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Comment Thomas Coville est devenu l’un des meilleurs marins du monde

Transat Jacques-Vabre : Petit, urbain, perdu… Comment Thomas Coville est devenu l’un des meilleurs marins du monde

VOILENé à Rennes, le skipper prendra le départ de la Transat Jacques-Vabre dimanche à bord de Sodebo Ultim 3
Transat Jacques Vabre: Ca fait quoi de naviguer sur un ultime?
Camille Allain

Camille Allain

L'essentiel

  • Le skipper Thomas Coville prendra le départ de la Transat Jacques-Vabre ce dimanche 7 novembre au Havre.
  • A bord de son immense trimaran Sodebo Ultim 3, le navigateur natif de Rennes espère s’imposer dans un plateau très relevé avec cinq ultimes engagés.
  • Moqué par sa petite taille quand il était adolescent, Thomas Coville a trouvé dans la mer un lieu de répit qui lui a donné envie de se consacrer à la voile.

Au-dessus de la poignée du hangar du port de Lorient qui abrite son équipage et parfois son bateau, il est écrit ceci en petit : « Gagner la Transat Jacques-Vabre ». Ces quelques mots collés par un membre de l’équipe de Thomas Coville résument bien les ambitions du navigateur breton dans cette transatlantique, dont le départ sera donné ce dimanche au Havre. Avec son coéquipier Thomas Rouxel, le skipper de Sodebo Ultim 3 espère être le premier à rallier Fort-de-France, dans une course qui s’annonce ultra relevée avec 79 bateaux au départ, dont cinq ultimes. Vainqueur en 2017, année où il avait été sacré « marin de l’année », le skipper de 53 ans présente un parcours atypique. D’abord parce qu’il est né à Rennes, à une heure du port le plus proche. Mais surtout parce que rien ne prédestinait son tout petit gabarit à devenir un si grand sportif.

« Je suis né le 10 mai 1968. C’était le bordel à Rennes, il y avait des gens qui lançaient des pavés quand d’autres faisaient des barricades. Mes parents étaient encore étudiants. Je suis arrivé un peu vite dans leur vie ». A la barre de son imposant multicoque de 32 mètres de long, Thomas Coville impressionne autant qu’il déconcerte. Par son sérieux, les yeux froncés vers l’horizon, et son humour décapant. Mais aussi par sa philosophie de vie, son regard sur la société. « La voile est devenue un sport mécanique de grande technologie. Mais l’humain reste primordial. Quand tu navigues en double, la personne la plus importante du bateau, ce n’est pas toi, c’est l’autre. J’aimerais bien que ce soit pareil à terre. A bord, tu ne peux pas t’engueuler, bouder ou descendre. Tu es obligé de trouver des solutions. Tout le temps, en permanence ».

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Sous ses pieds, un monstre de plus de 15 tonnes l’emmène à près de 40 nœuds (environ 75 km/h). Mis à l’eau en 2019, Sodebo Ultim 3 est taillé pour la gagne. Son skipper le sait, puisque c’est lui et son armada de techniciens qui l’ont imaginé. Pour cet ancien ingénieur, la recherche de l’amélioration est perpétuelle et l’a parfois poussé à l’extrême. « J’ai arrêté de couper les étiquettes de mes t-shirts pour gagner du poids. Ça devenait une névrose ». Le navigateur reconnaît sans honte qu’il allait jusqu’à couper le manche de sa brosse à dents, pour gagner quelques grammes dans sa quête de victoire. Ce goût du perfectionnisme est sans doute né à l’adolescence, quand Thomas Coville souffrait de son tout petit gabarit. « J’étais un garçon très complexé par son physique. J’ai grandi très tard, j’étais moqué, regardé. A l’adolescence, j’étais perdu. Ma chance, c’est d’avoir fait cette rencontre avec cet univers », exprime-t-il avec pudeur.

Le skipper de Sodebo Ultim 3 Thomas Coville, ici aux côtés de Thomas Rouxel en octobre 2021.
Le skipper de Sodebo Ultim 3 Thomas Coville, ici aux côtés de Thomas Rouxel en octobre 2021. - C. Allain / 20 Minutes

Cet univers, c’est bien sûr la voile. Après son enfance à Rennes, Thomas Coville a rejoint Saint-Brieuc où il s’est mis au tennis de table, mais pas pour longtemps. Sa première sortie en mer ? « Avec un oncle sur sa caravelle ». Mais c’est un animateur du centre aéré qui lui donnera le goût de la voile.

« Il m’a mis sur un bateau alors que je n’y connaissais rien. J’aime bien cette sensation de partir de zéro. La voile a été un coup de foudre. Parce que dès que je partais sur l’eau, je n’étais plus jugé, je n’étais plus raillé. J’ai eu un vrai coup de foudre avec les éléments. D’abord avec le vent. Puis avec l’eau. Dès que je partais sur un bateau, sur une planche à voile, j’avais cette émotion. Cette sensation qui me retirait de cette torpeur de l’ado qui n’est pas bien dans sa peau ». »

Le petit gabarit qu’il était a bien grandi et a pris sa revanche sur tous ses camarades de collège et de lycée. Depuis ses débuts sur la Route du Rhum il y a vingt ans, le skipper breton a gravi les échelons jusqu’à devenir l’un des marins les plus en vogue de cette brillante génération. Dimanche, il s’alignera en double aux côtés de Thomas Rouxel, un autre Breton habitué à naviguer sur les ultimes. « Ce sont des voiliers exceptionnels. Aujourd’hui, tout marin rêve de naviguer, de voler un peu sur ces bateaux-là ». Celui qui approche de la quarantaine a commencé la voile tout petit, avec son frère. « Quand j’ai démarré, on n’imaginait pas que les bateaux voleraient un jour ».

Gabart, Cammas, Le Cleac’h et Le Blevec face à lui

L’an dernier, les deux hommes ont partagé l’échec de la tentative de record du trophée Jules-Verne​. Mais ils ont voulu faire équipe pour cette transat qu’ils rêvent de remporter. « Thomas [Rouxel] est très fort, très compétent, il aurait pu choisir d’aller sur un autre bateau ou avec un autre projet. Je l’ai un peu déstabilisé lors de la tentative du Jules Verne. Je lui demandais de s’impliquer plus que ce qu’il faisait d’habitude », reconnaît Coville.

Dans quelques heures, le duo de Thomas se présentera sur la ligne de départ pour affronter ce qui se fait de meilleur dans le monde de la course au large. A bord de leurs ultimes, Franck Cammas, Armel Le Cleac’h, François Gabart et Yves Le Blevec tenteront de ravir le trophée empoché en 2017 par le petit gamin de mai 1968. Mais il ne se laissera pas faire.