JO Tokyo 2021 : « Sa puissance a augmenté partout »… Comment Riner s’est (encore) refait la cerise juste à temps

JUDO Le poids lourd tricolore, à la recherche d’un troisième sacre olympique historique, ne s’est pas trompé en changeant de préparation physique avant les Jeux

Julien Laloye
— 
Teddy Riner en lice pour un triplé à Tokyo.
Teddy Riner en lice pour un triplé à Tokyo. — KARIM JAAFAR / AFP
  • Teddy Riner a changé de préparateur physique quelques mois avant les JO.
  • Un choix qui lui a permis de perdre du poids plus facilement qu’auparavant.
  • Selon sa nouvelle équipe, le judoka est plus armé que jamais avant de tenter le triplé.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Une nouvelle preuve, s’il le fallait, de notre manque de courage journalistique. Plus d’une demi-heure à faire nos devoirs avec Teddy Riner himself un peu avant les Jeux, sans jamais poser la question qui fâche : elle date de quand, au fait, cette dernière crêpe au Nutella ? Depuis le temps, toute la France connaît la petite faiblesse de notre géant préféré et sa propension à gonfler comme un bibendum hors compétition. Il se murmure pourtant que le double champion olympique n’a jamais aussi peu souffert pour perdre ses 25 kg réglementaires et se refaire un corps de colosse.

Changer les habitudes alimentaires

Gloire à ses nouveaux préparateurs physiques, un duo composé de Brieuc Gobé et Julien Corvo, qui a pris la suite en 2020 de Yann Morisseau, désormais trop occupé au quotidien à l’Insep pour bichonner la Mercedes de Lewis Riner comme il se doit. Alors Brieuc, comment on réussit un miracle pareil sans connaître Teddy de fond en comble ? « Sa problématique, c’était de perdre du poids sans pour autant suivre un régime trop strict qui pouvait nuire par le passé à ses capacités physiques. Il était indispensable d’optimiser certaines habitudes de vie pour lui faire perdre du poids durablement. »

En clair, rééquilibrer des habitudes alimentaires pourtant pas si déplorables que ça, pour qui voudrait comparer. Seulement, quand un être humain normalement constitué prend 200 g sur un petit écart en soirée, « Teddy peut en prendre 850 à côté en mangeant la même chose. » D’où la difficulté de passer de 166 à 139 kg, son poids à la fin de son dernier stage de préparation, début juillet, et de s’y tenir. Il a fallu, également, modifier à la marge son rythme de sommeil, dans une première phase d’accompagnement qui a duré de juin à octobre, en 2020.

Ensuite ? Ensuite, la machine Riner a fait monter les watts plus vite que Pogaçar. « S’il y a un mot pour définir Teddy, c’est «intensité». C’est un des rares athlètes qui a cette capacité à se mettre mentalement à la hauteur de l’évènement et c’est cette stimulation qui va driver son physique. Une fois qu’il l’a décidé, même à dix mois des JO, Teddy devient un acharné du travail. Il a horreur d’une séance qui saute, sauf si on estime qu’elle est nécessaire pour sa récupération ».

« A 15 kg de trop, les articulations morflent un peu plus »

Le roi des poids lourds est ainsi monté jusqu’à 23 « stimulations » par semaine au mois d’avril, quand ça tapait le plus fort. « Pas que de la prépa bête et méchante, précise Gobé. Là-dedans, on met du cardio, des activités ludiques comme des parties de cache-cache, un petit foot et même du judo ». Le chantier promettait un boulot au marteau-piqueur, alors que le report des JO d’un an a parfois pu faire vaciller Riner dans sa volonté. « La priorité, en dehors de la perte de poids, c’était de retrouver un physique qui lui permette de récupérer de la vivacité et de mieux bouger. A 15 kg de trop, les articulations morflent un peu plus, tout demande plus d’efforts. »

Mais peut-on encore dénicher un nouveau muscle sur le corps herculéen du champion, après toutes ces années à éparpiller la concurrence sur les tatamis ? « Il y a toujours des choses à développer. Prenez les exercices de tirer-lever. Les cannes de Teddy sont un point fort indéniable, mais il avait besoin d’un petit rééquilibrage en «pousser». Il y a six mois, il était 80 % plus faible sur ce dernier module. » Concrètement ? « Il était capable de faire six tractions complètes, maintenant il est à 19. Sa puissance a augmenté de partout, et surtout ses forces sont plus complémentaires. Une fois qu’on en est là, ce n’est plus que de l’entretien, il est temps de laisser la place aux sensations sur le judo pur. »

Le genou en état de marche ?

Jamais, lors de notre entretien réalisé tout début juillet, Brieuc Gobé n’évoque la fameuse blessure au genou révélée par le documentaire diffusé sur France 2. Deux mois sans judo à cause d’un ligament déchiré qui ont failli tout gâcher, en février, mars. Deux mois de souffrance dissimulés par son entourage, à l’image des interviews accordés aux médias nippons debout, afin de ne pas avoir à plier la jambe touchée et montrer une quelconque faiblesse. Si la douleur est encore là, tapie dans l’ombre, les sensations semblent tout à fait respectables, si l’on en croit le cobaye Riner, ravi du nouvel attelage.

« Je crois que j’ai fait l’une de mes plus grosses préparations, longue, difficile, rigoureuse. Je me sens plus fort qu’auparavant. » Avis partagé par la légende locale Tadahiro Nomura, que le Français veut rejoindre tout en haut du mont Fuji avec trois titres olympiques. « Il a un regard différent, et son corps est différent. Il est affûté. Son orgueil a été piqué au vif par sa défaite à Paris contre Kageura en 2020. Il n’était pas dans sa meilleure condition physique et il a perdu, il sait cela. » On dirait bien, en effet.