Pro D2 : Pourquoi le Biarritz Olympique pourrait bien déménager à Lille en 2022

RUGBY Le président du club basque, fâché avec la mairie de la ville, réfléchit à déménager le BO dans le Nord

Francois Launay
— 
Le Biarritz Olympique évolue au stade Aguilera
Le Biarritz Olympique évolue au stade Aguilera — GAIZKA IROZ / AFP
  • Troisième de Pro D2, le club du Biarritz Olympique pourrait bien quitter le Pays basque d’ici un an.
  • Fâché avec la mairie, le président du club basque envisage de délocaliser son équipe.
  • La métropole lilloise s’est portée candidate pour accueillir à terme l’un des clubs historiques du rugby français.

Sur le papier, l’histoire paraît folle. Et pourtant. En septembre 2022, le célèbre club du Biarritz Olympique, actuel 3e de Pro D2, pourrait bien déménager à Lille. Si les parties concernées ne veulent pas s’exprimer officiellement sur le sujet, Jean-Baptiste Aldigé, le président du club basque, est bien venu rencontrer Damien Castelain, le président de la MEL, ce lundi 15 mars dans le Nord.

Les décideurs politiques ont notamment fait visiter au patron du BO les installations du Stadium Lille Métropole qui pourrait un jour accueillir les matchs du club basque. Mais comment en est-on arrivé là ? Et pourquoi le club biarrot, installé à 1.000 kilomètres de Lille, serait prêt à déménager dans le Nord ?

Un conflit ouvert entre le club et la mairie de Biarritz

Pour le comprendre, il faut remonter un mois en arrière. Le 16 février dernier, la maire de Biarritz renonce à un projet d’extension du stade Aguilera souhaité ardemment par Jean-Baptiste Aldigé et les actionnaires du club pour développer le BO. Le projet, estimé à plusieurs dizaines de millions d’euros, est jugé beaucoup trop cher par la municipalité basque comme l’avait alors déclaré Maider Arosteguy, la maire de Biarriz.

« En période de crise du coronavirus, il est hors de question de dévier de nos engagements et de dépenser des dizaines de millions d’euros pour une entreprise privée, même si c’est notre club chouchou. Le rugby professionnel nous amène dans des dépenses gigantesques, qui se rapprochent des besoins financiers du football et une collectivité de 25.000 habitants ne peut plus suivre financièrement »

Trois villes prêtes à accueillir le BO

Piqué au vif, le président du BO se répand le lendemain sur les ondes de RMC dans le Moscato Show. L’homme d’affaires de 36 ans, aux commandes du club depuis 2018, déclare alors qu’il est prêt à délocaliser le BO pour lui donner beaucoup plus d’ambitions sportives et économiques. Tremblement de terre dans le monde du rugby, stupeur chez les supporters basques mais le message n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

Aussitôt, Lille mais aussi San Sebastian (Espagne) et une ville du Sud-Est viennent aux renseignements. Et si la capitale des Flandres est la plus éloignée géographiquement du Pays basque, son statut de grande métropole située au carrefour de l’Europe lui donne de sérieux atouts. Territoire hôte des demi-finales du top 14 cette année et de six matchs du Mondial 2023, la métropole lilloise n’a d’ailleurs jamais eu de club pro en rugby.

Trois options sur la table

Reste à savoir comment juridiquement le BO pourrait changer d’endroit tout en gardant son nom. Trois options sont sur la table.

La première consisterait à fusionner l’association amateur du club biarrot, qui a le numéro de licence d’engagement de l’équipe senior, avec n’importe quel club amateur du Nord tout en utilisant le Stadium comme stade résident. Le club pro issu de cette fusion s’installerait alors dans le Nord mais une autre association se recréerait à Biarritz et garderait le nom du BO en repartant en Fédérale 1 ou Fédérale 2.

La deuxième option, plus brutale, consisterait en une délocalisation pure et simple du stade. Avant le début de saison, chaque club doit déclarer le nom de son stade résident. Le BO pourrait alors garder son nom et juste déclarer que le Stadium Nord est son enceinte résidente. Tout le monde déménage de Biarritz à Lille et joue dans la division où évolue le club biarrot. Au Pays basque, personne ne pourrait plus alors utiliser le nom du BO ni le stade Aguilera, propriété du club basque au vu du bail emphytéotique qui court jusqu’en 2033.

La troisième option, extrêmement dure, conduirait à la liquidation pure et simple du BO et amènerait Jean-Baptiste Aldigé à venir investir dans le Nord pour créer un grand club de rugby.

Marcq ne veut pas fusionner avec le BO

Dans la métropole lilloise, l’idée privilégiée serait de faire fusionner le BO au club de Marcq-en-Barœul, qui évolue actuellement en Fédérale 1. Sauf que les dirigeants nordistes ne sont pas du tout de cet avis.

« Il n’y aura pas de fusion entre l’Olympique Marcquois et le BO », a ainsi déclaré ce vendredi Olivier Gradel, président du club nordiste, dans les colonnes de la Voix du Nord. Une sortie médiatique qui n’a pas été du tout appréciée du côté de la côte basque.

Martine Aubry ne veut pas en entendre parler

Chez les élus nordistes, on grince aussi des dents à l'image de Martine Aubry. La maire de Lille, qui a des origines basques, ne comprend pas cette possible délocalisation. « Quand j'ai lu ça dans la presse, j'ai cru à un gag. le BO, c'est pour Biarritz une identité, comme pour le rugby en général. Je trouve complètement hallucinant de vouloir le délocaliser. Un club c'est quoi ? Ce sont des joueurs, mais aussi des supporters, toute une population autour, un lieu, etc. Pour moi, cela n'a aucun sens » a déclaré ce vendredi la maire de Lille dans les colonnes de Sud Ouest.

Une chose est sûre : si le BO débarque à Lille, ce ne sera pas avant septembre 2022. D’ici là, les tractations vont se poursuivre et peut-être aboutir à l’une des plus grandes surprises de ces dernières années dans le monde de l’Ovalie.