MotoGP : « J’opère de plus en plus de pilotes », les conséquences de la course à la vitesse sur le corps

MOTOGP La MotoGP revient ce week-end et le premier Grand Prix de la saison 2022 au Qatar avec des motos toujours plus puissantes, parfois au détriment du corps des pilotes comme l’ont expérimenté les Français Fabio Quartararo et Johann Zarco la saison dernière

Adrien Max
Fabio Quartarato, champion du Monde de MotoGP, au volant de sa Yamaha lors des essais en Malaisie.
Fabio Quartarato, champion du Monde de MotoGP, au volant de sa Yamaha lors des essais en Malaisie. — AHMAD FADALI / AFP
  • Le premier Grand Prix de la saison de Moto GP a lieu ce dimanche sur le circuit de Losail, au Qatar (16 heures).
  • Après le premier titre de champion du Monde de Fabio Quartararo, les compteurs sont remis à zéro, et le Français craint le déficit de vitesse de sa Yamaha par rapport à ses concurrents.
  • Le chirurgien orthopédiste Olivier Dufour, qui a opéré Fabio Quartararo et Johann Zarco du syndrome des loges, détaille les conséquences de cette course à la performance sur les pilotes.

De la vitesse, encore de la vitesse, et toujours de la vitesse. Les combinaisons sont prêtes, les derniers réglages se peaufinent sur les motos et les pilotes sont plus affûtés que jamais. La MotoGP est de retour ce week-end pour le premier Grand Prix de la saison au Qatar (dimanche, 16 heures), après une trêve hivernale de quatre mois « qui est passée très vite », selon le Français Fabio Quartararo, champion du monde pour la première fois de sa carrière la saison précédente.

Mais comme El Diablo l’expliquait jeudi en conférence de presse, « on repart tous de zéro et il va falloir être rapide toute la saison ». Et peut-être lui encore plus que les autres, face au déficit de vitesse de sa Yamaha, qu’il ne cesse de déplorer depuis les premiers essais de pré-saison en Indonésie. « On attendait un peu mieux en termes de vitesse de la moto », se plaignait-il à nouveau avant ce premier GP.

Car toutes les autres machines semblent avoir progressé, comme la Suzuki sur la vitesse, ou la Ducati, vainqueur avec Pecco Bagnaia des deux derniers GP de la dernière saison. C’est d’ailleurs Johann Zarco qui détient le record de vitesse avec sa Ducati Pramac sur ce circuit de Losail au Qatar, avec une pointe à 362,4 km/h.

« J’opère de plus en plus de pilotes de moto de piste »

Des pilotes qui veulent toujours plus de puissance pour performer, bien souvent au détriment de leur corps. Le chirurgien Olivier Dufour, qui a notamment opéré du syndrome des loges les deux pilotes français au cours de la saison précédente, dresse ce constat :

« Ça fait 30 ans que j’opère ce syndrome des loges d’efforts chroniques, et j’avais l’habitude d’opérer des pilotes de motocross, de quad, de jet-ski. Mais depuis quatre ans, à peu près, j’opère de plus en plus de pilotes de moto de piste. »

Le syndrome des loges d’effet chroniques est provoqué par une flexion continue des doigts et provoque l’arrêt du flux sanguin dans les veines puis les artères du bras. « Vous pouvez avoir des sports très physiques dans lesquels il n’y a pas ce syndrome, comme la gonflette par exemple. Les escaladeurs peuvent le subir, avec un effort chronique, mais ils peuvent aussi inverser les prises et ainsi reposer un bras, puis l’autre. Ce n’est pas possible chez les pilotes de moto qui doivent constamment tenir le guidon », détaille le chirurgien orthopédique.

Vitesse et position du pilote

Et pour lui, la multiplication de ce syndrome en MotoGP, notamment, vient de l’augmentation des performances des machines. « Les motos sont beaucoup plus puissantes maintenant, avec beaucoup de contrainte. Notamment lors des virages à droite, avec le guidon incurvé, il y a une inclinaison cubitale, le muscle cubital arrête le flux au niveau de l’artère du fait de la trop forte pression dans les bras. Le muscle est beaucoup trop comprimé et ça arrête le flux veineux. Donc il ne faut surtout pas se muscler l’avant-bras, mais plutôt piloter avec les cuisses, être très mobile et ne pas s’agripper pendant trente minutes », conseille-t-il. Mais pas toujours facile à appliquer à des vitesses de plus de 300 km/h, ponctuées de freinages plus violents.

Ces vitesses toujours plus hautes contraignent aussi les pilotes à avoir des positions différentes, avec les genoux, les coudes et même les épaules plus proches de la piste. Après les protections aux genoux, se sont ajoutées celles des coudes et Olivier Dufour parie sur la prochaine apparition de protection aux épaules, tant les machines, et les pilotes, repoussent les limites.

« Malheureusement, on n’a pas trop le choix »

Conséquence de ce syndrome des loges, plus que la cause : les difficultés pour freiner. Comme lorsque Fabio Quartararo a progressivement dégringolé au classement lors du GP de Jerez en mai 2021. « Les freins sont beaucoup plus performants qu’avant, notamment avec les freins en carbone, qui ne nécessitent plus de les serrer comme un malade. Le syndrome des loges va faire que le pilote est crispé sur le guidon, avec beaucoup de mal pour étendre ses doigts, et aller chercher les freins. Ça va modifier leurs temps de réaction, et la distance de freinage. Ce qui peut être très dangereux. Fabio était premier à Jerez puis il est tombé à la 13e place à cause de ce syndrome. Je l’ai opéré, et ensuite il a fini deuxième, puis premier, puis champion du Monde », avance Olivier Dufour, preuve des conséquences de ce syndrome sur le pilotage. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que des pilotes du monde entier viennent se faire opérer par ce spécialiste.

Les pilotes ont bien évidemment conscience des conséquences de cette course à la puissance sur leur corps. « Malheureusement on n’a pas trop le choix. Devant, les motos sont de plus en plus rapides donc il y a une course à la performance », nous confiait Fabio Quartararo peu avant son titre de champion du Monde. Et à voir l’insistance avec laquelle il s’est plaint du manque de vitesse de sa Yamaha, ce besoin de vitesse est vital pour devenir champion du Monde. Les 19 premiers pilotes se tenaient en moins d’une seconde lors des tests à Mandalika, en Indonésie.