Coronavirus : Tour de France en août et Ligue 1 en juin à huis clos… comment va s’organiser la reprise du calendrier sportif ?

DECONFINEMENT Emmanuel Macron a laissé la porte ouverte à une reprise avant l'été du sport de haut niveau, dans son allocution du 13 avril

J.L. avec AFP

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Thibaut Pinot sur les routes du dernier tour de France, le 24 juillet 2019.
Thibaut Pinot sur les routes du dernier tour de France, le 24 juillet 2019. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP

L’annonce d’Emmanuel Macron d'un début du déconfinement le 11 mai et d’une interdiction de tout évènement rassemblant du public jusqu’à la mi-juillet, ouvre potentiellement la voie à une reprise progressive des championnats nationaux de football et de rugby, possiblement à huis clos dans un premier temps, et à un éventuel report d’un mois du Tour de France cycliste. 20 Minutes fait le point sur la façon dont la reprise pourrait se dessiner.

Un départ du Tour de France pour la fin juillet ?

Emmanuel Macron ayant annoncé que les « évènements avec un public nombreux » étaient interdits « au moins jusqu’à mi-juillet », le maintien aux dates prévues (27 juin-19 juillet) du Tour de France semble de facto impossible.

Amaury Sport Organisation (ASO) planchait d’ores et déjà sur un report d’un mois de la Grande Boucle. Avec à l’esprit le fait qu’une annulation pure et simple de l’épreuve ouvrirait « la possibilité d’un effondrement économique du secteur », selon les termes de Jean-François Mignot, chercheur au CNRS. L’éventualité d’une Grande Boucle sans public étant irréaliste, une annonce des organisateurs d’un déplacement de son départ au 25 juillet semble désormais tenir la corde. « Il appartient aux organisateurs d'analyser leur capacité à organiser cela, à le reporter. Ce sont les organisateurs qui prendront contact avec le ministère de la Santé et qui prendront la bonne décision», a mis en avant le ministre de l'Interieur Castaner au sujet de l'épreuve cycliste.

Il paraît cependant risquer de tabler sur une présence massive du public au bord des routes à si brève échéance, alors même que Christian Prudhomme confiait il y a quelques jours qu'il n'envisageait pas un Tour de France sans spectateurs. Sans compter qu’il faudra faire avec la fermeture probable des frontières de l’espace Schengen « jusqu’à nouvel ordre », et donc l’impossibilité théorique pour de nombreux coureurs étrangers de se rendre en France.

La Vuelta, dont le départ est programmé le 14 août, devrait dans ce cas de figure opérer un déplacement dans le calendrier, mais les instances du cyclisme semblent toutes d’accord pour estimer qu’il faut d’abord sauver les diamants de la princesse avant le reste.

« Le Tour de France, c’est la clé de voûte du système mais c’est toute la filière cyclisme, les petits organisateurs, les équipes et les coureurs plus modestes, le personnel d’encadrement qui se retrouvent en danger, explique Marc Madiot, dans Le Parisien. C’est bien si le Tour peut avoir lieu, même plus tard, mais je n’oublie pas l’ensemble de la pyramide. On va devoir entamer une véritable course de préparation pour être prêt pour le Tour de France. Les étrangers peuvent s’entraîner en extérieur mais nos coureurs français risquent, eux, de rester à l’arrêt pendant deux mois. On doit envoyer une note au ministère à ce sujet. »

De la Ligue 1 tous les trois jours à partir du 17 juin (et sans spectateurs) ?

Pour le football, l’annonce présidentielle laisse entrevoir deux hypothèses : une reprise du championnat seulement mi-juillet, ou bien un retour aux terrains plus avancé, mais à huis clos. Cette dernière hypothèse, déjà envisagée par la Ligue de football professionnel (LFP) au début de l’épidémie, serait un moindre mal pour les clubs qui pourraient toucher les droits télévisés actuellement gelés par les diffuseurs. Mais révolterait sans doute les supporters, qui ont déjà fustigé lundi cette éventualité dans un communiqué co-signé par 45 groupes de fans.

Les acteurs du football, toujours majoritairement décidés à terminer la saison, peuvent espérer y parvenir en cas de déconfinement débutant le 11 mai. En effet, ceux-ci ont tablé, selon des sources proches du dossier, sur une fin de saison « fin juillet » permettant de démarrer la suivante le 23 août tout en laissant quelques semaines d’intersaison pour disputer les barrages L1/L2 et la fin des compétitions européennes.

Or, dans ce scénario, il conviendrait, pour disputer les dix dernières journées et à condition d’organiser deux matchs par semaine, de reprendre les rencontres mi-juin au plus tard. Si les entraînements étaient autorisés dès le 11 mai, les joueurs disposeraient donc d’au moins quatre semaines pour se réathlétiser. Précisément le laps de temps le plus souvent évoqué par les différents acteurs interrogés.

Selon l’Equipe, la LFP a réfléchi à un calendrier de reprise à partir du 17 juin, avec matchs tous les trois jours pour boucler la saison actuelle aux alentours du 25 juillet, pour laisser place ensuite aux différents barrages d’accession/relégation puis à la Coupe d'Europe en août. La finale de la C1 pourrait d’ailleurs avoir lieu après la première journée du championnat 2020/2021, officiellement décalée au 23 août.

Dernière incertitude, comme pour le Tour de France : le maintien de la fermeture des frontières après le 11 mai poserait la question des modalités du retour en France de nombreuses stars, notamment sud-américaines. Neymar pourra-t-il retrouver Paris à temps, entre autres ?

Une finale de Top 14 fin juillet dans un Stade de France plein à craquer ?

La Ligue nationale de rugby (LNR) est censée décider fin avril de la suite à donner au Top 14 et à la Pro D2, suspendus depuis le 13 mars. Les présidents des 30 clubs professionnels se sont prononcés en faveur d’une poursuite de la saison. Avant l’allocution d’Emmanuel Macron, deux scénarios semblaient tenir la corde : maintenir la finale du Top 14 le 26 juin, avec un calendrier resserré, ou bien la déplacer au 18 juillet.

Le premier scénario apparaît difficile : il reste neuf journées de saison régulière avant les matches de barrages, les demi-finales et la finale. Soit 12 dates à programmer après la nécessaire période de reprise de l’entraînement. La seconde possibilité a donc pris de l'épaisseur depuis lundi soir, quitte à imaginer une nouvelle formule de qualification pour les phases finales, avec la carotte illusoire d’une finale devant 80.000 spectateurs à Saint-Denis. Resterait aussi à caler la fin de la saison européenne, pour laquelle trois clubs français sont engagés, mais sur ce plan, on part d’encore plus loin.