Moto GP : La recette du titre de champion du Monde de Quartararo, avec son meilleur ami et « helper » Thomas Maubant

MOTO GP Fabio Quartararo est devenu dimanche à Misano, en Italie, le premier Français à remporter un titre de champion du monde en Moto GP

Adrien Max
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Thomas Maubant, sur la gauche, et Fabio Quartararo.
Thomas Maubant, sur la gauche, et Fabio Quartararo. — ANDREAS SOLARO / AFP
  • Fabio Quartararo est devenu dimanche à Misano, en Italie, le premier français à devenir champion du monde de la catégorie reine de moto, le Moto GP.
  • Thomas Maubant nous raconte les coulisses de ce titre et son rôle « d’helper » auprès de Fabio Quartararo, qui est aussi son meilleur ami.

La joie d’un (grand) môme qui vient d’accomplir son rêve de gosse. Celle de Fabio Quartararo, dimanche dernier, au moment de franchir la ligne d’arrivée du Grand prix de Misano en Italie. Parti 13e, « El Diablo », est remonté avec panache pour finir 4e. Mais c’est la chute de Francesco Bagnaia, 2e au classement général, en fin de course, qui a finalement offert le titre de champion du monde de Moto GP au Français, à deux courses de la fin du championnat. Il pouvait alors laisser éclater sa satisfaction à travers la célébration préparée par son homme à tout faire, et surtout meilleur ami, Thomas Maubant. Fabio Quartararo venait de devenir le premier Français champion du monde de la catégorie reine.

Une célébration made in Thomas

A voir Fabio Quartararo et Thomas Maubant hurler de joie dimanche à Misano, difficile de savoir lequel des deux était le plus heureux. « Je pense que ça reste lui parce que c’est son rêve depuis très longtemps. Moi j’étais juste là pour l’accompagner », confie Thomas avec la voix encore éraillée de son dimanche soir de célébrations. « On a bien fêté ça », en rigole-t-il.

Fabio Quartararo avec son casque de champion du monde sur le tapis rouge préparé par Thomas Maubant.
Fabio Quartararo avec son casque de champion du monde sur le tapis rouge préparé par Thomas Maubant. - Hasan Bratic/SIPA

Ces images des larmes inondant les yeux de Fabio au fur et à mesure que défilait la vidéo retraçant son parcours depuis ses débuts en moto, ont fait le tour du monde. Une célébration que Tom, comme le pilote l’appelle, avait imaginée depuis mi-septembre, et le Grand prix d’Aragon en Espagne. « On a fait pas mal de réunions et c’est cette idée qui est ressortie. Celle de la vidéo où on le voit tout petit au début, jusqu’à la fin, où il en est arrivé aujourd’hui. Et je me suis aussi dit qu’il méritait le tapis rouge. Mais le plus important était le casque de champion du monde, et la vidéo », recadre-t-il.

Aucune place au hasard

Fabio Quartararo et Thomas Maubant se sont rencontrés sur une plage des Alpes-Maritimes, alors que le pilote soignait une blessure en 2014, lors de sa première saison en Moto 3. Il l’a d’abord accompagné sur quelques circuits, avant de devenir son « helper » à temps complet. « Je gère tout ce qui est à côté. Quand il a des invités, je m’en occupe, je gère son matériel, tout ce dont il a besoin pour ne se concentrer que sur la moto. Ce sont des détails, mais à ce niveau-là, tout se joue sur des détails. Il faut que tout soit prêt. On fait des milliers de kilomètres mais dans le box, tout est exactement au même endroit. Il y a des suivis du matériel de sécurité, des airbags, des casques. Il y a beaucoup de choses derrière, que le téléspectateur ne perçoit pas forcément. Tout est prévu à l’avance pour ne pas être pris de court. Par exemple si Fabio chute, tout doit être prêt pour qu’il se change en deux minutes et qu’il puisse refaire un chrono. Tout est prévu au cas où le pire se produit », liste-t-il.

