Equipe de France : Pourquoi Jordan Veretout, brillant en Italie, n’a pas encore été appelé par Didier Deschamps

FOOTBALL L’ancien milieu de terrain du FC Nantes, âgé de 27 ans, impressionne, avec la Roma, en Italie

David Phelippeau

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Jordan Veretout.
Jordan Veretout. — Insidefoto/Sipa USA/SIPA
  • Jordan Veretout, 27 ans, brille en Italie depuis son arrivée en 2017.
  • A tel point que là-bas, les observateurs ne comprennent pas pourquoi Didier Deschamps n’a pas encore fait appel à lui.
  • De nombreux observateurs expliquent ce qu’il peut manquer à Jordan Veretout pour enfiler le maillot tricolore.

Les Bellignéens sont tellement fiers de lui, mais, ils le seraient encore davantage si en plus du rouge de la Roma, l’enfant du pays, Jordan Veretout (27 ans), enfilait enfin un maillot bleu, avec un petit coq et deux étoiles cousues… A Belligné, commune d’à peine 2.000 âmes située à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Nantes, plus les mois passent, plus une question taraude certains habitants. A Belligné, et pas seulement. En début de semaine, avec la blessure d’Aouar chez les Bleus, beaucoup de fans du FC Nantes n’avaient qu’un mot à la bouche sur les réseaux sociaux, ou plutôt trois : « Pourquoi pas Veretout ? ».

En Serie A depuis 2017, avec une première expérience de deux ans à la Fiorentina, l’ancien Canari (2003-2015) a tout de suite « pris la mesure et compris les ficelles du jeu italien », selon Benoît Cauet, qui a été joueur en Italie puis entraîneur d’équipes de jeunes à l’Inter Milan. Les éloges pleuvent. « Honnêtement, c’est en Italie un des meilleurs milieux de terrain actuellement, c’est la plaque tournante de l’ AS Roma, le leader de l’équipe, poursuit l’ex-Nantais (1994-1996). Il a vraiment explosé par ses prestations, son rendement sur le terrain, et son côté décisif. »

« Il n’y en a pas un autre comme lui… »

A la Fio, même s’il est le tireur des penaltys, il inscrit huit buts toutes compétitions confondues lors de sa première saison puis dix pendant la seconde. A la Roma, la saison dernière, il reste dans les mêmes standards (7 buts en 43 matchs) et sur l’exercice actuel (4 buts et 1 passe décisive en 7 matchs de Série A). « C’est un cador, un joueur-clé de l’équipe romaine, encense Matthieu Pianezze, rédacteur pour le site Calciomio. C’est un milieu de terrain moderne, box to box. Techniquement doué et incroyable à la récupération. C’est une machine. »

Dans les dispositifs de Paulo Fonseca (4-3-3, 4-4-2 etc.), Veretout peut évoluer partout au milieu « grâce à son intelligence de jeu et sa capacité à faire jouer l’équipe », selon Cauet. « Il n’y a pas un autre joueur comme lui chez nous, estime Roberto Infascelli, journaliste à Tele Radio Stereo. La Roma n’a pas de doublure d’un élément comme lui, d’ailleurs, les supporteurs se demandent quand le club va en prendre car Jordan va mourir sur le terrain tellement il court ! »

Pas étonnant qu’en Italie, le débat revienne comme une antienne à chaque grosse performance du pur produit de la Jonelière. « Il y a deux joueurs français que la presse italienne s’étonne de ne pas voir en équipe de France, ce sont Théo Hernandez [AC Milan] et évidemment Jordan Veretout », explique Matthieu Pianezze. « Ça étonne en Italie que Jordan ne soit pas en Bleu », corrobore l’ancien Canari Benoît Cauet. « Ici, on trouve quand même dommage de se priver d’un tel joueur… », insiste Valentina Clemente, journaliste italienne indépendante.

Une valeur marchande en hausse constante

D’autant que « sa cote cet été a grimpé fort comme le thermomètre », image Philippe Genin, journaliste pour BeIn Sport, spécialiste du Calcio. Il a été question d’une valeur marchande à 20 puis 30 puis 40 millions d’euros. Naples a frappé fort à la porte. En vain. « Il a pris une telle ampleur chez les Giallorossi. Ce garçon n’a que 27 ans, mais on n’est pas au bout de nos surprises avec lui. » Ricardo Faty, ancien de la Roma (2006-2010) et actuellement à Reggina (Série B), n’en revient pas : « Il a pris une dimension incroyable. Réussir à la Roma, ce n’est pas simple car vous avez une grosse pression, mais il a su gérer tout ça. La preuve, c’est même lui qui tire les penaltys ! »

Pour la campagne actuelle de matchs amicaux des Bleus, il était encore présélectionné. Comme il l’a déjà été plusieurs fois. « Cela signifie qu’il est suivi par Didier Deschamps et qu’il fait partie du Top 50 des joueurs français selon le sélectionneur », confie un connaisseur des Bleus.

Une grosse concurrence à son poste chez les Bleus

Que manque-t-il alors à Veretout – qui déclarait en mai dernier dans Le Parisien qu’il gardait les Bleus « dans un coin de sa tête » - pour honorer une première sélection ? « Connaissant Didier Deschamps, il manque à Jordan l’expérience de la Ligue des champions », estime Matthieu Pianezze. Veretout, champion du monde avec l’équipe de France tricolore U20 en 2013, a seulement goûté à la Ligue Europa. Un déficit d’expérience du très haut niveau préjudiciable à l’ex-Nantais. Philippe Genin, qui avoue être « complètement fan » de l’ancien Nantais, confirme : « Pour bien connaître Didier, il manque à Jordan le très haut niveau européen oui. » Même s’il y a évidemment des contre-exemples chez les Bleus, le dernier en date Ruben Aguilar par exemple. « Tant qu’on n’aura pas vu Veretout dans des Roma-PSG ou Roma-Liverpool, il ne sera pas appelé », poursuit Matthieu Pianezze.

« Mais, il y a aussi la concurrence à son poste en Bleu… », admet Roberto Infascelli, journaliste italien, bluffé par « ce guerrier ». Pogba, Kante, Rabiot, Toilisso, Nzonzi et plus récemment Camavinga… « Il y a un paquet de joueurs à son poste et beaucoup de très bons qui évoluent dans de très gros clubs européens ! », observe Cauet. « Et on sait que Didier Deschamps a un côté conservateur, regrette Ricardo Faty. Il a ses joueurs, son groupe France. Pourtant, sincèrement, quand je vois Tolisso, Nzonzi ou Sissoko, ce sont des habitués de la liste de Deschamps, mais ils ne sont pas plus performants que Veretout ! »

Fabrice Picot, son ancien agent, bluffé par le niveau actuel de son ancien poulain, a une explication : « Jordan coche toutes les cases du très bon milieu de terrain, mais il n’est peut-être pas au top dans chaque case pour les Bleus. Par exemple, Kante sera plus fort que lui à la récupération, Nzonzi, plus puissant et plus costaud. » Sous forme de message au natif de Belligné, Faty conclut : « C’est une question de temps. C’est un garçon humble, discret. Il ne doit pas forcer sa nature. Il a tout pour aller en équipe de France, et tôt ou tard, il ira. »