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Le « monstrueux » François D’Haene vise un doublé inédit Hardrock 100-UTMB

Ultra-trail : Le « monstrueux » François D’Haene à la conquête d’un doublé inédit sur la Hardrock 100 et l’UTMB

MONTAGNELe coureur rhodanien va vivre l’un des plus grands défis de sa carrière, en tentant de remporter ce vendredi sa première Hardrock 100 (160 km) aux Etats-Unis, six semaines avant son retour sur l’UTMB
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • Pour François D’Haene aussi, l’été 2021 annonce le retour des challenges d’ultra-trail les plus fous. Il va ainsi participer ce vendredi (14 heures en France) à sa première Hardrock 100 (160 km et 10.000 m de dénivelé positif) dans les Rocheuses du Colorado.
  • A 35 ans, le viticulteur du Beaujolais, et ultra-traileur du Team Salomon, vise même un doublé jamais réalisé puisque dans seulement six semaines, il compte bien remporter son 4e Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) à Chamonix.
  • Dans ce contexte de reprise de la discipline après les annulations en pagaille en 2020 liées au Covid-19, François D’Haene reste sur une défaillance majeure, lors d’un ultra en mai au Cap-Vert.

Devenir le premier coureur à remporter le 28 août quatre Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), après ses sacres en 2012, 2014 et 2017, ne devait pas être un défi suffisamment grand aux yeux de François D’Haene. L’ultra-traileur rhodanien s’élance en effet ce vendredi (à 14 heures en France) sur la Hardrock 100 (160 km et 10.000 m de dénivelé positif). De 2018 à 2020, la redoutable course américaine s’est refusée à lui, n’ayant d’abord pas été tiré au sort par l’organisation, puis en raison des annulations liées à des chutes de neige et au Covid-19.

Arrivé dans les mythiques Rocheuses du Colorado dès le 1er juillet, afin de digérer au mieux les huit heures de décalage horaire et l’altitude, avec au menu plusieurs portions de course au-delà de 4.000 m, le viticulteur du Beaujolais enchaîne les repérages. Il a parcouru jusqu’à 50 km chaque jour, tout en découvrant Handies Peak, sommet de la course situé à 4.285 m.

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« On peut vite se planter sur la Hardrock 100 »

Avec ses indications minimalistes et son changement de sens systématique, d’une édition sur l’autre, la Hardrock 100 peut jouer de sacrés tours au plateau très restreint de 146 coureurs tirés au sort. « Il peut y avoir un sentiment d’isolement comme rarement là-bas, indique Jean-Michel Faure-Vincent, manager du Team Salomon, dans lequel évolue François D’Haene. Ça arrive de ne voir absolument personne pendant 40 bornes, ce qui a de quoi être stressant en pleine nuit. On peut donc vite se planter. C’est l’une des rares courses d’ultra dans le monde où il est nécessaire de rentrer toute la cartographie dans sa montre GPS. »

Premier vainqueur français sur la Hardrock 100 en 25h17, il y a dix ans, Julien Chorier se souvient effectivement d’un « balisage sommaire », qui l’avait même poussé à « sortir roadbook et carte ». Mais les montres GPS ont depuis simplifié la donne pour les coureurs et le challenge sera ailleurs, selon le coureur du Team Hoka One One, autre tricolore en lice ce vendredi : « C’est un mélange entre des passages très roulants et des difficultés que nous devons affronter quasiment 2.000 m plus haut que sur nos autres courses. Cette très haute altitude complique beaucoup de choses. »

Alors âgé de 30 ans, Julien Chorier avait décroché en 2011 l'une des plus belles victoires de sa carrière de traileur, dans le Colorado.
Alors âgé de 30 ans, Julien Chorier avait décroché en 2011 l'une des plus belles victoires de sa carrière de traileur, dans le Colorado. - Brendan Trimboli

Les précieux conseils de Kilian Jornet

Comment François D’Haene va-t-il réagir à cette donnée, pour sa première course dans les Rocheuses, à 35 ans ? « Lorsqu’il faut s’adapter à la montagne et même parfois improviser, François est monstrueux, confie Jean-Michel Faure-Vincent. Quand il a remporté son premier UTMB en 2012, il découvrait comme tous les coureurs le nouveau parcours raccourci en raison de la mauvaise météo. Il s’était alors adapté à merveille à cet aléa. »

Pour optimiser sa préparation, François D’Haene a expliqué sur les réseaux sociaux avoir pris des conseils auprès de l’autre référence de l’ultra Kilian Jornet, vainqueur de la Hardrock 100 quatre années d’affilée (de 2014 à 2017) et non engagé en 2021. Tant qu’à faire, le Rhodanien va être accompagné de deux pacers américains de renom sur la deuxième moitié de la course, avec Dakota Jones et Jim Walmsley, triple vainqueur de la Western States, l’autre ultra-trail le plus reconnu outre-atlantique.

