JO 2021 : Ambitieux, les Bleus ne veulent pas retenir la médaille mais « la douleur » de passer si près

JEUX OLYMPIQUES Même s’ils ont apporté au basket français la troisième médaille olympique de son histoire, Vincent Collet et ses joueurs ont du mal à se contenter de l’argent

Nicolas Camus
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L'équipe de France de basket battue par les Etats-Unis en finale des JO de Tokyo, le 7 août 2021.
L'équipe de France de basket battue par les Etats-Unis en finale des JO de Tokyo, le 7 août 2021. — Aris MESSINIS / AFP
  • L’équipe de France de basket a perdu face aux Etats-Unis en finale des Jeux olympiques ce samedi (82-87).
  • Les Bleus apportent tout de même une médaille historique pour le basket français, qui n’avait connu ça aux JO que deux fois en 100 ans.
  • Mais ils n’ont pas du tout envie de s’en satisfaire, preuve que la mentalité a changé depuis quelques années.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Ce n’est clairement pas celle qu’ils voulaient. Même si c’est la première depuis des lustres, même si c’était contre les Américains, même s’ils ont réussi à nous faire croire à l’exploit jusqu’au bout ou presque, en revenant à trois points dans le dernier quart-temps. Au contraire, même. « C’est ce qui rend le truc encore plus rageant, peste Nicolas Batum. On ne fait pas du tout notre meilleur match, et on n’est pas loin. » Les Bleus du basket sont en argent et ça les frustre énormément. Voir les Américains célébrer ce titre de si près les a fait bouillonner. « On les a regardés, ça devrait nous motiver pour Paris, pour la Coupe du monde, relève Timothé Luwawu-Cabarrot. On est vraiment déçus. »

« Retenir la douleur de ne pas avoir été capable de le faire »

Evidemment, tous connaissent la valeur de cette médaille olympique, la troisième seulement de l’histoire du basket français après 2000 et 1948. « Il faut avoir beaucoup d’humilité, ça n’arrive pas tous les jours », rappelle Nando De Colo. Quand ils l’auront autour du cou, ce samedi soir, ils la savoureront. Mais cela n’empêche pas d’avoir de l’appétit. « C’est ce qu’on s’est dit à la fin. Il faut retenir la douleur de ne pas avoir été capable de le faire, observe Vincent Collet. Avoir vu leur joie, bien légitime, doit nous faire mal pour qu’on aille chercher les quelques pourcentages qui nous séparent de la récompense suprême. »

En l’occurrence, sur ce match, cette petite marge se fait sur des erreurs individuelles, une valise de ballons perdus (18 !) et un manque d’adresse au lancer, où Team USA s’est fait un plaisir d’envoyer Gobert. « On manque encore de lucidité sur certaines situations, et puis Kevin (Durant) nous fait très mal », estime Evan Fournier. La star des Nets de Brooklyn (29 points) avait très envie de cette médaille d’or, et c’est lui qui a, à chaque fois, redonné un peu d’air à son équipe quand ça commençait à tanguer.

Il a manqué aux Bleus ce joueur capable de porter son équipe au tableau d’affichage – ce qu’avait réussi Fournier depuis le début du tournoi. « Ce n’est que notre deuxième compétition vraiment ensemble [après le Mondial 2019 en Chine], on continue de monter », assure le nouveau joueur des Knicks. Son sélectionneur est d’accord :

La première étape a été la constance dans les grands événements. Maintenant, on est installés dans le haut du panier, sans avoir non plus de marge, dit Collet. Ce qu’on a le mieux réussi sur cette compétition, c’est la cohésion, de groupe mais aussi opératoire, avec des leaders moteurs et des nouveaux qui ont eu un rôle à jouer à un moment ou à un autre. Ça veut dire que le principe de transmission fonctionne. »

Nicolas Batum, en équipe de France depuis 2009, mesure le chemin parcouru. Ce qu’il retient de ces Jeux ? « Le fait qu’on ne soit pas satisfaits avec une médaille d’argent olympique, alors qu’il y a dix ou quinze ans, on était contents de faire cinquième d’une compète internationale. »

Le Normand a vu, de loin d’abord et ensuite de tout près, Tony Parker et Boris Diaw s’investir pour faire changer la mentalité de cette équipe. Ces Jeux sont une étape de plus, et surtout pas un aboutissement. « On espère inspirer les plus jeunes, et ceux qui viendront ensuite. Il faut y croire à chaque fois, et on finira par montrer sur la plus belle marche aux Jeux olympiques », veut croire le capitaine des Bleus.