Coronavirus : Au bord du gouffre financier, une association de supporteurs du Stade Toulousain sauvée par la solidarité ?

RUGBY Touchée par des difficultés financières en plein coronavirus, le Huit, la plus ancienne et importante association de supporteurs du Stade Toulousain, a lancé une cagnotte. Avec succès

Nicolas Stival
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Des supporters du Stade Toulousain lors du match de Coupe d'Europe contre les Anglais de Gloucester, le 19 janvier 2020 au stade Ernest-Wallon.
Des supporters du Stade Toulousain lors du match de Coupe d'Europe contre les Anglais de Gloucester, le 19 janvier 2020 au stade Ernest-Wallon. — Frédéric Scheiber / Sipa
  • Sans ressource en cette période de coronavirus, le Huit a lancé une cagnotte sur Internet, en forme d’appel à l’aide.
  • L’emblématique club de supporteurs du Stade Toulousain avait déjà recueilli ce mercredi matin près de 10.500 euros.

Cette cagnotte sur Leetchi, le Huit l’a lancée « en désespoir de cause », comme l’indique Jean-Marc Arnaud (55 ans), président historique de l’emblématique groupe de supporteurs du Stade Toulousain, né en 1996. Moins d’une semaine après son ouverture, la somme recueillie s’élevait déjà ce mercredi matin 10.500 euros. Stadistes actuels ou anciens, mais aussi beaucoup d’anonymes ont contribué à ce succès, comme à celui de la cagnotte lancée par les joueurs au profit des hôpitaux de la ville (83.000 euros recueillis).

Comme à peu près tous les secteurs de l’économie, le monde du rugby est ébranlé par la crise du coronavirus. Mais les clubs ne sont donc pas les seuls concernés. Ainsi, le Huit et ses 360 adhérents, avec ses sections aveyronnaise et parisienne, se sont également retrouvés dans « la galère », pour reprendre les mots de son dirigeant.


« Entre mars et la fin de la saison, c’est la période où nous rentrons le plus d’argent », observe Jean-Marc Arnaud, qui travaille par ailleurs dans le BTP et se retrouve actuellement en chômage partiel. Le printemps, avec ces phases finales, est la saison bénie du rugby. Mais cette année, le sport aux beaux jours se résume à des rediffusions télévisées.

Ce très cher local

Adieu les matchs couperet, comme le quart de finale de Coupe d’Europe au Stadium contre l’Ulster et un éventuel barrage en Top 14. Des rendez-vous qui auraient permis au Huit d’organiser des repas dans le local qu’il loue à cinq minutes à pied du stade Ernest-Wallon, d’affréter des cars pour aller supporteur les Rouge et Noir à l’extérieur, sans oublier de vendre quelques « goodies » (maillots, entre autres) au passage.



Les recettes ont disparu mais les charges (près de 2.500 euros par mois) demeurent comme celles liées au club-house, au bord du canal latéral à la Garonne. Déjà pas folichonne, pour cause de doublons Top 14 – Coupe du monde qui ont déprécié le début de championnat, la saison a tourné au cauchemar, après un exercice 2018-2019 de rêve, conclu par un vingtième Bouclier de Brennus.

« Au début du confinement, on aurait pu espérer qu’il y ait un ou deux événements pour rentrer au moins "trois francs-six sous", mais on s’est vite rendu compte que ce ne serait pas possible ». Jean-Marc Arnaud ne se fait pas d’illusions quant à une hypothétique reprise de la saison, agitée par certaines têtes pensantes du rugby français : « D’ici septembre, au minimum, il n’y aura aucune rentrée d’argent. »

La solidarité, matérialisée par le succès de cette cagnotte, permettra au Huit de tenir jusque-là. Et après ? Si le Top 14 tarde à reprendre, les adhésions au Huit (25 euros par an) vont forcément en pâtir, comme les finances des Rouge et Noir. Il en faudrait plus pour éteindre la flamme de Jean-Marc Arnaud. « Même si le Stade Toulousain est dans le dur la saison prochaine, il pourra compter sur ses supporteurs », assure-t-il.