Stade Rennais : Comment Bruno Genesio a fait de Rennes une équipe sexy

FOOTBALL Avant de défier Paris, l’ancien entraîneur lyonnais affiche une moyenne de deux points par match malgré un revers à Bordeaux

Camille Allain

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En huit matchs sur le banc du Stade Rennais, Bruno Génésio a empoché 16 points.
En huit matchs sur le banc du Stade Rennais, Bruno Génésio a empoché 16 points. — J. F. Monier / AFP
  • Nommé entraîneur il y a deux mois, Bruno Genesio a glané 16 points en huit matchs, avant de défier le PSG.
  • L’ancien coach de l’Olympique Lyonnais a donné plus de verticalité au jeu des Bretons, qui ronronnait depuis quelques semaines.
  • Genesio a aussi relancé certains joueurs comme Flavien Tait et mis en confiance Jérémy Doku et Martin Terrier.

Dans les rangs des supporters du Stade Rennais, personne n’oubliera Julien Stéphan. L’homme d’un seul club, propulsé sur le banc pro un soir de décembre 2018. Les habitués n’oublieront jamais la coupe de France, les épopées à Séville et Arsenal ou la qualification historique en Ligue des champions. En plein doute, l’entraîneur a fini par quitter le couple début mars, laissant bon nombre de supporters sans leur père spirituel. Beaucoup ont mis du temps avant d’adopter le nouveau compagnon de leur équipe. Après deux mois passés sur le banc rennais, Bruno Genesio semble pourtant avoir été adopté par sa nouvelle famille.

Sans révolutionner le jeu des Rouge et noir, l’ancien de l’OL a apporté sa patte pour relancer une équipe en plein doute, secouée par le départ soudain de Julien Stéphan. La défaite à Bordeaux ne doit pas effacer le travail du technicien. En quelques semaines, il aura réussi à rendre l’équipe sexy. A confirmer dimanche avec la réception de Paris.

La positive attitude qui manquait ?

Il est arrivé tranquille, serein, rendant hommage à son prédécesseur. Après un accroc pour sa première à Marseille, Bruno Genesio a semblé redonner confiance à un groupe qui en manquait cruellement. « Je veux d’abord apporter un déclic psychologique car cette équipe a du potentiel mais joue parfois un peu avec le frein à main », avait-il annoncé à son arrivée. En huit matchs l’ancien technicien de l’OL a pris seize points soit une moyenne à deux points. Un premier bilan plombé par la défaite inattendue à Bordeaux qu’il serait bon d’effacer dimanche face à Paris (21 heures au Roazhon Park). « Je trouve qu’il dégage beaucoup de sérénité, de tranquillité. Son expérience lui a sans doute permis d’arriver avec une attitude positive. Ça se sent dans ses discours », estime Vincent Collerais, fidèle supporter et cofondateur du podcast La causerie des rouge et noir.

Cette impression de détachement, Bruno Genesio l’a laissée partout où il est passé. A commencer par l’Olympique Lyonnais, où il a gravi les échelons pour s’imposer comme numéro 1 de 2015 à 2019. « C’est quelqu’un de très abordable, de facile à vivre. Il m’a souvent surpris par sa tranquillité. A Lyon, il a connu des moments très difficiles mais il ne montrait rien, se souvient Armand Garrido, ancien entraîneur des jeunes de l’OL. C’est comme s’il avait une carapace. Il en a beaucoup souffert mais il ne l’a jamais montré. Il bossait et c’est tout ».

Un jeu plus vertical plaisant

A son arrivée à Rennes, l’ancien entraîneur du club chinois de Beijing Guoan avait promis de ne pas tout révolutionner. Et il a tenu parole. S’il a conservé l’amour de la possession de balle dicté par Julien Stéphan, Genesio a invité ses joueurs à prendre « plus de risques ». Les semaines passant, on a vu un jeu plus vertical et direct s’établir, permettant aux Rennais de marquer dans le jeu, ce qu’ils étaient incapables de faire en février.

« C’est comme si notre jeu était trop prévisible », analyse Vincent Collerais. La montée en puissance de Jérémy Doku, de plus en plus décisif, et l’apport technique de Martin Terrier (5 buts et 3 passes décisives) ont semblé dynamiser les offensives rennaises, permettant de planter huit buts en deux matchs face à Angers et Dijon. « Je déteste ce terme mais on avait clairement une possession stérile. Parfois, on ne cadrait rien », explique Romain Quinquis, vice-président de Radio Roazhon. Cet amoureux de Julien Stéphan ne cache pas son goût pour le jeu plus direct proposé par « Pep Genesio ». « Les joueurs semblent plus libérés, ils tentent plus, quitte à rater », explique le supporter de 20 ans, prenant en exemple l’amour de frappe enroulée de Terrier face à Nantes.

La relance de joueurs en errance

Sans franchement écarter personne, Bruno Genesio a tout de même établi quelques choix forts pour relancer une équipe en panne d’idées. Serhou Guirassy débutant sur le banc pour privilégier Martin Terrier, l’ancien coach de l’OL a choisi de renouer avec un système plutôt plaisant, laissant les clés du camion à Flavien Tait. Au placard, l’ancien Angevin n’avait pas réussi à convaincre depuis son arrivée en 2019. Depuis quelques semaines, il revit. « Je me sens bien car j’ai repris du temps de jeu, cela amène du rythme et de la confiance. Je me sens plus utile dans l’axe car je pars de plus loin et j’arrive à me créer des espaces », déclarait-il avant la rencontre à Angers. «Il a cette faculté à prendre les espaces mais aussi à en ouvrir pour les autres», souligne le coach breton. « Il était mis de côté. C’est comme un renouveau pour lui », estime Vincent Collerais.

La gestion du vestiaire semble également satisfaire les joueurs. « Bruno est quelqu’un d’ouvert mais il est aussi entier, franc. Il a souvent été respecté pour ça, y compris par les stars. Il n’en impose pas mais il a une pédagogie qui marche », estime Armand Garrido. Si certains ont vu leur temps de jeu se réduire, d’autres ont pu profiter d’aubaines. Dalbert est venu suppléer un Truffert blessé et les jeunes comme Matthis Abline et Lesley Ugochukwu en ont profité pour disputer leurs premières minutes en pros. Dimanche, les Bretons tenteront de prendre des points face à l'ogre parisien, avec le mince espoir d'accrocher l'Europe. 

Sans Nzonzi, ni Camavinga et Mbappé dimanche

L’affiche de cette 36e journée de Ligue 1 se déroulera ses plus grandes stars, d’un côté comme de l’autre. Les Rennais seront privés de Steven Nzonzi et Eduardo Camavinga, tous les deux suspendus. Clément Grenier et Benjamin Bourigeaud pourraient les suppléer. De son côté, Paris voudra se venger de la double défaite face à Manchester City mais jouera sans Kylian Mbappé, également suspendu. A noter que la rencontre sera arbitrée par Ruddy Buquet, qui avait officié lors de la victoire des Bretons en finale de Coupe de France en 2019. Un signe ?