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« J’étais tout le temps émue », Caroline Garcia évoque son dernier Roland-Garros

« J’étais tout le temps émue », Caroline Garcia revient sur son dernier Roland-Garros dans un documentaire inédit

interviewCaroline Garcia est l’une des protagonistes de la série « Entre les lignes », diffusée sur France 2 jeudi (21h10), sur les coulisses de Roland-Garros 2025. La Française revient sur ce moment et sur sa carrière pour « 20 Minutes »
William Pereira

Propos recueillis par William Pereira

L'essentiel

  • France 2 diffuse jeudi soir (21h10) sa série « Entre les lignes » sur les coulisses de Roland-Garros 2025, de la cérémonie d’hommage à Rafael Nadal aux sacres de Coco Gauff et Carlos Alcaraz.
  • Le 2e épisode de la série met en exergue le dernier match de la carrière de Caroline Garcia à Roland-Garros, avec en toile de fond la question de la santé mentale et l’hyperexigence des athlètes.
  • Dans une interview pour « 20 Minutes », Caroline Garcia, désormais jeune retraitée, revient sur son expérience devant les caméras de France TV et sur sa carrière.

«Bonjour Amélie… je voulais te dire que c’est mon dernier Roland-Garros et que j’arrêtais en fin de saison. » C’est par ces mots que Caroline Garcia annonçait en 2025 à la directrice du tournoi, Amélie Mauresmo, sa décision de raccrocher ses raquettes quelques mois plus tard. Une scène immortalisée par les caméras de France Télévisions dans le cadre d’une série sur les coulisses de Roland-Garros 2025, « Entre les Lignes », diffusée ce jeudi sur France 2.

Dans une interview accordée à 20 Minutes, l’ancienne n°4 mondiale et quart de finaliste des Internationaux de France en 2017 est revenue sur cette expérience face aux caméras, sur ses adieux au court Philippe Chatrier, sur son histoire tumultueuse avec Roland-Garros et sur les exigences qui ont parfois pesé trop lourd sur ses épaules.

Dans la série on vous voit entrer dans le bureau d’Amélie Mauresmo pour annoncer que vous disputiez votre dernier Roland. Comment ça s’est passé ?

J’avais pris ma décision en fin d’année dernière que ça allait être ma dernière saison. Mais quand on s’est approché de Roland-Garros, mon idée originale était de ne pas trop le dire parce que j’avais envie de profiter à ma façon. Finalement, quand Roland-Garros est arrivé, je me suis dit que si je commençais à être émue sur le cours ou à pleurer, je souhaitais quand même que les gens comprennent pourquoi, et qu’il n’y ait pas des jugements « inappropriés ».

Donc je me suis dit que j’allais l’annoncer. Amélie étant la directrice du tournoi, ajouté au fait que je la connaisse depuis des années, je me suis dit que c’est quand même plus correct de la prévenir. Je lui avais écrit le matin pour lui dire « est-ce que je peux passer te voir ? » Et quand je suis arrivée à Roland, je lui ai annoncé la nouvelle.

Dans la scène en question, on la voit surprise.

Elle ne s’y attendait pas vraiment. Mais elle est passée par là aussi et elle a compris ma décision. Donc, c’était top de pouvoir vraiment en parler ensemble. On a discuté pendant une heure et au final, ils en ont retiré une ou deux phrases de ce moment-là et de l’extérieur. Ces images donnent énormément de sens à toute la partie qui est sur moi dans le documentaire.

Vous avez pris tout le monde de court avec cette annonce de votre fin de carrière juste avant Roland. Les réalisateurs nous ont confié qu’ils n’ont pas été prévenus…

Parfois, ça me mettait dans des situations un peu étonnantes (rires). Par exemple, quand on a commencé à faire des interviews pour le documentaire, les intervieweurs ne savent pas que ça allait être mon dernier Roland-Garros. Et moi, j’étais tout le temps émue, je me mettais à pleurer pour le moindre détail. C’était assez étonnant et en même temps, c’est ce qui fait le charme du documentaire, de pouvoir partager ces émotions-là avec les fans. Au final, ça fait des belles images.

Vous êtes satisfaite du rendu ?