Leur longue collaboration, depuis six ans maintenant, est bien évidemment un atout. « J’ai compris toutes les ficelles de ce milieu. Il n’y a pas de place au hasard, tout est millimétré. Personne ne fait de la figuration, chacun a un rôle spécifique. On a monté les échelons ensemble, donc ça facilite un peu la chose. On était en Moto 3, puis en Moto 2 il y avait déjà un peu plus de monde. Et en Moto GP c’est vraiment une autre catégorie. C’est sûr que si tu débarques d’un coup dans cette catégorie, tu peux prendre peur », en plaisante-t-il.

Complicité sans faille

Si Thomas Maubant est « l’helper » de Fabio Quartararo, il reste avant tout son meilleur ami. Et les deux hommes se connaissent par cœur. « Ça change tout je pense, mais c’est quelque chose de commun dans le paddock. On n’est pas comme les équipes, le pilote nous a choisis et c’est la plupart du temps une personne proche. Je passe plus de temps avec lui qu’avec ma famille donc c’est important de bien s’entendre. Le travail entre nous est le même depuis plusieurs années. Et c’est important parce que, comme ça, Fabio a des repères, et sait sur qui s’appuyer. Lorsqu’il y a des moments de tension, un regard le rassure. On est toujours placé au même endroit, et c’est ce genre de chose qui compte », explique le principal intéressé.

La folie autour de Fabio Quartararo, champion du monde de Moto GP.
La folie autour de Fabio Quartararo, champion du monde de Moto GP. - Andreas Solaro / AFP

Cette relation a sans doute joué un rôle dans l’obtention de ce titre de champion du monde, après des débuts marqués par les doutes dans les catégories inférieures. « Ce regard extérieur au monde de la moto a été très bénéfique, surtout au début. Quand on s’est rencontré, il sortait d’une année difficile. Je l’ai aidé à relativiser au maximum, à s’apercevoir qu’il vivait son rêve et qu’il était payé pour faire ce qu’il aime. Je lui ai montré qu’il y avait bien pire que lui, même quand ça n’allait pas. Je lui ai fait lever la tête et on a rigolé. Ça reste du sport et la vie continue », en plaisante Thomas. Et aujourd’hui encore, il continue d’appliquer la recette.

Esprit de famille

Epaulé par son père, champion de France en 125cm, depuis son plus jeune âge, Fabio Quartararo aime être entouré de sa famille. Comme lorsque Etienne Quartararo n’hésitait pas conduire son fils jusqu’en Espagne, pour l’inscrire au championnat d’Espagne de vitesse, qu’il gagnera à deux reprises. C’est désormais au sein de l’écurie officielle Yamaha que les deux compères recréent cet esprit familial. Comme lors de ce week-end du titre à Misano où l’on a pu voir le pilote et son ami ambiancer tout le stand Yamaha, des mécaniciens aux cuisiniers, au rythme du rappeur Soso Maness. « C’est super important ce genre de moment. On a toujours aimé recréer une famille avec nous. On passe tellement de temps avec tous ces gens, que c’est important. Ils nous remercient même pour ça. Les gens de Yamaha nous ont expliqué que c’était la première fois. A l’époque de Rossi et de Lorenzo il y avait deux clans. On est arrivé avec un vent de fraîcheur et notre joie de vivre », confie Thomas.

Et un super esprit d’équipe, même avec l’autre pilote de l’équipe. « Il n’y a aucune rivalité avec les mécaniciens de Morbidelli [l’autre pilote officiel chez Yamaha]. En Autriche, lorsque l’équipe a viré Vinales [pour mauvais comportement, notamment], ils ont dit aux mécaniciens qu’ils pouvaient rentrer. Certains sont restés dans l’éventualité d’aider Fabio. Il fait podium et donne directement la bouteille de Prosecco aux mécaniciens de Vinales. On aime ça, créer cet esprit de famille avec tout le monde », poursuit Thomas. Ils continueront sur cette lancée pour les deux dernières courses du championnat, et surtout l’année prochaine. Avec l’idée de gagner plusieurs titres,​ comme le vise Fabio Quartararo.