Ligue 1 : Comment Lille doit gérer mentalement son dernier match pour être champion à Angers

FOOTBALL Leader de Ligue 1 à une journée de la fin, le Losc sera sacré champion de France s’il s’impose dimanche soir à Angers

Francois Launay
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Les Lillois sont en tête de la Ligue 1
Les Lillois sont en tête de la Ligue 1 — AFP
  • Lille est à 90 minutes du quatrième titre de champion de France de son histoire.
  • Dimanche à Angers, une victoire suffira au leader nordiste pour décrocher la timbale.
  • Mais il faudra bien gérer la pression pour ne pas craquer dans la dernière ligne droite.

A 90 minutes de l’exploit. Leader de Ligue 1 à une journée de la fin, le Losc sera sacré champion de France s’il s’impose dimanche soir à Angers. Un enjeu immense pour clôturer une saison énorme. Mais avant le match de l’année, aucun signe palpable d’euphorie dans les rues de Lille. Si la statue de la Déesse, qui trône au beau milieu de la Grand Place, a revêtu l’écharpe du Losc, la vraie nouveauté de cette semaine cruciale est plutôt du côté de la réouverture des terrasses que d’un emballement populaire autour de l’équipe locale.

Et pour cause, la tension règne. « On est confiants mais prudents. Il y a beaucoup d’attente et beaucoup de stress. On est à quelques jours d’une vraie finale, un peu comme une finale de coupe de France. Tu gagnes ou tu perds, il n’y aura pas de demi-mesure. Le nul contre Saint-Etienne dimanche nous a un peu mis en alerte. Mais l’emballement va monter progressivement avant le match », assure François Stock des Dogues du Net, un groupe de supporters du Losc.

« Il faut surtout ne rien changer dans la préparation du match »

Si les supporters sont dans l’attente, les joueurs, eux, n’ont rien changé à leurs habitudes au domaine de Luchin, le centre d’entraînement du club nordiste. Comme toujours cette saison et depuis des années, le Losc a fermé ses portes pour se préparer dans le plus grand secret. Et ça tombe bien car avant un événement de cette taille, il vaut mieux garder ses rituels comme l’explique Denis Troch.

« Il faut surtout ne rien changer. On peut changer des choses quand on est dans une crise négative. Dans ce cas-là, il faut créer un micro choc pour pouvoir trouver une solution capable de changer la donne. Mais là, on ne va pas aller chercher des ressources mentales la dernière semaine avant le dernier match. S’ils sont en tête du championnat, c’est qu’ils ont déjà trouvé des ressources pour en être là », raconte l’ancien entraîneur devenu coach mental.

Quand Yilmaz harangue ses coéquipiers

Pourtant, face à Saint-Etienne dimanche dernier (0-0), le Losc a donné l’impression d’être tétanisé par la pression au moment de conclure. Une tension logique selon Thomas Sammut, préparateur mental dans le sport. « C’est beaucoup plus dur de concrétiser dans l’avant-dernier match que dans le dernier match où on est dos au mur. Contre Sainté, il ne fallait surtout pas perdre alors que contre Angers, on sait que Lille a son destin en main. A ce moment-là, on n’a plus le choix et on voit vraiment la qualité d’un groupe et des leaders qui prennent l’emprise sur les autres joueurs ».

Burak Yilmaz l’a d’ailleurs bien compris. A la fin du match contre les Verts, dans une scène captée par les caméras de Canal +, le buteur de 35 ans haranguait déjà ses coéquipiers dans le couloir des vestiaires en vue du match à Angers. « Ne vous inquiétez pas, on va être champions. Vous êtes des chiens de combat. Contre n’importe qui. Vous allez voir ! » Un message de confiance sur lequel Christophe Galtier, l’entraîneur lillois, a sans doute lui aussi insisté cette semaine.

Les conseils d’Elie Baup, sacré champion avec Bordeaux à la dernière journée

Il y a 22 ans, Elie Baup s’est retrouvé dans la situation de son homologue lillois. Champion de France avec Bordeaux en 1999 à la dernière journée, le technicien se souvient de ces derniers jours cruciaux avant un match de cette importance.

« Il ne faut surtout pas faire sentir que toute la saison se joue là. Il faut faire comme d’habitude sinon vous risquez d’accentuer l’émotionnel. La partie affective et humaine entre beaucoup en ligne de compte dans ce genre de situation. Tout l’environnement en parle. La preuve, vous faites un article que vous n’auriez pas fait il y a trois mois sur un autre match (rires). Pour nous entraîneurs, on doit essayer de rester concentré sur ce qu’on a fait lors des autres matchs. Sinon ça voudrait dire qu’on ne travaille pas bien. Il faut faire les mêmes choses, se centrer sur la vidéo, sur notre jeu, l’aspect tactique, la gestion du groupe, la récupération des blessés… Et on doit aussi penser à ce qui peut se passer pendant le match comme les cartons rouges, les blessures. Il faut rester focus sur notre jeu et pas sur l’adversaire ».

La part d’irrationnel impossible à préparer

Mais même en préparant le match dans tous ses aspects, il reste toujours une part d’irrationnel impossible à anticiper. En 1999, c’est un but du jeune Pascal Feindouno (18 ans à l’époque) à peine sorti du banc, qui a offert le titre aux Bordelais à la 89e minute sur la pelouse du PSG.

« Je devenais fou. On a mené au score deux fois et Paris est revenu à chaque fois. J’ai fini le match avec six attaquants. Ce scénario était impossible à prévoir. Tout peut arriver. Il faut rester lucide par rapport aux situations de jeu ce qui est très difficile. On dit toujours que l’enjeu ne doit pas prendre le pas sur le jeu mais c’est super difficile. C’est un peu comme quand votre femme attend un enfant : vous êtes content mais le jour de l’accouchement, vous êtes en panique. En fait, l’idéal, c’est de mener très vite 2-0 pour être tranquille », poursuit Elie Baup.

Ne pas anticiper un titre avant de l’avoir gagné

Si rien ou presque ne se passe jamais comme prévu, la dernière règle d’or est de ne surtout rien anticiper. Si Angers (12e) a l’air prenable sur le papier, l’histoire prouve qu’il est toujorus préférable de ne pas s’emballer. En 2002, Lens était en tête de la Ligue 1 avant un match décisif sur la pelouse de Lyon, son poursuivant au classement. Un point lui suffisait pour être champion mais l’OL s’est imposé (3-1) et a chipé le titre sur le fil aux Sang et Or. François Stock, le supporter du Losc, s’en souvient bien.

« J’avais vécu ce match à la télé avec des supporters lensois. Ils avaient tous fait un tee-shirt où il était marqué " Lens champion 2002 ". J’en avais même récupéré un que j’ai forcément gardé pendant des années comme maillot collector. Et je me souviens de leurs têtes le lundi matin. Je ne voudrais surtout pas que ça nous arrive cette année. Ce serait vraiment dommage d’échouer si près du but », reconnaît un fan du club nordiste qui n’a pas envie de se faire chambrer pendant des années par ses voisins lensois.