Savoie : 9.000 m de dénivelé positif et un bivouac dans la neige, Courchevel lance son « ultra de ski de randonnée »

MONTAGNE Une soixantaine de skieurs de randonnée s’élancent samedi sur la première Millet Everest 2021, une hallucinante course dans laquelle ils vont devoir grimper 18 fois en deux jours la montée de 500 m de D + de Courchevel

Jérémy Laugier

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La Millet Everest présente un format de course insolite dans le monde du ski de randonnée.
La Millet Everest présente un format de course insolite dans le monde du ski de randonnée. — Courchevel Sport Outdoor
  • La festive Millet Ski Touring de Courchevel (Savoie) va connaître samedi et dimanche une folle évolution, avec sa version Millet Everest.
  • Le concept est le suivant : la soixantaine de skieurs de randonnée engagés vont enchaîner en deux jours 18 ascensions du parcours de la « vertical race » habituelle de 3,2 km d’ascension pour 500 m de dénivelé positif.
  • Entrecoupé d’une nuit sous tente sur le front de neige à 1.850 m, ce défi XXL va symboliquement atteindre la barre des 9.000 m de D +, soit l’équivalent de l’Everest.

Patrick Sébastien, la Compagnie créole, Emile et Images, Magic System, ou encore Nelson Monfort en tant que parrain… Tout ce beau monde a pris part depuis dix ans à la festive Millet Ski Touring de Courchevel (Savoie), qui a organisé 140 manches et plus de 15.000 départs. Référence parmi les « vertical races » en ski de randonnée, avec ses 500 m de dénivelé positif (de 1.350 à 1.850 m d’altitude) pour 3,2 km d’ascension, celle-ci permet aux amateurs et aux coureurs de haut niveau, tous déguisés, de se côtoyer avant une grosse fête réunissant chaque année plus d’un millier de participants.

Un dénouement forcément impossible pour la 11e édition de l’épreuve en raison du Covid-19. Mais cette course a eu l’idée de basculer pour la première fois dans une formule dingo à souhait. Le concept a été initié par Jonathan Lamy (24 ans), moniteur de ski à La Plagne (Savoie), qui va bientôt partir pour 60 jours d’expédition, du 1er avril au 31 mai, dans le but de grimper jusqu’au sommet de l’Everest (8.849 m). Pour se préparer à ce défi, ce sapeur-pompier volontaire est venu s’entraîner seul en janvier à Courchevel, où il a enchaîné six fois la redoutable ascension de la Millet Ski Touring.

La Millet Ski Touring est devenue incontournable depuis 10 ans pour les amateurs de « vertical races ».
La Millet Ski Touring est devenue incontournable depuis 10 ans pour les amateurs de « vertical races ». - _Courchevel Sport Outdoor

« C’est important de se faire mal parfois »

« Je me suis alors dit que faire cette montée 18 fois, soit l’équivalent de l’altitude de l’Everest, ça serait la meilleure préparation possible pour moi, évoque Jonathan Lamy. C’est très répétitif mais en ski de rando, on est addict au dénivelé. C’est important de se faire mal parfois. » Une maxime qui risque d’accompagner la soixantaine de coureurs engagés samedi et dimanche dans la Millet Everest 2021, dont le Plagnard. Car les organisateurs de la Millet Ski Touring ne sont pas passés à côté du filon lancé par Jonathan Lamy. Pour avoir droit de prendre part à cette folle aventure, il fallait faire partie des meilleures performances, ces dernières semaines, lors du Challenge M3000, en effectuant six montées (soit 3.000 m de D +) en moins de cinq heures.

« Il y a pas mal de défis à la con dans le monde de l’outdoor, mais jusque-là, on aurait jamais pensé à organiser un ultra de ski de randonnée sur un parcours de vertical race, sourit Hervé Franchino. Après quatre montées consécutives lors du Challenge M3000, je voyais déjà des visages se décomposer, alors il va falloir tenir le coup mentalement ce week-end pour faire les 18 ascensions… »

Le Challenge M3000, qui permettait de se qualifier pour cette première Millet Everest, a été relevé par plus de 150 skieurs de randonnée à Courchevel.
Le Challenge M3000, qui permettait de se qualifier pour cette première Millet Everest, a été relevé par plus de 150 skieurs de randonnée à Courchevel. - Patrick Pachod/Millet Ski Touring

« Il faudra quand même prévoir un bon duvet »

Le programme constitué par le responsable des sports outdoor au sein de Courchevel Tourisme est costaud, avec dix montées à effectuer entre 7 et 17 heures samedi, afin de respecter le couvre-feu et de rejoindre le front de neige de Courchevel 1850 pour un bivouac insolite. « Il devrait faire -4°C donc il faudra quand même prévoir un bon duvet », note Hervé Franchino. Puis rebelote le dimanche pour ceux qui auront franchi à temps la barre des 5.000 m de D + la veille.

Au menu de cette seconde journée : huit nouvelles ascensions, soit 4.000 m de D + à s’enquiller entre 8 et 16 heures, après une nuit qui ne s’annonce pas des plus reposantes. Au total, les aventuriers à ski de rando vont donc parcourir 57,6 km, avec un hallucinant dénivelé positif de 9.000 m à la clé, le tout sans pouvoir recevoir la moindre aide extérieure, hors ravitaillements. Les profils des participants sur cette première édition sont variés, entre ultra-traileurs, triathlètes et évidemment skieurs de randonnée, tous coutumiers de défis XXL.

« Cette course peut me repousser dans mes retranchements »

Deuxième meilleur temps lors des qualifications M3000, Grégoire Curmer est un habitué des performances extrêmes. L’ultra-traileur chamoniard, vainqueur de la Diagonale des Fous en octobre 2019 à La Réunion (165 km et 9.580 m de dénivelé positif) est aussi un amateur de ski de rando. « Il m’est arrivé de me faire des journées de plus de 5.000 m de D + comme ça, pour le plaisir, raconte-t-il. Le dénivelé ne me fait donc pas peur du tout. Mais en général, je dors au chaud dans un refuge, donc ça m’intéresse de voir comment mon corps va s’adapter et repartir pour huit montées le dimanche. Cette course peut me pousser dans mes retranchements. Je sens que je serai content de la finir, celle-là. »

Dans un tout autre décor, Grégoire Curmer avait remporté la dernière édition de la mythique Diagonale des Fous à La Réunion, en octobre 2019.
Dans un tout autre décor, Grégoire Curmer avait remporté la dernière édition de la mythique Diagonale des Fous à La Réunion, en octobre 2019. - Richard BOUHET / AFP

Avec la sensation d’atteindre le toit du monde à Courchevel pour fêter l’arrivée du printemps ? « Les coureurs vont finir dans le même état que ceux qui plantent leur drapeau en haut du véritable Everest », estime Hervé Franchino. Jonathan Lamy serait ravi de faire coup double fin mai, et ainsi de devenir le quatrième plus jeune Français de l’histoire à se hisser jusqu’au mythique sommet de la chaîne de l’Himalaya.