Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne : « J’ai montré qu’il fallait compter sur moi pour le Vendée », glisse Thomas Ruyant

INTERVIEW Encore en lice pour la victoire de la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne dans la journée de mardi, le skipper nordiste a fini sur la troisième marche du podium dans la soirée. De très bon augure à quatre mois à peine du Vendée Globe

David Phelippeau

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Thomas Ruyant sur LinkedOut à l'arrivée aux Sables d'Olonne mardi soir.
Thomas Ruyant sur LinkedOut à l'arrivée aux Sables d'Olonne mardi soir. — Pierre Bouras
  • Thomas Ruyant a finalement pris, mardi soir, la troisième place de la Vendée-Arctique, course inédite préparatoire au Vendée Globe, qui s’élancera le 8 novembre.
  • Avec son bateau qu’il a conçu lui-même, le Dunkerquois a été à la lutte avec les deux premiers jusqu’au bout.
  • La configuration de l’épreuve et son bateau ne lui ont pas permis de beaucoup dormir.

Epuisé, mais heureux. Le skipper Thomas Ruyant s’est adjugé, mardi soir, la troisième place de la Vendée-Arctique-Les Sables derrière Apivia de Charlie Dalin et Charal de Jérémie Beyou, grand vainqueur. En dix jours, 6 heures, 24 minutes et 12 secondes, il a bouclé les 2.807 milles du parcours théorique, à la moyenne très élevée de 11,39 nœuds, à bord de son foiler dernière génération LinkedOut, le voilier porteur des valeurs de l’inclusion. Après une petite nuit d’un peu plus de six heures et un « bon carpaccio de légumes » avalé ce mercredi midi, le Nordiste tire un bilan extrêmement « positif » de sa première course officielle en solo, avec son nouveau bateau qu’il a conçu pour un gros objectif : le Vendée Globe.

Thomas Ruyant, tout sourire, à son arrivée mardi soir.
Thomas Ruyant, tout sourire, à son arrivée mardi soir. - Pierre Bouras

Vous avez été presque 150 fois en tête de la course aux différents points intermédiaires des organisateurs et vous finissez 3e. Est-ce une grosse déception ?

Il y a eu un match à trois pendant dix jours où on s’est échangé la première place régulièrement. C’est moi qui finis troisième… D’avoir su jouer avec ces nouveaux bateaux référence et d’avoir montré les crocs pendant dix jours, c’est très important. Mes concurrents ont vu que j’étais bien présent et qu’il va falloir compter sur moi pour le Vendée Globe. Après, il y a évidemment de la déception car je suis un compétiteur et la victoire était à ma portée encore mardi après-midi.

Dans quel domaine tirez-vous du positif ?

Ce qui est rassurant, c’est qu’on a un bateau prêt et allant vite. Je suis à l’aise dessus et je sais sur quoi travailler. Je sais aussi où j’ai fait des erreurs. Par ailleurs, je m’en suis sorti sur cette course avec un bateau certainement moins typé pour ce style d’épreuves courtes. Quand j’ai perdu la tête, c’était souvent dans des conditions météo qu’on ne trouvera pas tant que ça sur le Vendée. Et j’ai pu me rendre compte aussi que sur les phases qu’on devrait rencontrer pendant le Vendée, j’allais très vite.

Dès votre arrivée, vous avez insisté sur le fait que vous étiez très fatigué…

Je suis cramé. J’ai l’impression de ne pas avoir dormi du tout. On a réalisé le bateau avec des foils. Ces appendices dynamiques, pour bien les faire travailler, il faut être dessus en permanence. C’est une nouvelle façon de naviguer son monocoque. Tu sais que quand tu vas dormir, tu perds de la vitesse. Ça ne se compte pas en dixièmes de nœud, mais en nœuds.

C’est un point sur lequel vous allez beaucoup insister avant le Vendée Globe ?

Cela va faire encore plus partie de la stratégie. Trouver le bon moment pour se reposer et trouver les bons réglages moyens qui permettent de ne pas perdre trop de vitesse. Après, la configuration de cette course était aussi très particulière. Ce chemin qu’on a fait (sud-nord puis nord-sud) ne ressemble à rien de ce qu’on a déjà fait. On est en permanence en phase de transition, de changement avec ces systèmes météo qui se déplacent d’ouest en est et qui nous traversent. Il y avait une grosse difficulté à laisser le bateau seul. L’intensité météo était permanente. Je pense qu’elle sera forte mais différente sur le Vendée Globe.

Combien de temps par jour avez-vous réussi à dormir ? Trois ou quatre heures ?

Grand max ! J’ai surtout fait beaucoup de petites phases de sommeil de cinq ou dix minutes. On récupère aussi beaucoup avec des sommeils flash. Franchement, ça fait un moment que je n’étais pas allé chercher aussi loin au niveau du manque de sommeil. Ça m’a rappelé mes débuts dans la course au large. C’était un petit retour en arrière là-dessus. J’ai eu du mal à laisser le bateau seul. Je suis un compétiteur donc j’ai du mal à me dire que le bateau va moins vite si je me repose…

Et les conditions de vie dans votre bateau ?

Sur l’ergonomie et la vie à bord, on a fait quelque chose de super cet hiver. J’entendais mardi soir mes concurrents dire qu’ils allaient devoir bosser là-dessus, nous, c’est fait et les choix ont été bons. Tout a été bien pensé pour cette partie-là qui est une des clés. Bien vivre à bord est super-important sur ces bateaux extrêmes.

Vous avez l’impression d’avoir envoyé un message à quelques semaines du Vendée ?

Mes concurrents ont d’abord vu qu’avec ce bateau, on allait vite sur la Jacques Vabre [course en double]. C’était un premier petit message. Pendant quelques entraînements en flotte, on a montré ensuite qu’on était dans le match. Et là, sur la Vendée-Arctique-Les Sables, je finis troisième. On leur fait un peu peur (rires). On est sur la pente ascendante vers le Vendée et j’espère que le pic de forme ça sera pour le départ, le 8 novembre.