ASSE-PSG : Première réussie pour les « quatre fantastiques »… Et nouveau dilemme pour Tuchel

FOOTBALL Neymar, Di Maria, Mbappé et Icardi étaient titulaires dans un 4-4-2 lors du succès parisien à Geoffroy-Guichard (4-0), ce dimanche

A Geoffroy-Guichard, Manuel Pavard

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Neymar et Mbappé ont brillé par leur complémentarité et leurs combinaisons ce dimanche, à Saint-Etienne.
Neymar et Mbappé ont brillé par leur complémentarité et leurs combinaisons ce dimanche, à Saint-Etienne. — JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP
  • Vainqueur 4-0 à Saint-Etienne, le PSG alignait pour la première fois ensemble au coup d’envoi son quatuor Neymar, Di Maria, Mbappé, Icardi.
  • Ce système à quatre attaquants a séduit et pourrait tenter Thomas Tuchel pour les prochaines échéances de Ligue des champions.
  • Mais il comporte également quelques inconvénients et ne doit pas occulter le 4-3-3 ou le 4-3-1-2 qui ont déjà fait leurs preuves auparavant.

Jouer avec quatre attaquants ? « Ce n’est pas possible. Ce n’est pas assez équilibré à ce niveau-là. » Les propos de Thomas Tuchel datent du 30 novembre dernier. Quatre jours plus tôt, sur la pelouse du Real Madrid, son PSG avait étrenné durant une demi-heure, en seconde mi-temps, ce fameux système avec le quatuor Neymar-Di Maria-Mbappé-Icardi. Pas une franche réussite… Car le nul miraculeux ramené du Bernabe pouvait difficilement masquer les carences de l’équipe parisienne, quasi inoffensive devant et mangée au milieu par la triplette merengue Casemiro-Valverde-Kroos.

Pourtant, ce dimanche à Saint-Étienne, l’entraîneur allemand qui semblait si catégorique deux semaines auparavant avait décidé de titulariser pour la première fois tous ensemble ceux que l’on appelle les « quatre fantastiques » – une formule que l’on peut d’ailleurs trouver un peu abusive puisqu’elle éclipse un certain Edinson Cavani, meilleur buteur de l’histoire du club.

Neymar a fréquemment combiné avec ses partenaires

Au menu : un 4-4-2 avec Neymar et Di Maria positionnés en milieux offensifs excentrés et un duo Mbappé-Icardi en pointe. Derrière eux, la paire Marquinhos-Paredes était chargée des taches de l’ombre et du travail de récupération, pour ensuite transmettre le ballon aux stars offensives. Un 4-4-2 tourné vers l’attaque et qui, pour les plus anciens, rappellerait presque le fameux 4-2-4 en vogue dans les années 1960, magnifié notamment par le mythique Brésil 70 et son quatuor Rivelino-Jairzinho-Pelé-Tostão.

Dans les faits, le système imaginé par Thomas Tuchel a marqué des points. Naviguant entre les lignes et repiquant régulièrement dans l’axe, Neymar a semblé confirmer sa montée en puissance des derniers matchs. Malgré quelques pertes de balle, le Brésilien n’a ainsi pas hésité à provoquer les défenseurs stéphanois balle au pied, réussissant plusieurs dribbles, mais contrairement à son match horripilant de Madrid, il a aussi fréquemment combiné avec ses partenaires, notamment Di Maria et Mbappé.

C’est d’ailleurs grâce à un caviar de Neymar que l’international français a pu se présenter devant Ruffier pour inscrire le deuxième but du PSG. Et l’entente entre les deux joueurs a souvent permis de créer le danger, à l’image de ce superbe une-deux conclu par un centre du Brésilien pour la volée acrobatique de Di Maria sur le poteau. Parfois inhibé en présence de Neymar, le petit ailier argentin n’a pas réussi à marquer ce dimanche mais s’est montré très actif. Quant à son compatriote Mauro Icardi, il a certes moins touché le ballon que ses trois compères mais il s’est montré précieux par ses remises dos au but et en bon goleador, il a converti sans trembler sa seule véritable occasion.

Repli défensif indispensable pour les attaquants

Alors les « quatre fantastiques », simple coup d’essai ou nouveau système de prédilection du PSG ? Et surtout, ce schéma doit-il être reconduit par Tuchel en Ligue des champions ? Au rayon des arguments favorables, l’ex-coach du Borussia Dortmund avait déjà aligné un 4-4-2 lors de la manita collée à Galatasaray, mercredi dernier, en clôture de la phase de groupes. Seule variante : la titularisation de Sarabia à la place de Di Maria, ménagé pour une gêne musculaire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat a été convaincant.

Ce 4-4-2 est ainsi sans doute le seul moyen d’exploiter pleinement la force de frappe offensive du PSG, quasiment sans égale en Europe – du moins sur le papier. Avec les quatre attaquants précités, mais aussi Cavani, Draxler, Sarabia, voire Choupo-Moting, difficile de cocher plus de la moitié de ces noms sur le banc. Avec quatre joueurs offensifs titulaires, les Parisiens peuvent attaquer sur toute la largeur et susciter de nombreuses situations de supériorité numérique en phase offensive.

Malgré tout, aussi séduisant soit-il, ce dispositif comporte quelques bémols. Thomas Tuchel l’a ainsi précisé en conférence de presse d’après-match, « c’était le bon moment pour essayer ». D’une part car l’absence pour plusieurs semaines d’Idrissa Gueye prive momentanément l’entraîneur parisien de son trio fétiche au milieu. D’autre part car pour « jouer avec les quatre joueurs offensifs ensemble, tout le monde doit être prêt physiquement à défendre », a-t-il rappelé. Lire entre les lignes : il faut que les quatre attaquants, en particulier les joueurs de côté Neymar et Di Maria, soient tous dans leur meilleure condition possible pour assurer le repli défensif.

Les meilleures prestations parisiennes cette saison réalisées avec trois milieux

Or, ce n’est un secret pour personne, certains des « quatre fantastiques », à commencer par Neymar et Mbappé, ne sont pas très friands des tâches défensives. C’était d’ailleurs criant à Madrid où Marquinhos et Verratti se sont souvent retrouvés délaissés par leurs coéquipiers et donc en infériorité numérique dans l’entre-jeu face aux milieux du Real. Idem dans une moindre mesure ce dimanche, à Saint-Etienne, pourtant réduit à 10 durant une heure : le récupérateur brésilien et Paredes ont parfois été dépassés par les percées de Bouanga ou Nordin, heureusement sans conséquences pour le PSG.

Sans repli défensif des attaquants, ce 4-4-2 peut en tout cas très vite devenir un réel danger, notamment face à des équipes dominantes au milieu (type Barça, Manchester City, Bayern) ou pratiquant un football très vertical (à l’instar de Liverpool). N’oublions pas non plus que ces deux dernières rencontres ont eu lieu dans des conditions optimales pour le PSG, avec un Galatasaray qui est sûrement l’une des équipes les plus faibles de la phase de groupes et des Verts très vite en infériorité numérique.

Et puis, cela ne doit pas occulter une réalité : les meilleures prestations parisiennes cette saison, à savoir le match aller face au Real en LDC et la première mi-temps contre l’OM en L1, ont été réalisées en 4-3-3 ou en 4-3-1-2, en tout cas dans des schémas avec trois vrais milieux de terrain. Et ces soirs-là, tous les commentateurs rivalisaient de formules dithyrambiques pour qualifier les performances de Gueye, Marquinhos et Verratti et la complémentarité du trio.