Coronavirus : Moins martial, plus humble et plus social, Macron change de style pour sortir de la crise

CORONAVIRUS Pour esquisser une sortie de la crise du coronavirus, Emmanuel Macron a délaissé lundi son discours de chef en « guerre », préférant promettre aux Français le retour des « jours heureux »

20 Minutes avec AFP

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Une famille française regarde l'allocution télévisée d'Emmanuel Macron, à Lyon le 13 avril 2020.
Une famille française regarde l'allocution télévisée d'Emmanuel Macron, à Lyon le 13 avril 2020. — Laurent Cipriani/AP/SIPA

« Nous sommes en guerre » : le 16 mars, Emmanuel Macron avait adopté une rhétorique martiale pour sonner « la mobilisation nationale » face au coronavirus et annoncer le début du confinement aux Français. Près d’un mois plus tard, le ton a radicalement changé. Pour sa troisième allocution depuis l’Elysée, le président a opté lundi pour un vocabulaire plus rassembleur autour des notions de « solidarité », de « confiance » et de volonté ».

Ce discours marque « une nette évolution de ton », remarque Jean-Daniel Lévy, directeur du département Politique chez le sondeur Harris Interactive. « Pour la première fois, il y a une forme d’humilité. Il n’a pas joué "droit dans ses bottes", admettant des erreurs de sa part et de son gouvernement, notamment sur les masques ». Comme pour réparer sa phrase polémique du début du quinquennat sur les « Gaulois réfractaires », Emmanuel Macron a même loué le sens de la discipline des Français face au confinement alors qu'« on disait que nous étions un peuple indiscipliné ».

« Le ton martial tournait à vide »

Frédéric Dabi, de l’Ifop, souligne lui aussi « une véritable rupture » avec l’adoption d’un ton « extrêmement modeste » et « une certaine humilité très rooseveltienne », du nom de Franklin Delano Roosevelt, président des Etats-Unis durant la 2e Guerre mondiale. Pour l’expert, ce changement de ton s’explique parce que « le ton martial tournait à vide », notamment « en faisant ressortir la critique selon laquelle ceux qui sont au front, les soignants, sont mal équipés ». Les derniers sondages montrent en effet une défiance grandissante des Français vis-à-vis de la gestion de la crise par l’exécutif.

« Il a donné des réponses parfois précises sur des questions que tout le monde se pose. Il fallait impérativement arrêter le flou », que ce soit sur les masques ou les tests, souligne Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof. Mais, pour ce chercheur, si Emmanuel Macron a « évité le piège de la grandiloquence » durant la plus grande partie de son allocution, « le naturel a repris le dessus » à la fin avec « de grandes phrases creuses ».

« Nous aurons des jours meilleurs. Et nous retrouverons les jours heureux, j’en ai la conviction », a déclaré le chef de l’Etat en conclusion de son discours. Il a également appelé à sortir des « sentiers battus » et des « idéologies », mais aussi à « nous réinventer, moi le premier », sans expliciter comment il allait procéder. Quoi qu’il en soit, Emmanuel Macron s’apprête à consacrer les deux dernières années de son quinquennat à gérer les conséquences de cette crise, particulièrement dans les domaines économique et social. D’ores et déjà, les réformes en cours, notamment celle des retraites, ont été suspendues.

Plus de social que d’économique

Dans son allocution, Emmanuel Macron a davantage insisté sur le social que l’économique, en mettant l’accent sur la lutte contre les inégalités que l’épidémie aggrave. C’est pour cela qu’il a choisi une réouverture des écoles dès le 11 mai, une date plus proche que celle que prônait une partie de son entourage. « C’est pour moi une priorité, car la situation actuelle creuse des inégalités, trop d’enfants notamment dans les quartiers populaires, dans nos campagnes sont privés d’école sans avoir accès au numérique et ne peuvent être aidés de la même manière par les parents », a-t-il expliqué. Il a aussi annoncé le versement « sans délai » d’une « aide exceptionnelle » aux familles les plus modestes et aux étudiants les plus précaires.

Sans s’appesantir, Emmanuel Macron a aussi insisté sur le rôle que doit jouer l’Europe, jugée par certains trop timorée. « Les premières décisions ont été dans le bon sens et nous avons beaucoup poussé pour cela (…) Mais nous sommes à un moment de vérité qui impose plus d’ambition, plus d’audace, un moment de refondation », a-t-il déclaré. Et alors que la crise met en lumière un certain recul du multilatéralisme, Emmanuel Macron a surpris en souhaitant une annulation « massive » de la dette des pays africains.