Tour de France 2021 : Un nouveau « Cannibale »… Tadej Pogacar est-il parti pour un long règne ?

CYCLISME Intouchable dans cette 108e édition, le jeune Slovène va remporter sa deuxième Grande Boucle d’affilée

Clément Carpentier
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Tadej Pogacar sous les yeux du vrai Cannibale, Eddy Merckx.
Tadej Pogacar sous les yeux du vrai Cannibale, Eddy Merckx. — Thomas SAMSON / AFP
  • Tadej Pogacar s’apprête à lever les bras pour la deuxième fois consécutive sur le Champs Elysées ce dimanche soir.
  • La légende voit en lui son successeur après un Tour de France dominé dans les très grandes largueurs par le Slovène.
  • Star mondiale du cyclisme à 22 ans, le coureur d’UAE Team Emirates va rapidement apprendre à gérer la suspicion et les doutes autour de ses performances.

« C’est lui le nouveau Cannibale ! » Même dans ses rêves les plus fous Tadej Pogacar n’espérait sûrement pas un tel compliment. Vendredi, le futur double vainqueur du Tour de France a tout simplement été adoubé par le vrai « Cannibale » : La légende vivante du cyclisme Eddy Merckx. Il faut dire que le jeune Slovène vient à seulement 22 ans de frapper très fort sur la planète vélo. Après une première victoire surprise et à l’arraché sur la Grande Boucle l’année dernière, « Tamau Pogi » (une sorte de lutin en slovène) de son surnom a littéralement d’écrasé cette 108e édition.

Ce samedi lors du dernier contre-la-montre entre Libourne et Saint-Emilion, le leader de l’équipe UAE Team Emirates s’est même permis de relâcher un peu la machine afin d’admirer les magnifiques vignobles du bordelais. Il a fini 8e de ce chrono à 57 secondes du vainqueur du jour Wout Van Aert. Anecdotique pour un coureur qui va de nouveau lever les bras sur les Champs Elysées ce dimanche avec plus de cinq minutes d’avance sur son dauphin, Jonas Vingegaard. Et comme l’année dernière, il le fera à trois reprises lors de la remise du maillot jaune mais aussi de celui du meilleur jeune et du meilleur grimpeur. Une véritable razzia !

Pour l’instant, il « ne pense pas au record »

« Peut-être que la domination de son équipe n’est pas la même que Ineos ou Jumbo mais après sur le niveau physique, il est une jambe au-dessus de tout le monde et je pense que cela s’est vu », avoue Guillaume Martin, premier Français au classement général avec une belle 8e place. Cette année, il n’y avait vraiment pas grand-chose à faire face à Tadej Pogacar. En trois semaines de course, il n’a montré qu’un seul moment de faiblesse dans la double ascension du Mont Ventoux et encore beaucoup se demandent si ce n’était pas volontaire de sa part.

Une chose est sûre, de nombreux observateurs voient en son succès le début d’une nouvelle ère. En premier lieu Eddy Merckx pour qui « Tadej Pogacar est sûrement parti pour gagner plus de cinq Tours » et battre son record de victoire de la Grand Boucle que le « Cannibale » détient avec Jacques Anquetil, Bernard Hinault et Miguel Indurain. Le principal intéressé ne valide pas cette hypothèse :

« Je ne pense pas au record. Je veux juste profiter du moment. Je ne crois pas qu’il y ait une ère Pogacar. Mais c’est plutôt toute une génération qui a émergé. On devrait assister à de belles batailles dans la décennie à venir avec des coureurs comme Egan Bernal, Wout Van Aert, Remco Evenpoel, Mathieu van der Poel, Jonas Vingegaard… »

Ce n’est pas faux surtout qu’ils étaient quelques absents lors de cette édition (Bernal et Evenpoel) et son compatriote et principal adversaire Primoz Roglic a rapidement abandonné cette année. Enfin comme le rappelle Bernard Thevenet, « dans l’histoire récente du Tour, je ne connais pas de vainqueur qui ait été autant aidé par ses concurrents ». Mais cela aurait-il vraiment suffi pour déstabiliser le champion de Slovénie ? Pas sûr du tout !

Tadej Pogacar, le maillot jaune du Tour de France.
Tadej Pogacar, le maillot jaune du Tour de France. - Philippe LOPEZ / AFP

« C’est un garçon super talentueux, explique Matej Mohoric double vainqueur d’étape sur ce Tour de France et ami proche, il n’a pas de point faible, il a toutes les qualités du très bon coureur. Tadej est différent pour moi. Par exemple, moi je suis bon seulement sur le plat et la moyenne montage, lui, il est bon partout. C’est sa force. » Et ses victoires sur Tirreno-Adriatico et Liège-Bastogne-Liège cette année le prouve. Difficile donc de trouver un point faible au niveau sportif à Pogacar. Et en plus selon son dauphin sur ce Tour, Jonas Vingegaard, « c’est un mec vraiment sympa ». Alors qu’est-ce qui pourrait faire dérailler la machine Pogacar dans le futur ?

Des soupçons à dissiper

Ses adversaires bien sûr mais peut-être aussi l’environnement autour de sa personne et de ses performances. Tout au long de ces trois semaines, la suspicion est devenue de plus en plus forte. Ces doutes rappellent les heures les plus sombres du cyclisme. Sa maman, Marteja Pogacar, ne cachait pas sa colère ce samedi au micro de RMC Sport : « Je suis très touché. Je me demande pourquoi il est autant critiqué. Avec mon mari, nous avons toujours essayé d’élever des enfants honnêtes et sincères. Je l’ai déjà dit : s’il devait commencer à se doper, il s’arrêterait. Je sais que Tadej, s’il prenait une substance interdite, ne serait pas content de gagner. C’est contre ses valeurs et sa morale. »

Entre les suspicions sur certaines personnes de son entourage et le dopage mécanique avec, selon le journal suisse Le Temps des coureurs du peloton qui enquêtent eux-mêmes sur un bruit étrange sur certains vélos dont ceux de l’équipe du maillot jaune, il va devoir se montrer solide face à la pression. « Quand quelqu’un ne croit pas en moi, j’essaie toujours de prouver qu’il a tort, répond Tadej Pogacar, nous avons de nombreux contrôles pour donner tort aux sceptiques. Je pense que ce qui s’est passé appartient au passé. Le nouveau cyclisme est un sport bien plus beau qu’auparavant. » Surtout quand on gagne ! En tout cas, la nouvelle star du cyclisme mondiale « n’a pas d’objectifs précis » dans sa carrière. « Bien sûr que j’ai envie de tout gagner mais le plus important pour moi c’est de rester moi-même. »