Nîmes-FC Nantes : Mais au fait, pourquoi le FCN forme-t-il autant de (très) bons milieux relayeurs ?

FOOTBALL Toulalan, Hanni, Veretout, Rongier, Louza, etc. Le FCN ne cesse de former et de faire éclore des milieux de terrain au plus haut niveau

David Phelippeau
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Louza, Rongier, Veretout et Toulalan (de gauche à droite).
Louza, Rongier, Veretout et Toulalan (de gauche à droite). — SIPA/AFP
  • Rongier, Veretout, Louza etc. Le FCN n’en finit plus de révéler des très bons milieux de terrain.
  • La formation du club a bien conscience que sa façon de travailler est à l’origine de cette tendance.
  • Depuis trois ou quatre ans, les formateurs ont décidé de changer leurs méthodes de travail pour favoriser l’émergence de joueurs à d’autres postes.

A en rendre fadas les supporters marseillais. Depuis son arrivée sur la Canebière, l’ex-Nantais Valentin Rongier ne cesse de générer des superlatifs. Pendant ce temps-là, à Rome, Jordan Veretout, autre ex-Canari, vient d’enchaîner sa treizième titularisation en Série A. Outre le fait d’avoir été formés à la Jonelière, ces deux joueurs ont en commun d’évoluer sensiblement au même poste de milieu relayeur. Et ils ne sont pas les seuls made in Nantes dans ce registre à s’être imposés au plus haut niveau. Toulalan, Faé, Harit, Hanni, Trebel, Touré et Louza viennent gonfler une liste non exhaustive. Au point qu’on peut se demander pourquoi la formation nantaise produit autant de (très) bons joueurs qui possèdent un registre de jeu souvent similaire ?

« On s’est posé plusieurs fois cette question, avoue Samuel Fenillat, directeur du centre de formation. Et notre réflexion a été enclenchée depuis un moment à ce sujet. On a bien conscience que notre façon de travailler fait éclore ce type de joueurs. » Des milieux de terrain travailleurs, relayeurs plutôt que des éléments offensifs et a fortiori des buteurs. Fenillat estime d’emblée que c’est « dans l’ADN du club » d’être attiré par « des joueurs qui conçoivent le jeu à travers la passe, qui sont connectés aux autres ». Le directeur du centre parle d’un « formatage » de certains éducateurs biberonnés au jeu à la nantaise. « C’est notre marque de fabrique, poursuit-il. Inconsciemment, on est attirés par des joueurs qui combinent. S’il avait pu jouer avec onze milieux de terrain, Raynald Denoueix l’aurait fait. »

Une attirance pour des joueurs tournés vers les autres

Premièrement, dans le recrutement des jeunes, « nos yeux se portent plus vers ce type de joueurs », selon le boss de la formation. « Des joueurs tournés vers les autres, qui aiment faire jouer et faire briller les autres », précise Mathieu Bideau, responsable du recrutement chez les jeunes. « On se demande si le jeune joueur a la capacité d’évoluer dans le cœur du jeu ? Si oui, il correspond à ce qu’on recherche… », explique Fenillat. C’est-à-dire un jeune fort dans la compréhension du jeu qui peut s’adapter ensuite à n’importe quel poste. Par exemple, Léo Dubois était milieu de terrain quand il est arrivé à Nantes avant de reculer sur le côté droit de la défense au fil de sa formation. Basila est lui aussi passé de milieu à défenseur central.

Deuxièmement, dans le contenu des séances, « on les fait toutes avec ballon et on privilégie le jeu combiné, l’intelligence de déplacement, de maîtrise des espaces, la lecture de jeu, les jeux d’éveil avec une attention de tous les instants », explique Fenillat.

Depuis 3 ou 4 ans, les méthodes ont changé

On aurait presque pu parler au passé. « Cela fait quatre ans qu’on a évolué », avoue aujourd’hui le directeur du centre. « Il faut des joueurs qui valident le travail réalisé par ces milieux de terrain, explique le recruteur en chef Mathieu Bideau. Tu ne peux pas jouer avec dix Louza. On se focalise donc sur d’autres types de joueurs. » Le club recrute ainsi en post-formation des profils souvent absents à la Jonelière. On pense à Bamba récemment ou Djilobodji il y a plus longtemps. Recruter la perle rare offensive chez les catégories de jeunes coûte en effet très cher. « On n’a pas les moyens de certains clubs », regrette Samuel Fenillat.

Dans les séances, les exercices ont aussi changé. « Aujourd’hui, on donne plus à “manger” à nos attaquants et nos défenseurs, observe Stéphane Ziani, coach des U19. On ne fait plus de conservation de ballon, de passes à dix sans sens de jeu. Les joueurs sont désormais sur le terrain à leur poste. L’objectif est de les mettre le plus possible en configuration match. » Le credo désormais de Fenillat : « On s’entraîne comme on joue ! » « On ne conditionnait ni la tête, ni le corps à tous les efforts demandés en match », résume le patron de la formation. Les GPS ont aussi permis de déceler ces manques sur le plan physique.

Une plus grande facilité à lancer des joueurs au milieu que devant ou derrière

Stéphane Ziani a aussi une autre explication à cette émergence permanente de très bons milieux de terrain nantais au plus haut niveau plutôt que des attaquants par exemple. « C’est moins compliqué de lancer un jeune au milieu du terrain qu’un gardien de but, un défenseur central ou un buteur, trois postes où on n’a pas le droit à l’erreur. » Surtout quand un club joue son maintien comme ce fut le cas pour le FCN de manière régulière il y a quelques années.