Déconfinement : Pourquoi les compétitions de trail vont-elles enfin retrouver leur « saveur » cet été ?

OUTDOOR A l'image du Marathon du Mont-Blanc, qui s'apprête à accueillir de vendredi à dimanche 8.000 participants, le trail entrevoit le bout du tunnel en France

Jérémy Laugier
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Ici dans son édition 2019, le Marathon du Mont-Blanc n'avait pas pu avoir lieu l'an passé.
Ici dans son édition 2019, le Marathon du Mont-Blanc n'avait pas pu avoir lieu l'an passé. — Fabian Bodet
  • Jusqu’au 30 juin, les événements de trail étaient limités à 500 participants en France.
  • Course majeure autour de Chamonix (Haute-Savoie), le Marathon du Mont-Blanc a donc préféré décaler son édition d’une semaine afin d’accueillir 8.000 passionnés de trail, de vendredi à dimanche.
  • Pour les organisateurs comme pour les traileurs, ce véritable début de saison à partir du mois de juillet pourrait marquer, de manière durable, le retour de cette activité sportive majeure mise à mal par la crise du Covid-19.

En décalant d’une semaine ses six épreuves (de 10 à 90 km), le Marathon du Mont-Blanc va pouvoir passer, les 2, 3 et 4 juillet, de 500 à environ 8.000 participants. De quoi comprendre pourquoi cette course de trail emblématique en Haute-Savoie avait tout intérêt à avoir lieu en juillet, mois clé dans le déconfinement des sports outdoor. « On a longtemps navigué à vue, raconte l’organisateur Fred Comte. On sentait bien que le plus simple aurait été d’annuler cette édition comme en 2020, mais ce n’était pas concevable pour nous. On est fans de cette course et on tient à faire la promotion de notre territoire. »

De vendredi à dimanche, les 8.000 coureurs engagés (sur les 10.000 dossards habituels), répartis en trois vagues, vont ainsi se régaler sur la première course française d’une telle envergure depuis le début de la pandémie de coronavirus. Seules 20 % de personnes inscrites à partir d’octobre 2020 ont choisi d’annuler en raison du changement de date.

« Les conditions d’organisation restent très floues »

Il n’y aura certes exceptionnellement pas de départ dans le centre-ville de Chamonix, ni de passage en Suisse durant le parcours, mais le monde du trail est rivé depuis de longues semaines vers cette date du 2 juillet dans les Alpes. Après avoir également annulé son édition 2020, la Maxi-Race d’Annecy, qui n’a pas pu se dérouler à sa date habituelle fin mai, a préféré reporter ses courses (de 15 à 110 km) aux 29 et 30 octobre, plutôt qu’à la reprise déconfinée de cette semaine.

« Les conditions d’organisation restent mine de rien très floues en juillet, estime le co-organisateur Stéphane Agnoli. Dès septembre 2020, on avait commencé à travailler sur cette date de repli vu le contexte global difficile, en limitant à 5.000 coureurs, soit la moitié de notre jauge de 2019. »

Cette saison, la Maxi-Race aura exceptionnellement lieu fin octobre autour d'Annecy.
Cette saison, la Maxi-Race aura exceptionnellement lieu fin octobre autour d'Annecy. - David Gonthier

« Ça date tellement, une course avec une telle jauge en France »

Pour son format phare du 42 km (2.730 m de dénivelé positif) dimanche, seule étape française de la Golden Trail World Series, « nous avons un plateau de mutants armés », se réjouit Fred Comte du Marathon du Mont-Blanc. Parmi lesquels le coureur tricolore du Team Salomon Thibaut Baronian. « Ça fait plaisir de recourir à la maison, de sentir que les événements de trail sont de retour, explique-t-il. En mars, ça a été compliqué de retrouver le rythme car les courses s’enchaînaient moins que sur une saison classique. Mais là, nous sommes pratiquement sûrs qu’on pourra courir tout l’été, et que notre plan A devrait enfin se tenir. »

Dans deux mois, Thibaut Baronian sera ainsi de retour à Chamonix pour prendre part à la CCC (101 km), course très attendue de l’incontournable Ultra-trail du Mont-Blanc. Egalement traileuse élite (pour le Team Matryx), Lucille Germain (23 ans) est engagée sur le 23 km samedi. « 8.000 personnes sur une course, ça parle quand même, se réjouit la jeune Chambérienne. Ça date tellement, une course avec une telle jauge en France… Le trail reste un sport populaire et les gens étaient forcément frustrés que la plupart des épreuves soient réservées aux coureurs élite ces derniers mois. Ça n’avait pas la même saveur pour nous non plus. »

Traileuse élite au sein du Team Matryx, Lucille Germain va s'aligner sur le Marathon du Mont-Blanc cette semaine.
Traileuse élite au sein du Team Matryx, Lucille Germain va s'aligner sur le Marathon du Mont-Blanc cette semaine. - Martina Valmassoi

« Ça me fait bizarre d’être de nouveau sur une ligne de départ »

Outre le Marathon du Mont-Blanc, 300 équipes de deux coureurs seront également mobilisées de jeudi à samedi sur la Pierra Menta (70 km en trois jours… avec 7.000 m de dénivelé positif !). « La rumeur courait que la course serait reportée à septembre, donc quand elle a été officiellement maintenue, mi-mai, ça a pris de court beaucoup de monde, sourit Marine Dutertre (37 ans), médecin à Lyon et traileuse amateur. On est beaucoup à s’être remis à l’entraînement d’un coup et je pense qu’il va y avoir de la casse. »

En s’alignant sur la version estivale de l’épreuve d’Arêches-Beaufort cette semaine, elle va participer à sa première course… depuis février 2020. Un désert de dossards qui a fait évoluer l’approche de sa passion. « Ça me fait bizarre de me dire que je serai de nouveau sur une ligne de départ dans quelques jours, confie-t-elle. Je ne sais pas si j’aurai autant la niaque qu’avant, car cette période de Covid-19 m’a ouverte aux projets off et créatifs. Et surtout je me suis habituée à de longues sorties à pied plus tournées vers la détente, la découverte des paysages, et moins vers la performance. Je crois que si je finis hors délai cette Pierra Menta, ce ne sera pas si grave. »

La médecin lyonnaise Marine Dutertre, ici lors d'un entraînement de trail à l'aiguillette de Houches (Haute-Savoie) avant la période Covid-19.
La médecin lyonnaise Marine Dutertre, ici lors d'un entraînement de trail à l'aiguillette de Houches (Haute-Savoie) avant la période Covid-19. - Marine Dutertre

« La déprime gravitait en nous »

Un sentiment que ne partagent tout de même pas les traileurs élite. « Pour nous, la compétition reste la carotte de nos entraînements, indique Lucille Germain. Avec l’arrêt brutal des courses l’an passé, on s’est pris un mur en pleine face. Personnellement, j’ai vraiment envie de me dépasser et de kiffer mes courses cette saison. » Du côté des organisateurs, entrevoir le bout du tunnel est tout aussi apprécié.

« Depuis mars 2020, on n’a pas pu organiser le moindre événement, rappelle Stéphane Agnoli de la Maxi-Race. OK, on a des aides de l’Etat, mais la déprime gravitait en nous. Là, on a un objectif auquel s’accrocher. » Comme des milliers de traileurs français prêts à se jeter sur des dossards tout l’été.

Retrouvez le calendrier des principales courses de trail en France sur le site Kavval ici.