Coronavirus : Stop ou encore ? JO en 2021 ou pas ? Les sportifs face au dilemme de la retraite

FIN DE CARRIERE? L’interruption et le report des compétitions entraînés par le coronavirus perturbent les fins de carrière de certains sportifs professionnels

Nicolas Stival

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Le deuxième ligne de Castres Christophe Samson face au Racing 92 en Coupe d'Europe de rugby, le 16 décembre 2017.
Le deuxième ligne de Castres Christophe Samson face au Racing 92 en Coupe d'Europe de rugby, le 16 décembre 2017. — Christophe Simon / AFP
  • En raison de l’épidémie de coronavirus, les championnats sont gelés, et des compétitions comme l’Euro de football ou les Jeux olympiques de Tokyo reportés.
  • Certains sportifs qui avaient prévu de prendre leur retraite en fin de saison ont peut-être déjà disputé leur dernier match ou compétition. D'autres vont prolonger leur carrière.
  • Cette situation inédite perturbe même la carrière de sportifs plus jeunes, comme le boxeur Sofiane Oumiha.

Malgré la situation pesante, le deuxième ligne du Castres Olympique Christophe Samson sort une boutade, au bout du fil : « J’aurais dû me dire que je jouais mon dernier match le 1er mars à Bordeaux. » Impossible de deviner, pour le rugbyman de 36 ans comme pour n’importe qui d’autre sur Terre, que la quasi-totalité du sport mondial se retrouverait à l’arrêt, pour une durée indéterminée, à cause de l’actuelle épidémie de coronavirus. Et que, par conséquent, sa fin de carrière risquait d’être avancée de quelques semaines.

« Pour être poli, ça fait chier, reprend l’international aux cinq sélections, triple champion de France avec Clermont (2010) et le CO (2013, 2018). J’aurais aimé jouer encore quelques fois à Pierre-Fabre (le stade de Castres). Même si aujourd’hui, le rugby passe au second plan avec cette épidémie. »

Pour autant, pas question de repousser sa retraite, même si le Top 14 2019-2020 ne devait pas reprendre. « J’ai la chance d’avoir choisi mon arrêt, j’ai deux-trois idées de reconversion chez moi », en Auvergne, indique Samson. Son coéquipier au CO Rodrigo Capo Ortega (39 ans) va aussi plier les gaules comme prévu, comme un autre grand ancien, cette fois dans le football, le Dijonnais Florent Balmont (40 ans). Probablement sans avoir eu droit à un dernier tour d’honneur devant leurs supporteurs.

« Il n’y a qu’à subir »

C’est grave, docteur ? « Je ne pense pas que ça puisse constituer un traumatisme, évalue le psychologue du sport Jean-Paul Labedade. Il y aura peut-être un peu d’amertume. Mais c’est quelque chose sur lequel personne n’a de prise. Il n’y a qu’à subir… Le temps efface beaucoup de choses. »

Le temps justement, certains cherchent à le défier. Sans même parler du Montpelliérain Hilton, le Highlander de Ligue 1 toujours vert à 42 ans, des sportifs vétérans ont quant à eux décidé de rempiler pour choisir vraiment leur fin. C’est le cas des handballeurs des Bleus Luc Abalo (35 ans) ou Michaël Guigou (38 ans).

« Je me voyais arrêter au mois d’août en ayant fait une saison complète, en ayant tout donné sur ce double projet [club et équipe de France] », a lâché sur beIN Sports l’ailier gauche nîmois, frustré par le fiasco du dernier Euro, en janvier. Guigou pensait finir sur d’ultimes Jeux olympiques à Tokyo, finalement repoussés d’un an (23 juillet-8 août 2021) à cause du Covid-19. « Cela décale les choses de quelques mois, ce n’est pas grand-chose, assure le double champion olympique et quadruple champion du monde. Je profite de ce temps pour me ressourcer. Je suis plus motivé que jamais. »

Oumiha, le plan contrarié

Pour Sofiane Oumiha (25 ans seulement), il n’était pas question de ranger les gants après Tokyo, cet été. Mais le boxeur toulousain devait mettre un terme à sa carrière chez les amateurs pour passer professionnel, après avoir dans l’idéal décroché l’or olympique au Japon. Un plan mûri depuis sa médaille d’argent à Rio en 2016.

« Cela fait quatre ans que je prépare cette échéance, on va dire qu’il y a un petit obstacle, explique le champion du monde 2017 chez les moins de 60 kg, passé aujourd’hui en moins de 63 kg. Cela retarde un peu mon passage chez les pros. Je me pose la question de savoir si je ne vais pas faire un ou deux combats pros avant les Jeux de 2021, comme le règlement m’y autorise. »

L’objectif est repoussé, mais inchangé. « Nous sommes dans le flou total, notamment par rapport à l’organisation des TQO [tournois de qualification olympique], avoue toutefois le boxeur. En outre, mes partenaires privés avaient prévu de me suivre jusqu’à cet été. Je ne sais pas s’ils vont prolonger leurs engagements. »

Comme à peu près tous leurs concitoyens, les sportifs se retrouvent dans l’incertitude face à une situation inédite, quel que soit leur âge. Mais les futurs retraités ne sont pas les plus mal lotis, même si l’actuelle saison ne devait jamais se terminer. Tout le monde ne peut pas finir sur un triomphe façon Martin Fourcade.

Des sportifs dans le flou

« J’ai des collègues qui ne sont pas conservés par leur club, observe Christophe Samson. Pour eux, c’est plus compliqué. » Jean-Paul Labedade acquiesce. « La situation peut être traumatique quand elle ne résulte pas du choix du sportif, remarque le psychologue. Par exemple, quand vous vous retrouvez à la retraite alors que vous aviez peut-être envisagé de faire deux ou trois années de plus, mais qu’il n’y a plus de contrat pour vous car les temps sont durs. » Un cas de figure qui risque de ne pas être rare, lorsque le sport finira par reprendre.