Vendée Globe: Après son abandon, Thomas Ruyant nous raconte son «expérience de dingue»

INFO «20 MINUTES» Victime d'une arrivée en mer, le Nordiste a dû abandonner la course et tire le bilan de son aventure...

Francois Launay

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Thomas Ruyant se prend en photo au beau milieu de l'Attlantique
Thomas Ruyant se prend en photo au beau milieu de l'Attlantique — Thomas Ruyant

Pour la première fois depuis un mois et demi, il a dormi dans un vrai lit. Arrivé mardi dans le petit port de Bluff en Nouvelle-Zélande, Thomas Ruyant se remet de ses émotions. Dimanche, après avoir heurté un OFNI (objet flottant non identifié), il a dû abandonner la mort dans l’âme son premier Vendée Globe alors qu’il était huitième au classement.

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Sur le point de se plier en deux suite au choc,son bateau « Le Souffle du Nord pour le Projet Imagine » a bien failli couler. Après deux jours compliqués où il dut braver les éléments dans des conditions difficiles, Ruyant a réussi à ramener son bateau sur la terre ferme. Joint au téléphone, il a accepté de revenir pour 20 Minutes sur son aventure inachevée.

Comment allez-vous après ces derniers jours difficiles ?

Je suis encore dans le vif du sujet. L’histoire n’est pas encore terminée. Je me trouve aux antipodes dans un port du bout du monde avec un bateau cassé qu’il faut changer de port pour avoir des infrastructures plus conséquentes pour essayer de le réparer. J’ai passé la journée dans le bateau pour essayer de restructurer un peu le bateau et rejoindre un autre port.

Au moment de l’impact dimanche, avez-vous compris tout de suite que c’était fini ?

Oui. Je dormais au moment de l’impact et je me suis réveillé en sursaut. Avec un tel choc, c’était impossible de ressortir avec un bateau indemne. Il y avait trop de dégâts. Je ne sais pas si j’ai touché un cétacé, un container ou autre chose et je ne le saurais jamais. Tout ce que je sais, c’est que le choc a été extrêmement violent, un peu comme un accident de la route.

Mais le plus compliqué, ça n’a pas été d’abandonner, mais de ramener le bateau à bon port pour le sécuriser. Ça n’a pas été simple du tout. Le rapatriement a été plus violent que le choc. Quand tu navigues sous 50 nœuds de vent avec une mer déchaînée et que ton bateau prend l’eau, ce n’est pas plus marrant que de taper quelque chose. C’était la guerre et je ne sais même pas comment le bateau a réussi à tenir. Là, je suis cuit et je vais mettre du temps à m’en remettre.

Avez-vous eu peur ?

Oui, j’ai eu peur et je me suis senti en danger. Mais je savais que j’étais à portée d’hélico et qu’il fallait juste que j’appuie sur un bouton pour déclencher ma balise de détresse. Je n’ai pas forcément eu peur pour moi mais je n’avais pas envie de laisser mon bateau en pleine mer. J’ai tout fait pour le ramener à bon port et je suis heureux d’avoir réussi.

Le pont du voilier de Thomas Ruyant a été sérieusement endommagé
Le pont du voilier de Thomas Ruyant a été sérieusement endommagé - Thomas Ruyant

Que retenez-vous de ces 45 jours de course ?

Sur la dernière semaine de course, je n’ai pas été épargné par les problèmes techniques. Mais avant ça, il y a eu tout un mois de course où ça s’est très bien passé. Je suis content car c’est beaucoup d’expérience accumulée. C’est une grande satisfaction d’être arrivé là. Après, les avaries, on sait que ça fait partie du Vendée Globe. Certaines sont de ma faute mais on apprend de ses erreurs.

Par contre, la dernière avarie, c’est de la roulette, je ne pouvais rien faire et je n’étais pas maître de ce qui m’est arrivé. Et puis, toute cette aventure m’a amené à puiser dans mes réserves, à trouver du courage. Je ne suis pas allé au bout mais je retiens plein de belles choses. J’ai pris des rides (rires). C’est une expérience de dingue. J’en ressors avec plus de maturité dans ma vie de marin.

Avez-vous réussi à ressentir toute l’effervescence sur terre autour de votre aventure ?

J’ai eu pas mal de retours mais c’est difficile de s’en rendre compte car, quand on est en mer, on est très autocentré sur ce qu’on a à faire à bord. Au départ des Sables d’Olonne, j’avais vu que mes supporters étaient très nombreux, quece projet régional avait touché beaucoup de monde. On a réussi à amener ce colibri géant, symbole du projet Imagine, autour du monde. Je suis aussi déçu pour tout ça car ce projet méritait d’aller au bout.

Arrivez-vous à vous projeter déjà sur le prochain Vendée Globe qui aura lieu dans quatre ans ?

C’est beaucoup trop tôt. J’ai encore la tête dans la course. Après, ce qui est sûr, c’est que j’aime la mer, j’aime le bateau, j’aime la compétition et les défis. Mais je n’en sais rien pour l’instant. Il faut d’abord que je me repose, que je revoie mes proches car partir sur un Vendée Globe, ça ne se décide pas tout seul. Au fond de moi, je sais que j’aime ça, je ne suis pas très vieux (35 ans).

Que va-t-il se passer maintenant ?

On va essayer de restructurer le bateau pour qu’il arrive dans un port plus adapté. De toute façon, on ne réparera pas le bateau en Nouvelle-Zélande. On va voir si on peut le démonter et le ramener en France. Aujourd’hui, on n’en sait rien. Plein de choses vont entrer en ligne de compte comme l’assurance par exemple. Mon retour en France va dépendre de tout ça mais j’aimerais bien rentrer avant le 1er janvier, date de l’anniversaire de mon fils. Voilà mon prochain objectif.