OM-Strasbourg : « Ça n'a pas été bien géré ! » Comment Marseille a laissé filer Mohamed Simakan

FOOTBALL Natif de Marseille, le défenseur de Strasbourg Mohamed Simakan a été en partie formé à l’Olympique de Marseille. Mais un « malentendu » a empêché sa signature au club. On vous raconte

Jean Saint-Marc et T.G.

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La situation a rapidement dérapé entre l'OM et Mohamed Simakan (à droite).
La situation a rapidement dérapé entre l'OM et Mohamed Simakan (à droite). — D. Cole / AP / SIPA
  • Mohamed Simakan a quitté le centre de formation de l'OM en 2014. L'OM n'avait pas souhaité lui faire signer un contrat aspirant.
  • Le jeune homme avait été très affecté par cette décision. Il a accepté de revenir sur cette période pour «20 Minutes.»

On n’est pas sérieux quand on a 14 ans. « J’étais un gamin », sourit Mohamed Simakan, joint par 20 Minutes. A 14 ans, l’actuel défenseur de Strasbourg a claqué la porte du centre de formation de l’OM. « J’étais malheureux, il y a plein de petites choses qui m’avaient touché, ça n’allait plus du tout », rembobine le jeune joueur. De retour dans le groupe alsacien après une blessure au genou, il pourrait retrouver le Vélodrome ce mercredi (21h05) en huitièmes de finale de Coupe de France​.

Mais revenons à ce jour noir de l’hiver 2014. Enfermé dans sa piaule, Mohamed Simakan ne veut plus entendre parler ni du Vélodrome, ni de l’OM. Ni même de football. La famille appelle au secours et contacte Abdé Bekaddour, un des premiers coachs du minot. L’éducateur file au bloc 11 de la cité Benza pour « jouer au pompier » :

Sa mère m’avait dit : “Sensi ne va pas bien du tout, il est dégoûté, il ne veut plus s’entraîner !” Je ne sais pas ce qu’il s’est passé à la Commanderie mais il était très en colère. C’est un jeune introverti, donc il ne voulait rien me confier. Je lui ai dit de mettre de l’eau dans son vin et surtout de continuer le foot. Mais c'était les nerfs, cette menace de tout lâcher. Il pourrait mourir pour un ballon, ce garçon ! »

Mais pas pour un contrat. Mohamed Simakan ignore le conseil et décide de quitter l’OM. « Je n’étais pas d’accord avec le contrat que me proposait le club, raconte-t-il. Ils ne me donnaient pas le type de contrat que je voulais. Quand on a 14 ans, on pense à l’avenir, on veut être sécurisés. » Le boss d’alors du centre de formation de l’OM, Robert Nazaretian, confirme à demi-mot : « Il a refusé ce qu’on lui proposait, va savoir pourquoi. »

« Personne n’avait conscience de ce qu’il se passait »

Pour Lamine Guirassy, cousin et conseiller de Mohamed Simakan, c’est une simple « incompréhension », même si « des promesses n’ont pas été tenues » par les dirigeants du centre de formation. Mais les torts sont partagés : « Ça n’a pas été bien géré, personne n’avait conscience de ce qu’il se passait. La famille aussi a sa part de responsabilité. Tout le monde est en partie responsable, sauf Mohamed, qui n’avait que 14 ans ! »

Heureusement, la carrière du prodige marseillais ne s’arrête pas là. L’ancien attaquant, qui avait marqué 150 buts en une saison quelques années plus tôt, retrouve les petits stades des clubs amateurs marseillais. D’abord à la JO Saint Gabriel. Puis à Air Bel, la célèbre pépinière marseillaise. Il y retrouve du temps de jeu et le goût du ballon. « C’était le plus important ! Après cela, l’OM a essayé plusieurs fois de le récupérer », assure son agent Badou Sambagué.

Un « loupé » à plusieurs millions d'euros

Mais Simakan décline ces offres olympiennes. Après une poignée de détections, c'est Strasbourg qui tire le gros lot. Simakan rejoint le centre de formation alsacien et signe son premier contrat professionnel un an plus tard, en mai 2018. « C’est dommage que l’OM l’ait laissé partir, car s’ils veulent le recruter aujourd’hui, ce sera facilement 25 millions, s’enthousiasme Omar Keddadouche, fondateur de l’ASC Vivaux-Sauvagère, où Simakan a signé sa première licence (le club s’appelait alors Vivaux Marronniers).

Selon le site spécialisé Transfermarkt, un transfert du défenseur polyvalent se chiffrerait aujourd'hui à six millions d'euros. Mais comme le dit Omar Keddadouche : « Ça reste un loupé pour l’OM. Et ce n’est ni le premier, ni le dernier. »