vingt dernières minutes, et malgré trois essais refusés, ils ont su aller chercher la victoire. 
  • Un succès qui montre la force de caractère de ce groupe, qui n'a pas cédé à la panique. 

Au Stade de France,

On essaye de leur en vouloir, au moins un peu, pour le principe, après cette histoire de bulle percée mise grossièrement sous le tapis, mais il faut reconnaître que ce XV de France sait très bien s’y prendre pour – aussi – se faire aimer. Une semaine après une fin de match à jeter sa cup of tea par la fenêtre à Twickenham, les Bleus ont encore fait monter nos petits cœurs dans les tours samedi face au pays de Galles. Avec cette fois la douce délivrance de la victoire.

Il y a eu cette première période d’une intensité folle, bien sûr, avec deux équipes se rendant coup pour coup, mais ces vingt grosses dernières minutes, on ne les oubliera pas de sitôt. Dans les cordes après une fin de premier acte joué à reculons et un début de second raté, sanctionné par un essai d’Adams, les Français se sont rebellés dans la foulée du quatrième essai gallois, magnifique mais finalement refusé par l’arbitre. Ensuite, on n’a plus vu que du bleu sur la pelouse du Stade de France. « Les joueurs ont fait preuve de caractère, apprécie Fabien Galthié. Ils sont allés puiser très loin, tout ce qu’ils avaient au fond d’eux. »

La poisse avant la magie

Pourtant, la poisse leur a collé au train. Un premier essai de Julien Marchand refusé alors qu’aucune image ne permettait de se faire une idée précise de la situation sous un amas de joueurs, puis un second, pour une faute de Paul Willemse dénichée après 43 ralentis. Pire, pour avoir mis son doigt dans l’œil d’un Gallois au milieu de la bataille, le deuxième ligne français a été exclu. Mais c’est là, à cinq minutes de la fin, que la magie a opéré. Après un troisième essai refusé à Charles Ollivon, quand même…

« On ne nous a rien donnés aujourd’hui, on a dû aller chercher les choses », rappelle le capitaine, qui a enfin obligé M. Pierce à accorder un essai aux Bleus à la 76e minute en exploitant parfaitement un ballon au ras. « On a tout laissé sur le terrain, mais en restant dans le cadre et la structure, explique-t-il. Il fallait faire des choses simples, mettre les choses dans l’ordre parce que ce n’est pas pareil de jouer à 14. Mais on travaille aussi ce genre de scénario à l’entraînement, et ça a payé. »

Pas essai + rouge, la double peine.
Pas essai + rouge, la double peine. - Anne-Christine POUJOULAT / AFP

« L’équipe n’est pas sortie du match, pourtant elle aurait pu à plusieurs reprises parce que c’était parfois difficile de comprendre tout ce qu’il se passait », ajoute Galthié. S’il loue la capacité de ses hommes à rester debout malgré les vents contraires, le sélectionneur a également été un peu surpris par l’attitude des Gallois, qui ont complètement coupé le contact dans cette fin de match. La peur de perdre ce grand chelem qui leur tendait les bras les a peut-être un peu rattrapés. Pas le genre de la maison, en tout cas.

« C’est une équipe qui a fait le grand chelem 2019, qui a fait demi-finale de coupe du monde, là ils venaient jouer un nouveau grand chelem, avec une équipe à 60 sélections de moyenne… Normalement, ils ne lâchent pas un round. Ils jouent toujours douze rounds sur douze, mais là ils ont arrêté de boxer à onze. Ils nous ont laissés boxer le 12e et on l’a bien fait », analyse Fabien Goldmill Galthié.

Le contest de la gagne

« C’est frustrant, très difficile à admettre », avoue de son côté le sélectionneur néo-zélandais du Poireau, Wayne Pivac, encore « engourdi » comme ses joueurs quelques minutes après le coup de sifflet final. « On a manqué de discipline dans les dernières minutes, ça ne nous a pas aidés. »

Le XV de France, lui, a bataillé jusqu’au bout. Même quand tout le monde pensait qu’Atonio avait grillé la dernière cartouche avec un en-avant à la 79e minute, ils se sont arrachés pour contester un tout dernier ballon, aller jouer dans le camp gallois et envoyer Dulin marquer l’essai de la gagne au large après une séquence montreuse des avants.

Sans ceinture ni bretelles

« On était tous très concentrés, excités, on voulait absolument marquer cet essai, souffle Arthur Vincent, auteur de la passe décisive pour son arrière. Je vois Brice aplatir, il se relève, ça crie de partout, c’était fou ! J’ai eu du mal à réaliser ce qu’on venait de faire. » « On est allés la chercher avec les tripes », résume Anthony Jelonch, un autre des « finisseurs » chers au sélectionneur.

Avec les tripes, certes, mais pas n’importe comment non plus. « Il n’y a rien dans cette fin de match qui soit un hasard », assène Ollivon. « Même s’il restait peu de temps, il fallait être patient, garder de la lucidité », complète Dulin. De la lucidité, à ce moment-là ? Honnêtement, on ne sait pas bien comment ils ont fait ça sur le terrain, parce que dans les tribunes, tout le monde l’avait bien abandonnée depuis longtemps, entre les remplaçants et le staff en train de pousser très très fort et un peu plus haut tous les commentateurs debout à beugler à chaque charge française.

Jusqu’à la délivrance, donc. Et à cette victoire qui donne à Fabien Galthié l’impression d’avoir plongé dans une « piscine de bonheur ». Sans ceinture ni bretelles.