Voile : « Ça me démange de retourner naviguer », confie le navigateur Thomas Ruyant en pleine préparation du Vendée Globe

INTERVIEW Le skipper nordiste a dévoilé ce mercredi le nom du bateau avec lequel il participera normalement au Vendée Globe le 8 novembre 2020

Francois Launay

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Thomas Ruyant pose devanr son bateau
Thomas Ruyant pose devanr son bateau — Pierre Bouras
  • Le Nordiste Thomas Ruyant sera au départ du Vendée Globe le 8 novembre 2020 aux Sables d’Olonne.
  • Il a dévoilé ce mercredi le nom de l’entreprise qu’il portera sur son bateau pendant ce tour du monde en solitaire.
  • Le réseau social Linkedout, destiné aux personnes en précarité à la recherche d’un emploi, l’accompagnera pendant son périple.

Un tour du monde en solidaire. En pleine préparation du Vendée Globe, le célèbre tour du monde en solitaire et à la voile qui devrait partir des Sables d’Olonne le 8 novembre, Thomas Ruyant a franchi un cap. Le skipper nordiste, qui s’alignera pour la deuxième fois au départ, connaît désormais le nom de son bateau.

Partenaire principal du navigateur depuis deux ans, la société Advens, spécialisée dans la cybersécurité, a décidé d’offrir le nom et la visibilité de son bateau à LinkedOut, le réseau « de ceux qui n’en ont pas ». Lancé par l’association Entourage, ce réseau social vise à relancer sur le marché de l’emploi des gens en précarité. Un engagement qui rend fier Thomas Ruyant prêt à faire connaître Linkedout sur toutes les mers du globe.

Votre bateau portera donc les couleurs de LinkedOut sur le Vendée Globe. Qu’est que ça vous fait ?

C’est dans la lignée de ce qu’on a essayé de faire avec Alexandre Fayeulle (président et fondateur d’Advens) depuis deux ans. On a monté un projet, construit un beau bateau, fait une belle Transat Jacques Vabre (5e), on s’est aussi qualifié pour le Vendée Globe. Donc ce projet avec LinkedOut est une continuité qui donne encore plus de sens au projet et plus de sens à la performance. Je trouve génial de pouvoir rassembler ce monde de l’entreprise, le sujet sociétal et le monde du sport, en mettant tout en place pour être compétitif. Tout est réuni pour faire un truc vraiment chouette.

LinkedOut œuvre à la réinsertion professionnelle des personnes en grande précarité. Ça représente quoi pour vous de porter ce message sur les mers du globe ?

On a pris contact avec Linkedout juste en novembre dernier. J’ai rencontré le comité de la rue à savoir des personnes en grande précarité qui prennent en fait les décisions dans l’association Entourage. C’était un moment assez fort. Le sujet de l’isolement était déjà extrêmement présent à l’époque. On avait déjà la volonté de donner ce nom-là au bateau avant le confinement. Et avec la situation actuelle, ce sujet de l’isolement était encore plus présent.

Il y a ce message de fond hyper fort important mais c’est fait avec de la technologie positive, avec des moyens hyper modernes et ça me plaît. C’est très proche de l’ADN d’Advens, une boîte de la nouvelle économie. C’est aussi très proche de ce qu’on fait avec nos bateaux. On est innovants et c’est ce que fait LinkedOut avec cette plateforme-là. C’est un message innovant.

A quelques mois du départ, est-ce que votre budget Vendée Globe est désormais bouclé ?

Aujourd’hui le budget est sécurisé quoi qu’il se passe avec le Vendée Globe. Après, plus on sera nombreux, plus on aura d’impact. Donc la porte est ouverte à d’autres partenaires qui souhaiteraient vivre une aventure comme ça de l’intérieur. On a envie que ce projet-là soit pérenne et que ce ne soit pas juste un coup sur le Vendée Globe. On a envie de mener ce projet à plus long terme et d’aller pourquoi pas jusqu’à la route du Rhum 2022 voire le Vendée Globe 2024. Tout est possible.

Qu’a changé le confinement dans votre préparation pour le Vendée Globe ?

Il a fallu fortement s’adapter dans notre organisation. Le planning a été fortement impacté. On avait deux transats prévues au printemps. Il y avait notamment un aller-retour aux Etats-Unis début mai qui a été annulé. Avec les autres membres de la catégorie Imoca, on pourrait désormais participer à une course qui partirait début juillet à « huis clos » c’est-à-dire sans village départ et sans village d’arrivée.

Chacun part de son port pour aller couper la ligne d’arrivée. Ça permet de faire un beau parcours avec une boucle qui passerait par l’Islande puis les Açores et ça permet surtout de se confronter, de naviguer. On se prépare toujours à partir le 8 novembre pour le Vendée Globe. On est encore loin de l’échéance mais je sais que les organisateurs et les différentes classes sont tous alignés pour y participer. Même si j’imagine qu’il y aura quelques ajustements au vu du contexte actuel.

Quand on est marin et qu’on ne peut pas vraiment s’entraîner, comment ça se passe ?

Au départ, on avait une mise à l’eau prévue début avril. On va finalement remettre le bateau à l’eau mi-mai donc on décale d’un bon mois. Ça me démange de retourner naviguer mais je ne suis pas à plaindre. J’en ai profité pour avancer sur d’autres dossiers. On se relaie sur le chantier du bateau à Lorient avec les salariés. Tout le monde est équipé de visières et de masques pour travailler. Il a fallu tout démonter et tout vérifier. Quand on voit les vitesses qu’on atteint avec ce genre de bateau et les impacts qu’il peut y avoir sur le matériel, on ne doit rien laisser au hasard.

Et puis, on travaille aussi beaucoup sur la vie à bord avec l’ergonomie. La façon de se tenir, de se reposer, de se placer dans le bateau. Ça peut être l’une des clés du prochain Vendée Gobe pour exploiter au mieux l’espace. On a aussi désigné une deuxième version des foils pour une installation début septembre.

Quelle est la différence entre un confinement sur terre et un confinement sur mer ?

C’est très différent. Quand on est seul dans un bateau, on s’est préparé pour ça. C’est quelque chose qu’on a choisi et pas du tout quelque chose qu’on nous impose. Et surtout, quand je suis sur mon bateau, je n’ai pas du tout l’impression être en confinement. J’ai plutôt un sentiment de liberté totale que l’inverse. Par contre, il y a des similitudes comme la façon de communiquer avec l’extérieur ou encore un espace de vie restreint. Dans cette vie-là, il faut réussir à avoir des journées qui sont bien rythmées avec un planning. Il ne faut pas se laisser aller.