En 2017, Kilian Jornet (à droite) avait reconnu la supériorité de François D'Haene (à gauche) lors de l'UTMB le plus relevé de l'histoire.
En 2017, Kilian Jornet (à droite) avait reconnu la supériorité de François D'Haene (à gauche) lors de l'UTMB le plus relevé de l'histoire. - Franck Oddoux/UTMB

Deux heures pour parcourir 800 m au Cap-Vert !

Autant d’éléments qui placent l’athlète de 35 ans parmi les favoris de cette édition de la Western 100, comme en atteste Julien Chorier. Anciens partenaires chez Salomon, ils se sont entraînés ensemble mardi sur les 15 premiers km de l’épreuve. « François est en pleine forme, et sur le papier, il est le plus fort pour la Western 100, explique le traileur d’Hoka One One. Je l’apprécie depuis très longtemps et s’il fait une course pleine, je n’aurais pas à rougir de finir deux heures après lui. Cette épreuve a tout pour lui convenir, je ne vois pas de grain de sable le concernant. Mais un ultra, ça reste dur pour tout le monde, même pour lui… »

Le superbe décor de la Hardrock 100, ici lors de l'édition 2014 avec Julien Chorier (en bleu, 2e cette année-là), et l'incontournable Kilian Jornet, systématiquement vainqueur de 2014 à 2017.
Le superbe décor de la Hardrock 100, ici lors de l'édition 2014 avec Julien Chorier (en bleu, 2e cette année-là), et l'incontournable Kilian Jornet, systématiquement vainqueur de 2014 à 2017. - TJ Johnson Photography LLC

François D’Haene est particulièrement bien placé pour le savoir, tant il a vécu une douloureuse reprise cette année, après une saison blanche en raison de la pandémie de Covid-19. Le 11 mai au Cap-Vert, sur l’île de San Antao affichant 40°C, celui qui s’entraînait dans la neige à Arêches-Beaufort (Savoie) quelques jours plus tôt souffre terriblement pour boucler les 115 km (7.500 m de D+). Jean-Michel Faure-Vincent raconte cet inattendu jour sans :

« Personne n’avait jamais vu François comme ça. Il a mis plus du double du temps prévu [près de 29 heures]. Il était au bout du bout de la déshydratation. A un moment, il souffrait tellement de crampes qu’il lui a fallu près de deux heures pour rejoindre un ravitaillement situé à 800 m ! Mais par respect pour les organisateurs et pour son sport, il a tenu à terminer l’épreuve, là où 99 % des coureurs auraient lâché l’affaire. Il a beau être le numéro un mondial, ça reste un humain qui, ce jour-là, s’est desséché sur place. » »


Notre dossier sur le trail

« Aucun coureur n’a remporté la Hardrock et l’UTMB à la suite »

S’il n’a pas enfilé de dossard depuis, comme cela était prévu dans son programme de saison, François D’Haene n’est pas du genre à douter. Il a capté le bénéfique, « sur le plan mental », de cette mésaventure, qu’il a conclu avec humilité à plus de trois heures du duo féminin victorieux Sissi Cussot-Manon Bohard. Quel plus beau rebond pourrait-il s’offrir qu’une nouvelle prestigieuse ligne à son palmarès, avant de tenter de marquer encore davantage l’histoire de son sport, fin août à Chamonix ?

« Aucun coureur n’a remporté ces deux ultras qui s’enchaînent en seulement six semaines donc c’est un bon petit challenge, sourit son manager chez Salomon. Il a désormais acquis une expérience de fou et il sait éviter de se mettre dans le mur. » Après tout, en 2014, François D’Haene avait remporté en six mois un hallucinant triptyque d’ultras, le Mont Fuji, l’UTMB et la Diagonale des Fous. A lui d’être à nouveau « wild and tough », l’éternelle devise de cette fascinante Hardrock 100.