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Jalibert et Ntamack ensemble, c’est pas encore le Pérou

France-Argentine : « Il a fallu changer d’organisation », Jalibert et Ntamack ensemble, c’est pas encore le Pérou

RUGBYLe choix de débuter avec deux ouvreurs n’a pas été couronné de succès, Ntamack laissant même sa place assez tôt dans la rencontre
Julien Laloye

Julien Laloye

Au stade de France,

Une petite réflexion mesquine qui nous a traversé l’esprit au moment de la sortie de Romain Ntamack, avant même de le voir bouger légèrement la tête de droite à gauche, dans un geste de contrariété aussi léger qu’évident. Le type est ouvreur numéro 1 au début de mandat, cerveau de la meilleure équipe d’Europe (Toulouse), et déjà qu’il se retrouve obligé de se décaler en douze pour faire de la place à Jalibert tout en défendant en dix quand même pour la peine, voilà qu’en plus il doit aller tâter le banc à la 50e minute comme un vulgaire quidam.

« On voulait changer notre façon de jouer »

55 minutes en commun avec Jalibert, pour pas grand-chose. C’est comme le PSG, cela dit. On nous promet Neymar-Mbappé-Messi ensemble sur le pré, alors forcément on est excités comme des midinettes en fin de mâtinée. Bref, cette association Dupont-Ntamack-Jalibert, qui promettait beaucoup, a déçu dans des proportions au moins aussi importantes contre les Pumas. Et si Ntamack a payé pour tout le monde, il n’y est pas pour grand-chose dans l’absolu. Le staff a juste opté pour un plan B travaillé toute la semaine à Marcoussis, incluant en gros de faire rentrer les mastards du banc pour faire pencher le combat de boxe dans le camp tricolore.

Fabien Galthié l’a expliqué comme ça, en tout cas :

« « C’était une possibilité qu’on avait en fonction du scénario, celle de changer notre façon de jouer totalement en faisant rentrer Danty en premier centre. On a senti qu’on avait besoin d’apporter plus d’impact. Ce n’est pas tant la responsabilité de Romain, mais on était parfois malmenés dans le combat d’affrontements, dans le jeu au sol. On a choisi de coacher plusieurs joueurs qui nous ont apporté plus de solidité. C’était un match où il a fallu changer d’organisation en cours ». »

Le sélectionneur nous apporte sur un plateau la relance suivante : Si Roro a dû partir à la douche parce qu’il n’arrivait pas à rentrer dans la défense adverse, rôle habituellement dévolu à Vakatawa, est-ce à dire que ce repositionnement en douze est voué à l’échec, quand dans le même temps, Ntamack n’a jamais été sollicité sur ses qualités -de jeu au pied notamment- samedi ? « On va regarder s’il y a eu un manque de puissance au milieu de terrain, répond Galthié. Ce n’est pas uniquement lié à un joueur mais plutôt à un déficit de puissance ou un déficit de courses d’intensité et connexion entre les différents joueurs, les porteurs de balle et ses soutiens ».

Un déficit de puissance au centre ?

Façon élégante de dire que les Bleus étaient tellement en galère dans les rucks en première mi-temps, qu’une paire Hulk-Batman n’aurait pas fait mieux au centre. Et puis les Argentins ont le droit de faire leur boulot aussi. « Jouer avec deux ouvreurs n’est pas un problème », explique Gabin Villière, qu’on a vu beaucoup s’agiter pour toucher une ou deux fois la gonfle, le pauvre : « Encore une fois c’est surtout l’agressivité des Argentins à monter fort et à ralentir les ballons qui nous ont empêchés de développer notre jeu ».

D’ailleurs, quand on demande à ce brave Mario Ledesma, tellement en rade d’ouvreur de haut niveau qu’il essaie d’installer un petit jeune (Carreras) encore bien instable à ce niveau, l’Argentin se fait pratiquement le Badinter de Galthié contre la peine de mort et la fin de l’expérimentation Jalibert-Ntamack.

« Les Français n’avaient pas fait ce choix pour la densité physique mais pour la fluidité du plan de jeu. Il ne faut pas oublier qu’ils n’ont jamais joué ensemble dans cette configuration. Ntamack à ce poste me fait penser à Slade ou à Giteau, un deuxième meneur de jeu avec des cannes et un bon pied. Ça dépendra du staff tricolore, mais moi, j’insisterais ».

Ntamack, une frustration à digérer

Et ce en dépit de la grossière erreur de Jalibert, auteur d’un renvoi cata sur le premier essai argentin, qui aurait pu lui coûter un changement prématuré et un désaveu en place publique. Mais aucun équipier n’a rouspété – « Tout le monde a été bienveillant avec Matthieu, le haut niveau amène des erreurs de ce type, ça n’a pas affecté l’équipe » dixit Dupont – et l’ouvreur des Bleus s’est peu à peu installé dans son fauteuil d’ouvreur avec le whisky et les chaussons.

Une belle passe au cordeau sur l’essai de Flament, puis encore un passage des bras au sol sur l’appel de Mauvaka pour l’autre essai tricolore : Dans tous les bons coups offensifs du XV de France, Jalibert a montré qu’il avait le cuir épais, ce dont on ne doutait pas vraiment​. Reste à voir combien de temps Ntamack va garder ses états d’âme pour lui. S’il en a, naturellement, on peut aussi être naïfs.