Champions Cup : « Il révolutionne son poste »… Et si le génial Finn Russell offrait enfin la Coupe d’Europe au Racing 92 ?

RUGBY Le demi d’ouverture écossais Finn Russell jouera un rôle essentiel samedi, lors de la finale de la Coupe d’Europe entre le Racing 92 et les Anglais d’Exeter

Nicolas Stival

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Finn Russell et ses coéquipiers du Racing 92 lors de la demi-finale de Champions Cup remportée face aux Anglais des Saracens, le 26 septembre 2020.
Finn Russell et ses coéquipiers du Racing 92 lors de la demi-finale de Champions Cup remportée face aux Anglais des Saracens, le 26 septembre 2020. — Franck Fife / AFP
  • Décisif en demi-finale de la Champions Cup, l’ouvreur Finn Russell est de nouveau très attendu samedi à Bristol, à l’occasion de la finale contre Exeter.
  • Le génial Ecossais maîtrise toute la palette de son poste, en y ajoutant un côté instinctif qui le rend unique.
  • Son talent, son parcours et sa personnalité en ont fait une vedette dans son pays, ainsi qu’une star du rugby mondial.

Samedi, le Racing 92 va disputer le match le plus important de son histoire récente de l’autre côté de la Manche, à Bristol. Après ses échecs lors des finales 2016 (contre les Saracens) et 2018 (face au Leinster), le vénérable club francilien va tenter d’accrocher une première Coupe d’Europe à son palmarès, au détriment des Anglais d’Exeter. Si, après le Bouclier de Brennus glané voici quatre ans, le richissime président Jacky Lorenzetti peut encore espérer atteindre son Graal continental, il le doit en bonne partie à Finn Russell.

Le demi d’ouverture de 28 ans a fait basculer la demi-finale contre les Saracens, grâce à un petit coup de pied au-dessus de la défense (ou « chip », sa spécialité) pour Virimi Vakatawa, qui a abouti à l’essai décisif de Juan Imhoff. Un énième trait de génie sorti de la boîte à magie de l’Ecossais.

« Russell est en train de révolutionner le poste de numéro 10 », juge carrément Christophe Lamaison, l’ouvreur du XV de France héros de l’inoubliable et renversante demi-finale de la Coupe du monde 1999, contre les All Blacks. « Mon fils de 17 ans, qui évolue aussi à l’ouverture à l’Aviron Bayonnais, l’adore et m’en parle souvent. Il sort du cadre. »

Reconverti dans les énergies renouvelables, « Titou » Lamaison apprécie le souffle d’air pur apporté par l’ancien joueur des Glasgow Warriors : « A un moment, on était dans l’Anglo-Saxon, type Wilkinson : occupation du terrain, jeu au pied assez pragmatique. Russell a tout ça, mais il possède aussi ce côté instinctif dans la prise d’initiatives, qu’on ne peut avoir que lorsqu’on bénéficie de la totale confiance de son club et de ses coéquipiers. »

Finn, ce « héros » écossais

Bien sûr, le Racingman, débarqué en France voici deux ans, est lui aussi anglo-saxon, mais sans le côté rigide souvent associé à cette AOC. « Pour la plupart des supporteurs écossais, Finn est un héros, assure Andy Burke, journaliste sportif à la BBC Scotland. Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu un joueur comme lui, au jeu instinctif et créatif, porter le numéro 10 en sélection. Il est incroyablement habile et crucial pour les ambitions écossaises. »

Décisif face à l’« ennemi » anglais lors des Tournoi des VI Nations 2018 (victoire 25-13 à Murrayfield) puis en 2019 (38-38 à Twickenham), Russell figure sur la liste des 40 joueurs convoqués pour les test-matches de l’automne. On ne peut plus logique sportivement bien sûr, mais longtemps inimaginable après la spectaculaire embrouille avec son sélectionneur Gregor Townsend à cause d’une soirée arrosée, qui lui avait valu de se faire virer du XV au Chardon en janvier.

L’ovalie calédonienne, reléguée dans l’ombre envahissante du foot, ne s’en plaindra pas. « Finn est l’un des rares joueurs du pays dont la notoriété dépasse la sphère du rugby », reprend Andy Burke. Une célébrité que cet héritier de Carlos Spencer, le fantasque ouvreur des Blacks au tournant du millénaire, doit bien sûr à son talent, mais aussi à son parcours et à sa personnalité.

« Plug and play »

Apprenti maçon à l’adolescence, le garçon trimballe une insouciance rafraîchissante dans l’univers de plus en plus aseptisé du rugby pro. « Vous pouvez sourire sur le terrain pendant trois secondes, ça n’empêche pas d’être concentré à la seconde suivante, confiait Russell ce jeudi dans L’Equipe. J’ai cette chance de pouvoir débrancher et rebrancher vite. »

« Il a envie de se faire plaisir sur un terrain et ça se voit, apprécie Christophe Lamaison. Il se situe un peu dans le registre du rugby d’avant. » Y compris au niveau du gabarit. Si le compatriote de William Wallace s’est étoffé au fil des ans (1,82 m, 87 kg aujourd’hui), il n’arbore pas les abdos « six-packs » habituellement livrés avec le trois-quarts moderne. « Son surnom en début de carrière était "The Muscle", parce qu’en fait, des muscles, il n’en avait pas beaucoup », s’amuse Andy Burke.

N’allez toutefois pas imaginer un troubadour dilettante, qui découvre les joueurs d’en face au coup d’envoi après une nuit blanche au Macumba. « Je regarde toujours les trois ou quatre derniers matchs de nos adversaires », explique Russell à L’Equipe.

Ce samedi, il retrouvera à Exeter des têtes bien connues, celles de ses compatriotes Jonny Gray et Stuart Hogg, l’autre vedette offensive du XV d’Ecosse. Un conseil, signé Andy Burke : regardez bien le visage de Finn Russell lorsque vous allumerez la télé. « Quand il joue avec le sourire, cela signifie en général que son équipe va passer une bonne journée. » Et les fans de rugby aussi.