XV de France : Jalibert vs Ntamack… Pourquoi les opposer et ne pas profiter de ces deux monstres (en même temps) ?

RUGBY Le staff du XV de France n’a encore jamais testé une compo avec les deux ouvreurs Romain Ntamack et Matthieu Jalibert

Aymeric Le Gall
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Romain Ntamack (à gauche) et Matthieu Jalibert (à droite).
Romain Ntamack (à gauche) et Matthieu Jalibert (à droite). — GEOFF CADDICK / Adrian DENNIS / AFP
  • Jusqu’à sa blessure à la mâchoire fin décembre dernier, Romain Ntamack était un titulaire indiscutable aux yeux de Fabien Galthié.
  • Depuis, Matthieu Jalibert a donné entière satisfaction et sera reconduit samedi face au pays de Galles.
  • Mais ne pourrait-on pas voir les deux hommes ensemble sur le terrain ? Pour ça, il faudrait positionner le Bordelais à l’arrière, ce que le staff n’exclut pas (à terme).

Il fut un temps, pas si lointain, où le sélectionneur français devait racler les fonds de soupière pour trouver un demi d’ouverture à peu près potable à mettre dans son quinze au coup d’envoi. Aujourd’hui, il suffit à Fabien Galthié de donner un coup de pompe dans un arbre à Marcoussis pour qu’il y en ait dix qui tombent. Bon, dix… Disons au moins deux, ce qui est déjà un sacré luxe. Avec l’explosion au plus haut niveau de Romain Ntamack et de Matthieu Jalibert, le sélectionneur tricolore a l’embarras du choix au poste de 10. Et dans ce petit jeu de la concurrence, il ne fait pas bon rater un épisode.

Plus ou moins établi n° 1 depuis l’intronisation de Galthié à la tête des Bleus, le demi d’ouverture Romain Ntamack est doucement en train de voir son coéquipier lui passer devant dans la hiérarchie, c’est en tout cas comme ça qu’on lit la nouvelle titularisation du Bordelais samedi pour le match face au pays de Galles. Propulsé sur le devant de la scène après la blessure à la mâchoire de Ntamack, Jalibert a fait mieux que jouer les doublures de luxe.

Déjà avant le Crunch, l’homme aux lunettes de l’espace justifiait son choix, « logique », de poursuivre avec le joueur de l’UBB, évoquant une forme de continuité dans les performances. Un constat que la défaite face aux Anglais n’a pas changé. « Il a fait une rencontre solide, il a été performant dans son rôle de buteur ce qui est très important. Dans l’animation, il a été performant aussi, dans l’animation offensive et la gestion du jeu. Il a été solide dans un match face à un adversaire consistant », a détaillé Galthié jeudi.

Jalibert en 15, une solution pérenne ?

Serait-ce alors faire preuve d’un peu trop de gourmandise que de dire qu’il est bien dommage de devoir se passer d’un de ces deux joueurs ? Ou, pour reprendre une expression chère aux Twittos en folie : Pourquoi toujours les comparer au lieu de simplement profiter de ces deux monstres ? C’était la théorie défendue par l’ancien international Richard Dourthe au début du mandat de Galthié dans les colonnes du Midi Olympique. « Aujourd’hui, avec Ntamack et Jalibert, on a deux très grands talents et je veux les voir ensemble et au même moment sur le terrain, disait-il. En équipe d’Angleterre, Eddie Jones a d’ailleurs très souvent déplacé Owen Farrell au centre pour faire une place à George Ford, qu’il pensait incontournable dans l’animation. Les grands joueurs savent cohabiter, c’est leur nature. »

Son idée, si l’on pousse le raisonnement jusqu’au bout, serait alors de faire glisser Jalibert en 15 pour permettre au duo Ntamack-Dupont de reformer cette charnière frisson. Ce qui n’a rien d’ahurissant puisque le Bordelais a déjà évolué à ce poste en club, pas plus tard qu’au début du mois d’ailleurs contre Pau. Si, pour Christophe Urios, il est clair que c’était de l’ordre du one shot, le coach bordelais a laissé entendre que , l’idée faisait son chemin à Marcoussis : « Un membre du staff [du XV de France] m’a déjà appelé samedi matin pour me dire que c’était une bonne idée. Je lui ai dit jouons le match d’abord, on verra si c’en était une après. Mon idée de départ, c’est que Matthieu, c’est un 10. Pas un 15 ».

Pas le moment de tout chambouler

C’est aussi l’avis de l’ancien demi d’ouverture Christophe Lamaison qui explique que « si on a deux excellents 10, autant s’en servir là où ils sont les meilleurs. » « Et puis surtout, vu le contexte, où l’on a encore la possibilité de jouer la victoire dans le tournoi, je ne crois pas que l’heure soit aux tests. Il faut se reposer sur nos certitudes. Le débat pour moi n’a pas lieu d’être aujourd’hui. Ce sera peut-être plus le cas dans l’optique de la Coupe du monde 2023. Là, oui, la question méritera d’être posée. »

Pour l’ancien centre internationa Thomas Lombard, l’heure n’est pas non plus aux chambardements : « Je trouve qu’on a un squelette qui est solide, sur l’épine dorsale 8-9-10-15, on a deux 10 de très grande qualité, un super 9 avec Antoine Dupont, et un arrière en la personne de Brice Dulin qui est d’une régularité étonnante et admirable. Ce n’est pas une nécessité absolue de changer ça. » 

En effet, qui dit positionner Jalibert en 15 dit aussi mettre un tampon direction le banc à Brice Dulin. Or, les performances récentes de l’arrière de La Rochelle, élu homme du match face à l’Irlande le mois dernier, ne sont pas du genre à pousser Galthié à changer ses plans à court ou moyen terme. Même si, de l’aveu même du sélectionneur, que nous avons interrogé jeudi sur le sujet, Jalibert en 15 « est une option que nous travaillons avec le staff ». Reste à savoir ce qu’en pense le principal intéressé. Jusqu’à récemment, Jalibert ne cachait pas son manque d’entrain à évoluer à l’arrière mais, comme à en croire Cédric Heymans, en début de mois sur le plateau du Canal Rugby Club, « son discours est en train de changer. Avec les qualités qu’il a, ça peut faire un très bon arrière ».

Rien de tel qu’une bonne grosse concurrence entre les deux

« C’est toujours un plus d’avoir des joueurs protéiformes qui peuvent évoluer à plusieurs postes mais je maintiens que c’est mieux de faire jouer la concurrence au poste de 10, embraye Thomas Lombard. Je crois en la politique de l’homme en forme et il me semble que c’est aussi la volonté du sélectionneur, de pouvoir maintenir cette pression, cette concurrence. » Pour que la concurrence porte ses fruits, encore faudrait-il que le numéro 1 bis ait sa chance en fin de match, ce qui n’a pas été le cas samedi face aux Anglais.

« Ntamack devrait rentrer quelques minutes samedi », tente de nous rassurer « Titou » Lamaison. Et Galthié de clore le débat : « Nous sommes très satisfaits des performances de ces deux joueurs. Ce qui est intéressant, c’est que les deux joueurs contribuent à leur émulation et à leur progression. Ils commencent tous les deux à être alimentés en vécu, en expérience, en match. Les joueurs nourrissent et se nourrissent du projet ». Attention juste que la gamelle de l’un ne se remplisse pas au détriment total de l’autre.