Moto GP : Johann Zarco veut « être un vrai ambassadeur de la moto en France »

INTERVIEW DU LUNDI Le pilote français de Moto GP Johann Zarco a accordé un riche entretien à « 20 Minutes » quelques jours avant le Grand Prix de France au Mans

Propos recueillis par Adrien Max

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Johann Zarco, pilote de Pramac Racing.
Johann Zarco, pilote de Pramac Racing. — Pramac Racing
  • Comme chaque lundi, 20 Minutes donne la parole à un acteur ou une actrice du sport qui fait l’actu. Cette semaine, place à Johann Zarco.
  • Le pilote de Moto GP chez Pramac Racing réalise un très bon début de saison, avec déjà deux podiums en quatre courses. 
  • Il s'élancera ce week-end pour le Grand Prix de France au Mans avec son compatriote, le Niçois Fabio Quartararo, deuxième au classement du championnat du monde. 

Un sacré porte-étendard pour la Moto GP. Le Français Johann Zarco, comme son compatriote Fabio Quartararo, épate en ce début de saison. Le natif de Cannes a même un temps occupé la tête du classement général après ses deux podiums du début de saison au guidon de sa Ducati. Les deux derniers Grands Prix au Portugal et en Espagne ont été un peu plus délicats, mais Zarco conserve le même objectif à l’aube du GP de France au Mans le 16 mai : monter sur le podium tout en promouvant son sport en France.

Comment jugez-vous votre début de saison ?

Bien, c’était vraiment une belle surprise de finir deuxième au Qatar pour la première course de la saison, puis à nouveau deuxième le week-end d'après. J’ai pu mener brièvement le championnat et même si ça m’a un peu surpris, c’est là où je veux être. Enfin c’est là où je rêve d’être, donc c’est un objectif qui est arrivé plus tôt que prévu. Après, ma chute au troisième Grand Prix me coûte des points, mais je l’accepte. Ce n’est pas forcément une erreur de ma part, disons que ça fait partie du métier. Si tu ne l’acceptes pas, tu n’arrives pas à intégrer le style de sport qu’est la moto. Mais je l’ai très vite digéré pour la course suivante en Espagne. Le rythme était assez intéressant même si je n’ai pas pu faire exactement ce que je voulais [une 8e place].

Quel est votre objectif pour ce Grand Prix de France, et plus globalement pour la suite du championnat ?

L’objectif de ce GP de France c’est le podium. La Ducati a le potentiel. On pensait qu’on serait un peu moins performant à Jerez (Portugal), mais au final les Ducati finissent un et deux. Donc l’objectif c’est le podium et pourquoi pas aller chercher la victoire, la météo sera plus fraîche, avec un risque de pluie, et je sais bien m’adapter à ces changements de conditions. Pour la saison, l’objectif est d’être dans les cinq premiers, et ensuite me rapprocher du podium. Pour l’instant, on fait mieux que prévu.

Quel est l’impact d’avoir deux Français qui brillent en Moto GP, avec Fabio Quartararo ?

Ça a un impact au niveau national. Ça permet aux passionnés de rêver et d’être encore plus passionnés qu’avant. Et ça permet aussi d’initier des gens à la moto. Leur montrer que c’est un sport de haut niveau, avec beaucoup d’exigence. Avec Fabio nous sommes deux personnes avec la tête bien sûr les épaules, on souhaite relever l’image des motards et mettre en avant cette liberté associée à l’adrénaline.

Pensez-vous que l'un de vous deux a une chance de remporter le championnat ?

Oui, clairement. C’est dur à analyser mais on doit performer au moins sur une décennie pour changer de mentalité.

Johann Zarco, pilote de Pramac Racing.
Johann Zarco, pilote de Pramac Racing. - Pramac Racing

On parle souvent de l’absence de spectateurs avec le Covid-19, est-ce que ça va changer quelque chose pour vous lors du GP de France ?

Pour les pilotes, ça tranquillise le week-end. Clairement quand on est sur la piste on n’entend pas leur soutien, il y a le bruit de la moto. Après ça manque toute cette foule qu’il y a autour, c’est une autre ambiance mais ça ne change pas notre boulot. L’ambiance n’influe pas trop sur la concentration, et c’est sympa d’en avoir, surtout en France, Fabio est une star, et c’est cool de voir plein de drapeaux. Mais il n’y en aura pas cette année, malheureusement.

