JO 2024 : « Tellement dommage que le VTT de descente n’y soit pas avec la génération qu’on a », se désole Loïc Bruni

VELO Loïc Bruni, vainqueur de la Coupe du monde de VTT de descente, sera à Mandelieu, dans les Alpes-Maritimes, ce samedi, pour le premier Red Bull Campo

Propos recueillis par Fabien Binacchi
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Loïc Bruni a remporté la Coupe du monde, le 18 septembre aux Etats-Unis
Loïc Bruni a remporté la Coupe du monde, le 18 septembre aux Etats-Unis — B. Wolinski / wolisphoto.com
  • Déjà quadruple champion du monde de descente VTT, Loïc Bruni qui vit désormais en Andorre vient d’étoffer un peu plus son palmarès.
  • Pour lui, l’absence du VTT de descente aux Jeux olympiques 2024 à Paris n’est « pas juste. Je pense vraiment qu’on aurait eu notre place. »

Il fait « la fierté des Alpes-Maritimes » et c’est Charles-Ange Ginésy, le président du département où Loïc Bruni a grandi, qui le dit. Déjà quadruple champion du monde de descente VTT, le sportif de 27 ans qui vit désormais en Andorre vient d’étoffer un peu plus son palmarès. Il a décroché pour la deuxième fois de sa carrière la Coupe du monde dans cette discipline qui fait un carton sur Internet.

Juste avant de faire son retour chez lui, samedi à Mandelieu-La Napoule, pour participer au premier Red Bull Campo, course très ludique avec des amateurs (lire l’encadré), le natif de Nice a pris le temps de répondre aux questions de 20 Minutes. Engagé pour le développement de son sport, il regrette que la discipline ne soit pas représentée aux prochains Jeux olympiques de Paris.

Vous ne vous y attendiez pas vraiment cette saison. Et pourtant, vous décrochez une nouvelle fois la Coupe du monde après la dernière étape disputée à Snowshoe (Etats-Unis)…

C’est sûr que c’était plutôt inattendu, vu toutes les galères qu’on a traversées. Du coup, la victoire a d’autant plus de goût. Je n’ai vraiment pas fait une saison de malade et ça s’est terminé en apothéose. Finalement, on a tout joué sur le dernier run. C’est une très belle surprise que je ne réalise pas encore vraiment.

C’était quoi toutes ces galères ?

J’étais plutôt bien. J’avais fait une super bonne préparation jusqu’aux deux derniers mois avant le début de la saison. Puis, je me suis déchiré un muscle sur une grosse chute. Il m’a fallu quatre ou cinq semaines pour revenir après ça. Et là, j’ai chopé le Covid. Ça m’a bien mis à plat deux semaines et demie. Juste après, en Italie, je me suis fissuré le talon. J’ai eu du mal à me relancer. La machine a finalement redémarré à Maribor [Slovénie] où j’ai fini cinquième. Mais, jamais, je n’aurais pensé gagner au final. Je crois que mes concurrents ont aussi un peu joué de malchance.

La descente VTT est souvent très impressionnante
La descente VTT est souvent très impressionnante - B. Wolinski / wolisphoto.com

Vous gagnez ce titre et, chez les dames, Myriam Nicole termine deuxième après avoir été sacrée championne du monde. Quel est le secret des Français en ce moment ?

C’est assez dur à expliquer. Mais je pense que, depuis quelques années, on a vraiment une bonne mentalité. Il y a des jeunes qui travaillent très dur. Il y a Pompon [le surnom de Myriam Nicole] qui fait très fort et chez les hommes, on est trois Français à occuper les trois premières places de la Coupe du monde. C’est incroyable. On est rivaux mais on est avant tout des potes. On est compétiteur mais je pense qu’on se tire tous vers le haut.

Vous serez à Mandelieu samedi pour vous frotter à des amateurs. En fait-on assez dans les Alpes-Maritimes pour le VTT ? Et en France ?

J’ai super hâte. La première édition du Red Bull Campo était prévue l’an dernier, mais le Covid est passé par là. Dans tous les cas, ça va être vraiment fun. En plus, Mandelieu est ma piste préférée dans le 06. Les gens de là-bas sont tous branchés vélo. Ça fait plaisir. Mais, pour vous répondre, on n’en fait jamais assez pour le VTT (rires). J’ai quand même la chance de rencontrer des politiques qui essaient de faire avancer les choses. Il y a encore des progrès à faire. Il faut changer les mentalités dans certaines stations qui ne font pas l’effort de développer cette activité l’été. Chez nous, Isola 2000 et Valberg essaient et c’est vraiment cool. Mais il n’y a pas que les stations. Il faut aussi entretenir les sentiers toute l’année. On le fait nous-même certaines fois, avec nos pelles et nos pioches. Dans d’autres pays, c’est organisé. Les autorités accompagnent vraiment le vélo.

Vous aimeriez vous impliquer davantage pour le développement de ce sport ?

Plus tard, oui. Quand j’aurais fini ma carrière, que j’aurais plus de temps. Je pense avoir un peu la responsabilité, avec les autres Français, de faire évoluer la discipline. Je pense qu’elle ne fait que commencer. Mais pour le moment, je me concentre sur mes courses. Mon palmarès, j’en suis super fier, mais je n’ai que 27 ans et il me reste encore beaucoup de choses à faire.

Est-ce que ce n’est pas un peu rageant, à votre niveau, de ne pas pouvoir participer aux Jeux olympiques qui auront lieu à Paris, en 2024 ?

Si, carrément. Surtout, quand on voit comment gagne cette génération française. C’est tellement dommage. On aurait pu faire un truc stylé. D’autant plus que j’ai entendu Tony Estanguet [le président de Paris 2024] dire qu’il voulait des sports populaires sur les réseaux sociaux. J’ai tout fait pour avoir son contact et pour qu’il ait le mien. Mais là, je pense que c’est trop tard. La décision est sans doute politique. Je ne sais pas. Selon ce que j’entends, ce serait un peu trop mécanique, trop compliqué à organiser parce qu’on passe dans des montagnes. Mais bon, en même temps, ils vont quand même réussir à organiser des épreuves de surf à Tahiti. Cette décision ne me semble pas super juste. Je pense vraiment qu’on aurait eu notre place.

Vous lancez un appel ?

Si Tony Estanguet nous lit, clairement (rires). Même pour les Jeux d’après.

Le Redu Bull Campo, c’est quoi ?

Les participants et participantes s’élancent en VTT dans la descente en mass start puis, en queue de peloton les stars du VTT Loïc Bruni et Myriam Nicole partent à leurs trousses. L’objectif est simple : essayer de devancer les deux champions de la discipline sur la ligne d’arrivée ou à défaut de se faire rattraper le plus tard possible.