J’ai trouvé que ce moment-là était vraiment bien retranscrit. Aussi, quand tu donnes ton accord pour faire un documentaire, qui plus est sur Roland Garros, tu t’ouvres forcément sur certains sujets comme je l’ai fait pendant les nombreuses interviews avec l’équipe du tournage. Tu acceptes de te montrer vulnérable, d’être honnête par rapport à tes émotions. Si tu t’engages dans un documentaire comme ça, c’est pour le faire « à fond » et pas à moitié. Autrement, ça n’a pas vraiment de sens pour les gens qui vont le regarder.

Qu’est-ce qui n’a pas marché dans votre histoire avec Roland-Garros, avec un seul quart de finale dans votre carrière ?

Bien sûr, ce n’était pas ma surface favorite. Forcément, ça ne facilitait pas mon style de jeu. Et puis je me mettais beaucoup de pression par rapport au fait que c’était Roland-Garros, que c’était un tournoi que je rêvais de gagner quand j’étais petite, que j’avais envie d’aller loin. Je jouais avec ce poids sur mes épaules. Les fans et les médias te parlent de ce tournoi-là comme si c’était le seul tournoi que tu avais dans ton année alors que tu as encore 25, comme une question de vie ou de mort. Quand tu essaies d’aborder le tournoi de façon un peu plus légère et de te dire que c’est un tournoi normal, toutes les cinq minutes, il y a quelqu’un à l’extérieur pour te faire comprendre que ce n’est pas un tournoi normal.

Dans la série, vous dites : « je ne considérais pas que j’étais une championne parce que je n’ai pas gagné de Grand Chelem ». Avec le recul, comment vous réévaluez tout ça ?

il y a vraiment eu un chemin à faire par rapport au regard que j’avais sur ma carrière, sur les titres que j’ai gagné, les titres que je n’avais pas gagnés. Pendant longtemps, j’ai eu du mal à accepter de ne pas avoir gagné de Grand Chelem parce que c’était mon rêve. Le simple fait de ne pas avoir gagné ce titre-là m’a donné un regard assez négatif sur ma carrière. Le fait d’avoir pu jouer cette dernière année sur le circuit en changeant un petit peu mon état d’esprit m’a fait du bien. Je suis beaucoup plus positive par rapport à ma carrière.

Qu’est-ce qui a forgé ce manque de clémence : votre entourage, les critiques des médias, la pression du public ?

Je pense qu’il y avait un petit peu de tout. Moi, envers moi-même, c’était difficile. Mon entourage était dur avec moi et il fallait toujours que j’aille chercher plus grand, plus haut. Avec mon père, dans mon équipe, ce n’était pas toujours facile de profiter, d’accepter de célébrer les victoires, que c’était bien. Ou a contrario que j’avais bien joué et que peut-être qu’aujourd’hui, l’autre avait été juste plus forte que moi. Ça n’a pas été facile à gérer tous les jours. Avoir cette mentalité de 365 jours par an, à un moment donné, ça affecte aussi ta personnalité dans le temps.

Avec le recul, que pensez-vous du schéma parent-coach-joueur, qui est très présent dans le tennis par ailleurs ?

Au tout début c’est nécessaire, parce que tu as besoin d’être accompagné aux matchs par tes parents, ce n’est pas comme au foot où le club se charge du déplacement. Mais après, quand tu commences à grandir et à avoir une certaine maturité, c’est bien aussi de pouvoir faire la différence entre tes parents, les routines à la maison, les valeurs à la maison et ton équipe sportive, avec des personnes qui sont qualifiées.

Le problème, avec les soeurs Williams et d’autres projets, c’est qu’on voit les quelques joueurs qui sont arrivés au sommet avec leurs parents comme entraîneurs. Mais on ne voit pas tous ceux qui ne sont pas arrivés et pire, qui ont une mauvaise relation avec leurs parents parce que c’était trop intense. Ces quelques projets, quelques succès sont super valorisés et on les voit comme quelque chose d’incroyable. Mais les autres ? S’ils ont une mauvaise relation avec leurs parents, quel est l’intérêt de faire tout ça ?

Vous pensez que vous auriez gagné à vous émanciper avant 2021 [année où elle se sépare de son père] ?

Quand tu arrêtes, tu te dis toujours « si j’avais fait ça à ce moment-là », peut-être que ça aurait été mieux, peut-être que ça m’aurait permis de gagner plus de temps. Oui, sûrement. Si j’avais eu une équipe de professionnels quand j’avais 20 ans, peut-être que j’aurais pu accomplir de grandes choses. J’en ai accompli des grandes. Est-ce que j’aurais pu faire mieux ? Peut-être, mais on ne peut pas savoir au final. Le dire après, c’est trop facile.