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Transat Jacques Vabre : Lutte acharnée, sommeil et offrandes... La vie en tête de flotte à bord de LinkedOut
VOILE•Thomas Ruyant et Morgan Lagravière (LinkedOut) naviguent en tête de flotte dans la catégorie Imoca. Mais une lutte sans merci avec la concurrence fait rageWilliam Pereira
Moment privilégié en direct de l’océan Atlantique, quelque part au nord-est de l’archipel brésilien de Fernando de Noronha. En pleine vacation avec la terre ferme, Thomas Ruyant et Morgan Lagravière, leaders de la Jacques Vabre en catégorie Imoca sur LinkedOut, découvrent en même temps que nous le pointage du vendredi midi. « On est à nouveau les plus rapides », sourit le Nordiste, pas malheureux de reprendre quelques milles à Apivia, qui a sa petite réputation dans le milieu : « C’est un bateau qui va vraiment très vite donc ça fait plaisir d’être encore plus rapides. On vient de faire notre meilleur run sur une heure. »
Pour la première fois ou presque, dans une course un peu plus lente que ne laissaient espérer les prévisions d’avant Transat, le site officiel indiquait un peu plus de 25 nœuds au compteur, ce qui suffit à expliquer les violentes secousses et le boucan à bord pendant notre coup de fil en haute mer. Le prix à payer pour garder la tête de la course : jeudi soir, les deux premiers poursuivants du tandem Ruyant-Lagravière étaient revenus à une quinzaine de milles du bateau bleu, forçant ses deux marins à s’engager dans une lutte acharnée pour garder ce bien à la fois si fragile et précieux qu’est le leadership d’une guerre des nerfs assez particulière.
« Rien n’est laissé au hasard »
Rien à voir avec le Vendée Globe de l’an passé. « Il n’y a pas cet effet accordéon ou ça s’arrête à l’avant et ça revient de derriere. Là, les écarts sont très serrés en tête depuis le début », analyse Thomas Ruyant.
Pas question pour autant de sacrifier le sommeil sur l’autel de la vitesse, surtout quand la présence à bord d’un homme en plus offre le confort de quelques heures de dodo supplémentaires par rapport à la navigation en solitaire. « Rien n’est laissé au hasard, même s’il faut forcément un peu de réussite. On a préparé le bateau, on s’est préparé, on gère nos temps de sommeil, on se relaie. Même sur les moments plus tendus comme ces dernières heures, on essaye de dormir un minimum. » A qui la palme du plus gros dormeur ? « Il faut demander à Morgan, se marre Ruyant. Franchement c’est serré, ça se joue à pas grand-chose. »
Passage de l’équateur et offrande à Neptune
Encore faut-il réussir à dormir dans ces zones du globe où sévit une chaleur étouffante. Dans le pot-au-noir et l’équateur que vient de passer l’avant de la flotte, on est a priori moins raclette que rhum, comme l’ont démontré les deux hommes au passage de la ligne imaginaire en s‘acquittant d’une offrande à Neptune, avant de se faire plaisir en buvant une ou deux gorgées.
Il y a de quoi se réjouir. Le pot-au-noir, cette zone « très crainte car la météo y est très imprévisible et les bulletins météo moins fiables », dixit Thomas Ruyant, est enfin derrière LinkedOut. Même en remontant au nord en direction de la Martinique après avoir contourné Fernando de Noronha, cette zone de convergence intertropicale ne devrait plus venir embêter le duo d’ici la fin de la course. De là à dire que la dernière ligne droite sera plus tranquille, il y a un pas qu’on ne franchira pas : n’oublions pas que quatre fous furieux cravachent, juste derrière.



















