Dimitri Boudaud découvre la Ligue 2 avec Dunkerque
Dimitri Boudaud découvre la Ligue 2 avec Dunkerque — USLD

FOOTBALL

Ligue 2 : Dimitri Boudaud, chauffeur de bus devenu footballeur pro à 33 ans avec Dunkerque

Francois Launay

Le milieu de terrain de Dunkerque a un parcours très atypique pour un footballeur professionnel

  • A 33 ans, Dimitri Boudaud, milieu de terrain de Dunkerque (Ligue 2), vient de signer son premier contrat pro.
  • Un parcours atypique pour un joueur qui a cumulé pendant plus de dix ans la double casquette de footballeur et chauffeur de bus.

Quand certains joueurs prennent l’autoroute pour arriver dans le monde professionnel, Dimitri Boudaud a fait plusieurs détours et quelques arrêts pour atteindre son rêve. Agé de 33 ans, le milieu de terrain a signé son premier contrat pro il y a seulement quelques mois avec l'USL Dunkerque, promu en Ligue 2 cette saison, qui s'est imposé samedi à Chambly (0-1).

Jusqu’ici le néo-pro avait une double vie : footballeur le soir et… chauffeur de bus le jour. La conséquence d’un parcours sinueux. « J’ai consacré toute ma jeunesse et ma formation au foot pour devenir pro. Mais je n’ai pas eu la chance de signer pro à Sedan, mon club formateur. Je suis donc retourné dans le milieu amateur en CFA où j’ai passé deux saisons à Epernay, une autre à Montceau-les-Mines avant d’arriver à Dunkerque en 2009 », raconte le joueur.

Chauffeur de bus à 23 ans

Venu pour joueur la montée en National avec le club nordiste, Boudaud va vivre un cauchemar car l’USLD est reléguée en CFA 2 à l’issue de la saison. Un niveau qui ne permet plus au joueur de vivre de sa passion.

« Je ne me voyais pas faire que du foot en CFA 2 donc j’ai voulu travailler. Jean-Christophe Géhin, président de Dunkerque à cette époque-là, dirigeait une entreprise de bus [DK’Bus]. Les bus, ça n’a jamais été une vocation à la base mais ça me permettait de signer un CDI avec des avantages comme un 13e mois ou 8 semaines de congés payés. Et signer un CDI à 23 ans m’a permis d’acheter une maison, ce qu’on ne peut pas faire quand on a un salaire de joueur de CFA », explique Dimitri Boudaud.

Levé à 5 heures du matin tous les jours de la semaine

Pendant plus de dix ans, Boudaud va donc s’adonner à un rythme de vie bien rempli. Levé à cinq heures du matin, il va conduire les bus du réseau dunkerquois jusqu’en début d’après-midi avant d’aller faire une sieste d’une heure puis de filer à l’entraînement en fin de journée. Sans jamais se plaindre de sa situation.

« Les horaires sont un peu compliqués. Il y a aussi une fatigue mentale car on doit être tout le temps concentré. Mais je mettais ma petite radio en écoutant les podcasts de RMC comme le Moscato Show ou L’After. Je faisais huit heures de service mais je n’étais pas malheureux. Ce n’était pas évident mais ça m’a aussi servi en tant qu’homme de connaître autre chose. Tu côtoies des gens comme tout le monde. Humainement, ça fait grandir », reconnaît le footballeur.

Découverte du monde pro à 33 ans

Chauffeur à temps plein quand Dunkerque était en CFA 2, Boudaud voit ses horaires évoluer au fur et à mesure des accessions du club. A mi-temps en CFA et National, il ne bossera plus que deux jours par semaine quand l’USLD jouait la montée. Jusqu’à la promotion en Ligue 2 ce printemps et la signature d’un premier contrat pro à 33 ans. Comme l’impression de vivre un rêve éveillé.

« Ce contrat m’a permis de prendre un congé sans solde au boulot et de m’investir à fond pour le club en Ligue 2. Désormais, on joue sur de beaux terrains avec de beaux ballons. On prend même parfois l’avion pour se déplacer. Ça change des déplacements en camionnette à Drancy pour jouer sur des vieux terrains devant 100 spectateurs », sourit celui qui entame sa douzième saison sur le littoral.

Une après-carrière envisagée avec sérénité

Arrivé sur le (très) tard dans le monde pro, Dimitri Boudaud sait que sa fin de carrière approche déjà à grand pas. Le milieu espère en profiter encore deux ou trois ans au haut niveau avant de raccrocher les crampons. Mais pas forcément pour reprendre le volant de son bus.

« Quand j’aurai fini ma carrière, on verra si je retourne aux bus ou si j’ai envie d’autre chose comme devenir coach par exemple. Au moins, je sais que j’ai cette sécurité. J’ai un CDI de chauffeur que je peux reprendre quand je veux. Quand on ne fait que du foot de 18 à 35 ans, c’est très dur de revenir à une vie classique en se levant à 5 heures du mat' tous les jours. Moi, je suis déjà préparé », sourit un joueur qui connaît déjà bien l’envers du décor.