Equipe de France : « Une sorte de fatalisme avec lui »... Coman peut-il encore tout casser en sélection ?

FOOTBALL L’ailier du Bayern, cantonné dans un rôle de joker, pourrait donner un peu d’air à l’attaque tricolore à Kiev

Julien Laloye
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Kingsley Coman, le 1er septembre 2021 face à la Bosnie.
Kingsley Coman, le 1er septembre 2021 face à la Bosnie. — Jean-Francois Badias/AP/SIPA
  • Kingsley Coman a réussi une belle entrée dans le désert offensif français contre la Bosnie.
  • Le joueur du Bayern doit se contenter d'une place d'intermittent depuis sa première sélection en 2015. 
  • Peut-il encore convaincre le staff des Bleus de changer son styème en 4-2-3-1 pour l'associer à Griezmann, Mbappé, et Benzema ?

Il est des destins internationaux qui ne s’accomplissent jamais vraiment, malgré les efforts louables de toutes les parties concernées. Celui de Kingsley Coman en équipe de France en est un peu là : il aurait pu basculer une première fois du côté des vainqueurs éternels en finale de l’Euro 2016. Deux ballons en or pour Grizou et Giroud, deux duels perdus. La deuxième chance est venue cet été, à 3-3 contre la Suisse, centre de Sissoko, contrôle poitrine parfait, demi-volée enchaînée… sur la barre. Avant une énième blessure en prolongations, qui disait tout de la carrière frustrée du Bavarois sous le maillot bleu.

Une carrière internationale contrariée

« Kingsley a un historique en équipe de France souvent contrarié par les blessures, jugeait DD dans l’Equipe il y a quelques jours. L’une d’entre elles l’a empêché d’être à la coupe du monde. Là, il joue et, en plus, il vient de permettre à l’équipe de France de passer d’une situation où elle est menée à une autre ou elle mène 3-1. Alors il a envie de continuer en dépit de son problème musculaire. C’est humain. Moi je pense que ça va être difficile mais je comprends, il ne veut pas lâcher ». Coman ne lâche pas, en effet, sinon il se serait mis à la pétanque, depuis le temps que son corps le fait souffrir par tous les os. Contre la Bosnie, encore, son entrée a secoué le cocotier bleu et suscité autant de regrets que d’envie : pourquoi n’arrive-t-on pas à faire de la place à un talent pareil en sélection ?

« En équipe de france, on a toujours ce qu’on mérite, analyse Patrick Guillou, commentateur attentif du Français en Bundesliga toutes les semaines sur beIN Sport. Par rapport à ses qualités intrinsèques et ce qu’il démontre au Bayern, il y a un goût d’inachevé sur ce qu’on le voit faire avec les Bleus. On aimerait le voir performance sur la durée, mais il y a toujours une blessure, un coup qui peut le diminuer, et cela conduit à une sorte de fatalisme. »

Les chiffres sont assez dingues quand on fouille un peu : sur 33, sélections, Coman n’a pu enchaîner trois titularisations d’affilée qu’à une seule reprise, à l’automne 2019. Un moment de grâce rendu alors possible par la blessure de Kylian Mbappé. Nous y voilà : c’est comme si le staff tricolore n’avait jamais trouvé le moyen d’aligner en même deux temps deux joueurs dont il doit estimer le profil trop similaire. Alors comme Mbappé sera toujours le premier choix, Coman doit se contenter des miettes.

Jamais l’occasion d’enchaîner

La situation l’agace, parfois, comme durant l’Euro, où les indiscrétions pointaient son impatience de démarrer les matchs, lui qui avait dû quitter le groupe quelques jours pour assister à la naissance de son enfant en pleine compétition. Mais il ne s’en plaint jamais publiquement, ce qui fait d’ailleurs partie du personnage. Coman défend rarement son bout de gras dans la presse, alors qu’à l’image de Kylian Mbappé (décidément), il est très à l’aise dans l’exercice, comme il l’expliquait dans l'une de ses rares interviews à onze mondial en 2020 :

« Je n’apparais pas trop dans les médias car au départ, quand je prenais la parole dans la presse, c’était pour mes fans, pour qu’ils me connaissent un peu plus. Après ça, tous les médias reprenaient le truc à leur manière, en choisissant le titre qui les arrangeait, et finalement, le message ne passait pas comme je le voulais. Je préférais que les gens n’aient aucune idée sur moi plutôt qu’ils me connaissent mal. Voilà pourquoi on peut croire que je suis introverti. Je me débrouille bien en interview, j’ai une facilité à parler parce que je ne mens pas, je ne fais pas dans la langue de bois Malheureusement, toute vérité n’est pas bonne à dire. »

Mieux qu’un joker de luxe un jour ?

Une meilleure autopromo l’aiderait pourtant à démentir quelques idées reçues. Par exemple qu’il ne pourrait pas être aligné en plus du trident offensif non négociable de Deschamps parce que cela nuirait à l’équilibre général des Bleus : « En plus de ses incroyables qualités d’élimination à la fois dans la transition mais aussi arrêté sur un pas, Kingsley n’a pas cette nonchalance de certains joueurs offensifs à la perte du ballon, argumente Guillou. Il est tout de suite capable de faire le contre-effort ou d’occuper le bon espace quand son équipe défend. » Constat objectivement observable contre la Suisse, où l’attitude de l’ailier du Bayern est irréprochable sur le but de Seferovic qui vient de son côté (3-2), contrairement à Rabiot, beaucoup plus neutre tout au long de l’action. Rien à dire non plus sur son entrée face au Portugal, en poules, à un moment où tout le monde se contentait du nul.

Le scénario dingue du 8e de finale semble malgré tout avoir condamné Coman à court terme, sans qu’il n’y soit pour grand-chose. DD dans l’Equipe : « Même si je considère que l’option plus offensive, d’une attaque à quatre, était valable, j’ai eu la confirmation que c’était faisable sur trente minutes ou une mi-temps, mais que sur tout un match, face à un adversaire capable de tenir le ballon, c’est beaucoup plus compliqué. » Toujours ce foutu destin qui joue des tours à l’ancien parisien, qu’on imagine de moins en moins inverser la tendance durablement. Patrick Guillou y croit encore : « J’aimerais qu’il arrive à se débarrasser de cette épée de Damoclès psychologique ou physique en équipe de France, et que ses qualités soient reconnues dans un système de jeu précis qui favorise ses prises de risque. » La gêne au mollet de Kylian Mbappé devrait dégager le paysage pour l’Ukraine et la Finlande. Après, on verra bien.