France-Angleterre : « Des petits détails qui font une grande victoire »… Du néant à un Crunch conquérant, les Bleus métamorphosés

RUGBY L'équipe de France, en reconstruction, a parfaitement réussi sa grande première sous les ordres de Fabien Galthié en battant l'Angleterre dimanche

Nicolas Camus

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Tournoi des VI Nations 2020: Le debrief de France-Angleterre — 20 Minutes
  • Le XV de France a battu l'Angleterre dimanche lors du premier match du Tournoi des VI Nations.
  • Cette victoire pose les bases d'un renouveau, après la reprise en main de la sélection par Fabien Galthié à la suite de l'échec de la Coupe du monde. 
  • Le sélectionneur et les joueurs sont ravis de cette première très réussie, et donnent leur sentiment sur cette nouvelle équipe de France. 

Au Stade de France,

En lambeaux, avec un immense chantier devant elle pour redevenir une nation qui compte vraiment… Voilà à peu près comment on voyait le XV de France en arrivant aux abords du Stade de France, dimanche, sur les coups de 15h. Oh, on n’en était pas non plus à réserver notre soirée du 21 octobre 2023 pour être sûr de pouvoir fêter le titre de champion du monde des Bleus en ressortant quelques heures plus tard, on n’a pas la mémoire si courte, mais quand même. C’est peu dire que cette équipe de France rajeunie a bluffé son monde en roulant sur l’Angleterre pendant une heure, avant de finir sous oxygène mais sans jamais donner l’impression de paniquer.

Ce n’est pas seulement le score final qui importe là, mais la manière. Cette capacité à engranger des points sur chaque temps fort, cette défense rugueuse, disciplinée dans les moments cruciaux, jusqu’à aller gratter des ballons bouillants, là où les Bleus nous avaient habitués à savonner des ballons tout cuits et partir à la faute à la moindre bourrasque adverse. On force le trait, mais l’essentiel est là. « On disait qu’on était jeunes, inexpérimentés, tout ça, mais on avait les quatre mois de la Coupe du monde et le vécu ensemble, défend Antoine Dupont. On savait quand même où on allait. »

Désolé Antoine, mais si nos souvenirs des matchs de poule au Japon ne nous trahissent pas, ça n’était pas si flagrant. On peut très bien imaginer en revanche que Fabien Galthié et son staff aient su s’appuyer sur l’existant pour bâtir leur projet, très précis dès le départ. « Le travail effectué depuis quinze jours, par les joueurs, par le staff mais aussi par les clubs et la Fédération, ont fait que l’équipe a réussi, estime le sélectionneur. Ce sont des petits détails qui, à la sortie, ont fait une très grande victoire et une grande satisfaction. »

Le travail effectué notamment par Shaun Edwards, le nouvel entraîneur de la défense, est à saluer. On y reviendra d’ailleurs longuement très bientôt. Globalement, les bonnes vibrations ressenties à Nice depuis le 21 janvier, jour du rassemblement des 42 joueurs appelés à l’origine pour préparer le Tournoi, ont trouvé écho sur le terrain.

« On s’est forcés à être froids, à ne pas avoir trop d’émotions »

Et le fait que ce n’était pas la meilleure Angleterre de l’histoire en face ne change rien à l’affaire. C’était un Crunch, un vrai baptême du feu pour cette équipe à 13 sélections de moyenne, et la manière dont elle s’en tirée est remarquable. « On s’est forcés toute la journée à être froids, à ne pas avoir trop d’émotions, à rester concentrés sur la performance », explique Charles Ollivon, qui se souviendra longtemps de sa première en tant que capitaine avec ses deux essais.

Voilà de quoi pousser Eddie Jones à faire amende honorable, lui qui avait promis l’enfer aux petits Bleus. « Je pense que nous n’avons pas donné assez de crédit à la France, a dit le sélectionneur anglais. Elle a été exceptionnelle. » Même quand ça a soufflé très fort dans le dernier quart d’heure, suite au doublé de Jonny May, les Bleus n’ont pas plié. Comme si souvent par le passé. Antoine Dupont :

Quand ils ont marqué, certaines pensées nocives ont pu arriver, mais on les a vite évacuées. On s’est rassemblés et on s’est dit qu’on allait lever la tête, qu’on était bien dans ce match, qu’on allait garder confiance, confiance, confiance. On ne s’est pas désolidarisés. »

Elle est peut-être là, finalement, la plus grande avancée de ce XV de France. Avoir tenu la victoire contre les Anglais, sous la pluie, dans une fin de match étouffante, ça vous pose un groupe. « On a montré qu’on était tous ensemble, il n’y a pas eu d’affolement, appuie Paul Willemse. On a travaillé pour être là pendant 80 minutes, et pas 40. Les entraînements étaient durs, mais on savait pourquoi. »

Et oui, c’était pour pouvoir résister à tout, sortir un plaquage salvateur à 5 mètres de sa ligne (la légion pour Dupont !) ou empêcher un Anglais d’aplatir en mettant la main là où il faut (merci Bouthier). Sans oublier, non plus, cette première heure de jeu de haut vol au cours de laquelle les Français ont surclassé leurs adversaires. « On marque trois essais aux Anglais. On a fait preuve d’un véritable savoir-faire offensif », rappelle Galthié. Ce n’était pas le secteur qui nous faisait le plus de soucis avec les talents qui s’étaient déjà montrés à la Coupe du monde, mais ça fait sacrément du bien de voir que ça, ça n’a pas changé.