XV de France : Fabien Galthié a-t-il failli dans son coaching face à l'Angleterre ?

RUGBY Le sélectionneur tricolore, comme à son habitude, n’a pas utilisé tous ses remplaçants, empêchant peut-être les Bleus de résister au retour anglais

Julien Laloye
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Fabien Galthié à Twickenham, le 13 mars 2021.
Fabien Galthié à Twickenham, le 13 mars 2021. — Daniel Murphy/Focus Images Ltd/S/SIPA

À chaud, on pouvait avoir envie de tout mettre sur le dos du perfide Andrew Brace, déjà tourmenteur de nos nuits lors de la coupe d’Automne. Déjà parce que ça ne fait qu’un épisode de plus à raconter aux petits-enfants plus tard dans la longue série des « Tu sais petit, pour battre les Anglais et l’arbitre à la fois, faut dix points d’avance avant le dernier renvoi », ensuite parce que la télé n’a pas réussi à dégoter une foutue image où on voit clairement Itoje aplatir le ballon.

Mais ce serait céder à la facilité et à la paresse du raisonnement, considérant que l’essai est peut-être tout à fait valable, et que les Anglais ont déjà donné dans ce tournoi niveau coups de sifflet discutables, et de la part d’un arbitre bien de chez nous, qui plus est.

« Une perte de contrôle sur la fin »

Surtout, la perforation du golgoth des Saracens, à dam où pas, est venue récompenser quinze minutes d’intense pression dans le camp tricolore, qu’on sentait à un barbelé de rompre depuis un bail. Depuis le coaching anglais, en fait, pendant que le staff des Bleus choisissait de garder de la poudre dans la cartouchière (Jelonch, Ntamack et Serin n’ont pas bougé du banc).

Il ne s’agit pas d’enfoncer ce pauvre Galthié, même si c’est tentant vu ses prouesses sanitaires du moment, mais le bonhomme lui-même a reconnu « une perte de contrôle en deuxième mi-temps, notamment sur la fin, où ils nous ont mis sous pression. On a tenu la ligne jusqu’à ce qu’Itoje marque, mais ils ont fini plus fort. Des pénalités nous ont fait reculer et ont donné des ballons gratuits aux Anglais. »

La charnière remplaçante n’est pas entrée en jeu

Pas de craquage physique dans les grandes largeurs, mais un ensemble de petites fautes à partir de la 60e minute, qui ont empêché les Bleus de faire tourner l’horloge et remettre la pression dans le camp d’en face malgré des attitudes défensives impeccables.

« Certains n’avaient pas joué depuis un mois mais on a su répondre présent physiquement, s’est défendu Matthieu Jalibert. On est allé chercher des standards qu’on ne va pas toujours chercher à l’entraînement. On a répondu présent physiquement et rugbystiquement. Mais en seconde période, on a un peu perdu le fil du match. On a commis pas mal d’erreurs sur nos lancements, il y a eu de l’indiscipline. » L’ouvreur bordelais n’est pas directement concerné ici, et on comprend que le staff ait voulu le conserver jusqu’au bout vu sa masterclass à Twickenham.

  • Mais pourquoi ne pas profiter de l’expérience de l’ouvreur numéro 1 Romain Ntamack en faisant basculer Jalibert à l’arrière à la place d’un Dulin au rupteur au vu d’une ou deux erreurs grossières aux alentours de l’heure de jeu (touche non trouvée dans les 22, drop osé et raté qui a ramené le jeu dans les 22 mètres français dans la foulée) ?
  • Pourquoi s’obstiner à laisser Antoine Dupont jusqu’à la fin du match, alors que le demi de mêlée toulousain ne livrait pas la meilleure performance de sa carrière, contré plusieurs fois au pied et auteur d’une animation incertaine sur quelques coups ? C’est d’ailleurs lui qui fait tomber la balle sur la dernière attaque, peut-être par manque de lucidité, alors qu’il faisait partie du wagon de joueurs touchés par le Covid il y a trois semaines.
  • Pourquoi ne pas solliciter l’abattage de Jelonch lors du dernier rush anglais sachant que le meilleur défenseur de l’après-midi ; Taofifénua, formidable remplaçant au pied levé de Le Roux, avait dû quitter la bataille à cause de son dos ?

« On avait prévu des options mais on a décidé de coacher par rapport au match », s’est rapidement justifié Galthié, qui pointait plutôt certains moments clés mal gérés, comme un ballon porté en fin pénalisé à deux mètres de la ligne adverse, qui aurait pu permettre de tourner avec une plus large avance juste avant la pause. « Ce n’est pas trop la fin du match qui me gêne. »

Galthié n’en démord pas

Pourtant, cette gestion ric-rac d’une rente minimale aurait déjà pu coûter cher en Irlande, où Dupont, cette fois, avait gratté le dernier ballon​ d’une défense héroïque alors que les Verts n’attendaient qu’une faute pour nous planter la pénalité de la gagne dans le dos. Cela fait deux fois que le petit Astérix du rugby français dispute le match entier, une rareté en rugby, et Baptiste Serin doit se demander à quoi il sert, quand Eddie Jones, en face, n’a pas hésité pas à sortir Young pour le money-time.

Plus globalement, cette gestion habituelle des doublures – trois joueurs non utilisés en Ecosse à l’automne - interpelle sur le long terme, pour qui se souvient de Galthié barbant les médias en tout début de mandat pour qu’ils préfèrent le terme de « finisseurs » à celui de « remplaçants ». Aujourd’hui, la plupart sont surtout des spectateurs, interdits de sortie à Marcoussis et interdits de rentrer les samedis. Pas sûr qu’ils apprécient à la longue.