Bretagne : « Guirec est un surdoué »… Comment les proches de Guirec Soudée vivent son incroyable traversée

SEUL AU MONDE Privé de moyen de communication, le jeune navigateur originaire de Plougrescant s’est lancé dans une traversée de l’Atlantique à la rame par le Nord

Camille Allain
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Guirec Soudée a traversé l'Atlantique à la rame une première fois, avant de tenter un retour par le Nord.
Guirec Soudée a traversé l'Atlantique à la rame une première fois, avant de tenter un retour par le Nord. — Guirec Soudée Aventure
  • L'aventurier Guirec Soudée est parti des Etats-Unis pour une traversée de l'Atlantique nord à la rame.
  • Privé de moyen de communication depuis le 6 juillet, le navigateur ne peut pas échanger avec la terre, ce qui inquiète parfois ses proches.
  • Son équipe se rassure en évoquant les qualités de navigation du jeune aventurier de 29 ans, connu pour ses exploits dans le grand nord avec sa poule Monique.

Il est parti mi-juin depuis la petite ville de Cap Cod, au nord-est des Etats-Unis, pour une traversée de l'Atlantique nord à la rame. A la seule force des bras, Guirec Soudée a déjà franchi les Açores, archipel au large du Portugal. Un dernier bout de terre qu’il n’aura même pas vu, lui qui est privé de tout moyen de communication depuis une grosse tempête qui a retourné son bateau à rames le 3 juillet. Depuis ce jour, les proches de l’aventurier breton, connu pour ses exploits en mer et sur la glace avec sa poule Monique, n’ont plus de nouvelles de lui. Seuls quelques navires croisés au milieu de l’Atlantique ont réussi à nouer le contact avec Guirec Soudée, minuscule point rouge dans l’immensité de l’océan. Après trois semaines sans aucune nouvelle, une partie de son équipe commençait à s’inquiéter. Les quelques mots du capitaine d’un chimiquier qui a croisé le chemin du rameur fou ont suffi à rassurer ses proches. Dans leurs rangs, certains reconnaissent que l’attente est longue. Quand d’autres patientent sereinement, sûrs de la force de leur poulain.

Sans nouvelle de la frêle embarcation depuis le 22 juillet, son équipe a été soulagée le 12 août, en apprenant que Guirec allait bien, grâce à quelques mots échangés à la radio avec le capitaine d’un imposant cargo. « Je n’étais pas inquiet plus que ça, car je sais que Guirec est un super marin. C’est un surdoué même, quelqu’un qui sent le vent et la mer. Il est comme les marins à l’ancienne, qui partaient trois semaines sans donner de nouvelles », explique son routeur Maurice Uguen.

« Je lui envoie quand même un message tous les jours »

Privé de ses deux téléphones satellite pour une raison encore inconnue, Guirec n’est plus en mesure de communiquer avec la terre. « Tous les matins, je lui envoie quand même un message avec les prévisions de vent et la météo du jour. Peut-être qu’il les reçoit, je n’en sais rien ». Maurice Uguen en a vu d’autres. Ce navigateur chevronné avait déjà tracé la route de Gérard d’Aboville, premier Français à avoir traversé l’Atlantique nord à la rame en 1980. « Le paradoxe, c’est qu’à l’époque, j’avais Gérard tous les jours au téléphone ». S’il n’est pas inquiet pour son poulain, Maurice Uguen reconnaît qu’il est « frustré » de ne pas savoir pourquoi les appareils ne fonctionnent pas. « Mais il sait tout faire en mer et son bateau est insubmersible ».

Guirec Soudée a traversé l'Atlantique à la rame une première fois, avant de tenter un retour par le Nord.
Guirec Soudée a traversé l'Atlantique à la rame une première fois, avant de tenter un retour par le Nord. - Guirec Soudée Aventure

Celle qui est chargée de communiquer auprès de l’énorme communauté du marin de 29 ans avoue avoir été plus fébrile pendant cette période sans nouvelles. « C’était stressant et je me suis inquiétée. Mais Guirec a un mental hors du commun. C’est comme s’il avait un truc en plus ou en moins dans sa tête », confie Alice Claeyssens, qui se charge de la communication de son ami de longue date. La Bretonne avait rencontré Guirec aux Antilles, alors que ce dernier venait de boucler la traversée de l’Atlantique avec sa poule Monique. « Je l’ai d’abord pris pour un hurluberlu. Et puis on a sympathisé. Il nous a raconté son projet d’aller s’enfermer dans les glaces avec sa poule et son bateau. On le prenait pour un fou ».

« Il a déjà vu le diable dans les yeux plusieurs fois »

Plus qu’un fou, Guirec Soudée semble plutôt de la trempe des aventuriers à l’ancienne, malgré son jeune âge. A plusieurs reprises, il a frôlé la mort quand il s’est fait prisonnier de la banquise au pôle Nord. « Il a déjà vu le diable dans les yeux plusieurs fois, il ne peut rien lui arriver », estime Maurice Uguen. Début août, un protocole de recherche international avait été lancé pour le retrouver début août. Son entourage avait même lancé un appel à l’astronaute Thomas Pesquet, avec l’espoir de le localiser. « Avant son départ, il m’avait fait promettre de ne pas m’inquiéter pour rien, de ne pas déployer des secours pour rien. Lui a déjà été coupé du monde, il aime ça, se retrouver seul au milieu de la nature. Mais à terre, c’est angoissant », reconnaît Alice Claeyssens.

Si le vent et les courants le permettent, Guirec Soudée et son bateau baptisé Romane (un hommage à sa cousine partie l’an dernier) pourraient arriver en Bretagne la première semaine de septembre, bouclant ainsi un périple entamé fin 2020. La prochaine aventure sera de taille. En 2024, le navigateur devrait prendre le départ du Vendée Globe. Un nouveau défi pour celui qui n’a jamais navigué sur un 60 pieds. Mais qui reste le plus jeune marin à avoir franchi le passage nord-ouest à la voile.