Coronavirus : « Tout le monde redémarre sauf nous »… Le grand blues des speakers sportifs

CRISE Touchés comme l’ensemble du monde du sport et de l’événementiel par la crise du Covid-19, les speakers sportifs ne voient pas le bout du tunnel

Nicolas Stival

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Yoan Crouzillat, speaker toulousain, intervient notamment lors des matchs de l'équipe de France de volley.
Yoan Crouzillat, speaker toulousain, intervient notamment lors des matchs de l'équipe de France de volley. — Tommy Badcat
  • Comme les sportifs, les speakers sont à l’arrêt depuis trois mois à cause du coronavirus. Mais sans chômage partiel.
  • Une association regroupe 70 professionnels et cherche à faire pression sur les pouvoirs publics et les autorités sportives pour sauver le métier.
  • Les speakers aimeraient reprendre le travail, même si les rencontres sportives se jouent dans un premier temps à huis clos.

Omniprésentes en temps normal dans les enceintes sportives, leurs voix se sont tues depuis près de trois mois. Avec le coronavirus et la suspension des compétitions, les speakers ont rangé le micro. Aujourd’hui, ils font leurs comptes. Et ils ne sont pas bons… « C’est la "cata", s’alarme Jérôme Gallo. Jusqu’en septembre, il n’y a rien.

Après avoir ambiancé Geoffroy-Guichard de 2002 à 2019, le Stéphanois de 48 ans opère surtout à Clermont-Ferrand, à l’ASM depuis 2007, et au Clermont Foot où il achevait sa troisième saison quand tout s’est arrêté.

« Tout le monde est touché, même les méga stars de notre métier, les grandes voix parisiennes », assure le président de l’Association des speakers et maîtres de cérémonie, créée en 2017, qui réunit quelque 70 professionnels essentiellement français mais aussi italiens, portugais, belges voire islandais, du fait de relations nouées lors de l’Euro 2016.

Une demande de « solidarité »

Indépendants dans leur quasi-totalité, ses membres sont éligibles au fonds de solidarité pour les très petites entreprises, les indépendants et les micro-entrepreneurs, financé par l’État et les régions (jusqu’à 1.500 euros). Un courrier a été adressé à Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie et des Finances, pour que des aides soient octroyées jusqu’en septembre. Et un autre expédié aux différentes ligues sportives professionnelles, pour demander de la « solidarité » et la présence de speakers même si les matchs se disputent sans public à enflammer.

« On essaie d’amener des solutions, explique le Toulousain Yoan Crouzillat (35 ans), qui animait jusqu’au printemps les rencontres de volley (équipe de France, Spacer’s Toulouse) ou du Fenix handball. On veut pouvoir bosser même pour des matchs à huis clos, en intervenant par exemple un peu plus sur la partie réseaux sociaux, avant et après les rencontres, en étant plus proches des supporteurs. »

Et puis, poursuit-il, les sportifs ont davantage besoin d’une voix humaine que d’ambiances enregistrées comme dans les sitcoms des années 80 ou la Bundesliga d’aujourd’hui. « Un match sans speaker, ça se fait au niveau amateur, mais les professionnels ont tellement l’habitude que l’on présente les équipes et que l’on annonce les buts… »

Des perspectives très floues

Si 80 % du chiffre d’affaires de son entreprise provient du milieu sportif, Yoan Crouzillat œuvre aussi, à l’image de ses collègues, dans d’autres secteurs de l’animation, comme les colloques d’entreprises. Il touche aussi au « community management ». Mais là aussi, c’est le calme plat… Jusqu’à quand ?

« Tout le monde redémarre, même les restaurateurs qui étaient dans la mouise, sauf nous », s’inquiète Jérôme Gallo, qui ne voit rien venir de bon. « Un ami qui travaille dans l’événementiel me parle d’annulations pour septembre-octobre… » Etre réduit au silence, il n’y a pas pire peine pour un speaker.