Pays de Galles – France : Pourquoi le Grand Chelem ne devrait pas échapper aux Bleus

RUGBY Après son succès difficile au Pays de Galles vendredi (9-13), le XV de France n’a plus qu’une marche à gravir, contre l’Angleterre, pour remporter le Tournoi des VI Nations avec le Grand Chelem en prime

Nicolas Stival
Passation de témoins entre le XV de France et le pays de Galles, vainqueur du Tournoi des VI Nations 2021 battu vendredi à Cardiff.
Passation de témoins entre le XV de France et le pays de Galles, vainqueur du Tournoi des VI Nations 2021 battu vendredi à Cardiff. — Rui Vieira / AP / Sipa
  • Le XV de France a remporté vendredi au Pays de Galles (9-13) son quatrième match en quatre journées du Tournoi des VI Nations.
  • Les Bleus ont l’occasion samedi prochain contre l’Angleterre de remporter le dixième Grand Chelem de leur histoire, le premier depuis 2010.
  • Les hommes de Fabien Galthié semblent mûrs pour enfin décrocher un titre, plus de deux ans après le début du mandat du sélectionneur.

De notre envoyé spécial à Cardiff,

C’est bon, le maître du monde (du rugby) a donné son autorisation. « A partir de maintenant, on peut se permettre de parler du Grand Chelem, a lâché Antoine Dupont vendredi soir, après le succès bétonné au Pays de Galles (9-13). On sait que ça sera sur toutes les bouches des supporteurs, que ce sera partout dans les médias cette semaine. »

Sans vouloir chagriner le capitaine du XV de France, voici un long moment que circule chez les fans cette expression aussi magique que la formule « Wingardium leviosa » pour les amoureux d’Harry Potter. Tous ont pris rendez-vous samedi prochain contre l’Angleterre, dans un Stade de France à guichets fermés ou au fond de leur canapé.

Corriger l’adversaire honni et décrocher le Graal ? Ne cherchez pas, il n’y a rien de plus jouissif. « C’est le scénario idéal, a reconnu Romain Ntamack après avoir résisté aux assauts gallois. C’est celui qu’on voulait avant le début de ce Tournoi : on a tout fait pour y être. » « Mais il ne faut pas que ça envenime toute la semaine », a prévenu le complice de Dupont à Toulouse comme en sélection.

Le principal poison s’appelle sans doute « euphorie ». Pourtant, même avertis du danger, on a bien envie de s’en servir une bonne rasade. Car après avoir surclassé l’Italie (37-10), estoqué l’Irlande (30-24), balayé l’Ecosse (17-36) et, donc, maté le pays de Galles (9-13), la France apparaît un ton au-dessus d’une Albion qu’on a connue bien plus perfide.

« L’Angleterre sera, entre guillemets, une formalité »

Lorsqu’on l’avait appelé en début de semaine pour parler du talent des avants tricolores, l’ancien 2e ligne international Olivier Brouzet nous avait d’ailleurs lâché, sans qu’on l’y pousse : « Le Pays de Galles ça va être quelque chose. Si on l’emporte à Cardiff, l’Angleterre sera, entre guillemets, une formalité. On n’a jamais perdu un match pour le Grand Chelem. »

Le vice-champion du monde 1999 sait de quoi il parle, puisqu’il a signé par deux fois un sans-faute dans le Tournoi, en 1998 et en 2002. Le neuvième et dernier en date des Bleus remonte tout de même à 2010, autrement dit à l’ère des téléphones à clapet. Il s’était déjà conclu contre nos meilleurs ennemis (12-10) avec trois pénalités de Morgan Parra et un drop de François Trinh-Duc. Une autre époque, on vous dit…


Où en est l’Angleterre 12 ans après ? Elle peut encore gagner le Tournoi à condition de battre l’Irlande (également concernée par la victoire finale) ce samedi à Twickenham puis d’enchaîner au Stade de France. « C’est la finaliste de la Coupe du monde [2019], l’une des grandes nations du rugby mondial », assène Galthié qui n’allait tout de même pas annoncer qu’il s’attendait à une formalité contre une équipe de bras cassés.

Sans pousser aussi loin, la formation d’Eddie Jones n’a plus tout à fait l’allure de la peste qui ne faisait rien qu’à embêter les Bleus, rictus d’Owen Farrell en prime. Le capitaine anglais soigne une blessure à la cheville. Ses remplaçants à l’ouverture et pour le brassard, le jeune Marcus Smith et le grognard Courtney Lawes, débordent respectivement de talent et d’agressivité, mais l’équipe semble se chercher et son sélectionneur tâtonner, comme l’a prouvé la défaite en Ecosse (20-17), d’entrée de Tournoi, ou la prestation à mi-temps face aux Gallois (23-19).

Des Bleus tout-terrain

En face d’eux, les Anglais trouveront un XV de France sûr de son talent et tout-terrain. Une formation capable, selon l’adversaire et le moment, de ressusciter le fantôme du French Flair grâce à des éclairs de génie de Dupont et Ntamack, d’envoyer du très lourd avec Grégory Alldritt et Paul Willemse ou de dresser les barbelés avec tous ses joueurs, solidaires.

« On est tous des frères sur et en dehors du terrain », clamait façon Peaky Blinders le rugueux Willemse dans les couloirs de Cardiff, pendant que le sélectionneur Wayne Pivac et son capitaine Dan Biggar faisaient allégeance à « la meilleure équipe du monde ».

Le spectre du Covid

Lancée à la conquête de « son » Mondial, en 2023, l’équipe de France de Galthié semble enfin prête à conquérir autre chose que le cœur des amateurs de rugby, après ses échecs dans les Tournois 2020 et 2021 et, plus anecdotiquement, en finale de la Coupe d’automne 2020 et lors de la tournée en Australie l’été dernier. « C’est notre troisième saison, on apprend, on a mieux équilibré les efforts sur cette compétition », apprécie le sélectionneur d’un XV de France qui pourrait décrocher, en plus du Grand Chelem, un huitième succès d’affilée, égalant ainsi son record de 2004.

Confiance au top, vedettes de classe mondiale, réservoir de joueurs presque inépuisable, public chaud comme la braise à domicile comme à l’extérieur… On voit mal ce qui pourrait faire dérailler les séduisants tombeurs des All Blacks à l’automne (40-25). A part le Covid, qui a déjà plombé les Bleus les années précédentes et a fait un retour remarqué cette semaine en frappant Damian Penaud et Romain Taofifenua. Ou bien, malgré tout, les Anglais qui « vont vouloir gâcher la fête », dixit Romain Ntamack, et à peu près tous les gens sensés. Ceci dit, vouloir c’est bien, pouvoir c’est mieux.