Vous avez récemment battu le record de vitesse, avec 362,4 km/h au Qatar. On se sent comment à cette allure-là ?

Oui j’ai dépassé le seuil des 360 km/h. J’ai la moto la plus rapide et en plus j’avais l’aspiration d’une autre Ducati donc je savais que j’allais être rapide. Mais c’est un beau numéro, 100 mètres par seconde. C’est une super sensation quand tu aimes la vitesse. Après ça reste assez anecdotique même si c’est un élément important qui montre que la Ducati est la plus rapide. Les adversaires font plus attention parce qu’ils savent qu’on peut les dépasser en ligne droite.

Les performances des motos sont toujours plus impressionnantes, n’est-ce pas compliqué à encaisser pour le corps humain ?

Pendant les motos évoluent, les équipements suivent. On est mieux protégés en cas de chute. Après il faut être en forme physiquement mais le fait d’accepter ces vitesses vient avec le temps. Au début tu vas à 50 km/h, puis 100 km/h ; puis 150 km/h et ton cerveau s’habitue. C’est sûr que si tu mets quelqu’un qui n’est jamais allé à ces vitesses à 340km/h il ne saura pas quoi faire. Nous on sait quoi faire, et ça permet de mieux aborder les évolutions techniques.

La plupart des pilotes semblent se relever de terribles chutes comme si de rien n'était. Vous vous bluffez aussi  dans ces moments-là ?

C’est l’expérience qui permet de mieux gérer la vitesse et de ne pas paniquer sur la position pendant la chute. Après il y a des choses qu’on ne contrôle pas, comme se faire emporter ou toucher par la moto. Mais là aussi l’expérience permet de mieux gérer. Dans ces moments on espère que tout se passe au mieux, mais ça s’apprend. Et il y a l’instinct de survie.

Apparemment la plupart des pilotes de GP ont subi le « syndrome des loges » comme Fabio Quartararo, vous pouvez nous en parler ?

Je n’ai pas eu ce syndrome. Ça fait très mal aux avant-bras, les motos sont très puissantes et c’est par les bras qu’on se tient. C’est la crispation qui joue, en fonction de si on s’accroche plus ou moins. Le plus important pour l’éviter est de rester fluide mais tout n’est pas toujours fluide. Il faut avoir un haut niveau de concentration pour avoir cette fluidité et éviter le syndrome des loges. Mais c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire.

Johann Zarco, pilote de Pramac Racing.
Johann Zarco, pilote de Pramac Racing. - Pramac Racing

Dans une interview, le boss de votre équipe Pramac disait « Zarco se joint à nous au moment idéal, c’est un pilote qui ne savait pas qui il était » : que voulait-il dire ?

Maintenant, je suis autonome et je sais vraiment ce que je veux. J’ai 30 ans, je sais ce que je veux, je suis un homme, je prends mes décisions et je les assume. J’ai franchi des étapes grâce à ces décisions, je suis plus mature et je suis dans une équipe dans laquelle tout le monde est bien rodé, avec une moto performante et une ouverture d’esprit.

Justement en parlant d’ouverture d’esprit, vous êtes aussi un très bon musicien...

J’apprécie ce genre de chose. Je fais du piano, de la guitare. Pendant une longue période je n’ai pas eu la télévision, j’avais simplement un synthé et je ne regardais jamais la TV. Ça m’a beaucoup apporté, et cinq ans après quand j’ai eu une télé et que je l’ai allumée je me suis rendu compte que je n’avais rien raté. On nous montre toujours la même chose pour nous faire peur. Donc dès que j’ai l’occasion, je joue de la musique.

Pourquoi avoir fait appel à l’agence de management du chanteur Soprano pour vous accompagner dans votre carrière?

Ça rejoint les décisions que j’ai pris en 2019 pour la suite de ma nouvelle carrière et la nouvelle organisation. L’étape suivante était de pouvoir être aidé dans le développement et la gestion de mon image pour être un vrai ambassadeur de la moto en France. On s’est rencontré avec l’équipe d’OnlyPro et des valeurs commune comme la fierté du territoire national et surtout régional, le côté artistique, ont permis de nouer une relation de confiance pour démarrer cette collaboration.