Basket : Qui se cache derrière la réussite de « Souffel », leader de ProB de basket ?

BASKET Plus petit budget de ProB, le club de la banlieue de Strasbourg est en tête du championnat

Thibaut Gagnepain

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Gilbert et Eric Mittelhaeuser (de gauche à droite), avec le maillot du BCS.
Gilbert et Eric Mittelhaeuser (de gauche à droite), avec le maillot du BCS. — BC Souffelweyersheim
  • Après six journées de championnat, c’est une surprise : le BC Souffelweyersheim est en tête de la ProB de basket. Le club alsacien a pourtant le plus petit budget de la division.
  • L’histoire du BCS, c’est d’abord celle de la famille Mittelhaeuser. Le père Gilbert y a débuté le basket en 1952, il y a longtemps joué avant d’en devenir président puis de laisser les rênes à son fils Eric.
  • La famille Mittelhaeuser constitue l’un des principaux sponsors du BC Souffelweyersheim, via leur entreprise d’électricité. Cette saison, ils ont mis 120.000 euros dans le budget.

Cinq victoires d’affilée et la première place de ProB. Tout juste promu, le BC Souffelweyersheim est la sensation de ce début de saison. Surtout au vu de ses moyens. Avec 973.000 euros, l’équipe de la banlieue nord de Strasbourg s’appuie de loin sur le plus petit budget de la deuxième division française.

« Ça a souvent été le cas mais ça ne nous a jamais empêchés de réussir », s’amuse Gilbert Mittelhaeuser. Le président d’honneur du BCS sait de quoi il parle : voilà près de soixante-dix ans qu’il a pris sa première licence au club. Avant de l’accompagner échelon par échelon jusqu’à l’antichambre de l’élite.

« Cette année, on a mis un peu plus de 120.000 euros »

Aujourd’hui, l’entreprise d’électricité qu’il a fondée fournit environ un huitième du budget prévisionnel, un tiers des fonds privés. « Cette année, on a mis un peu plus de 120.000 euros », résume son fils Eric, devenu coprésident à l’été 2013 avec Eric Auvray-Porcherot. L’engagement est important pour une société qui emploie « une trentaine de salariés » mais ne freine pas cette famille.

« On fait ça de manière sereine, sans mettre en péril la boîte », nuance le plus jeune des deux. « Au début, on ne donnait pas autant. En 1999, quand on a commencé notre mécénat en Nationale 3, ça représentait 20.000 francs, pas plus. On a eu la chance que l’entreprise se développe crescendo, comme le club. »

Depuis 1952 !

Leur « passion dévorante » pour le basket les a toujours guidés. « En 1952, mes parents m’y ont inscrit car il n’y avait pas d’autres sports à Souffel, à part le foot. Mais à l’époque, c’était trop dangereux, on jouait d’abord le bonhomme et après le ballon ! », rembobine Gilbert Mittelhaeuser, jamais avare d’un bon mot.

L’ailier a longtemps tâté de la balle orange, avec un souvenir mémorable en 1966 contre l’Etoile de Charleville, le champion de France en titre de l’époque. « Il avait marqué 31 des 50 points de l’équipe dans un match de Coupe de France », raconte son fils, qui a suivi les traces du père sur les parquets. « Mais j’étais beaucoup plus nul ! »

Le gros coup Stéphane Eberlin

Eric Mittelhaeuser a brillé dans un autre aspect de son sport : le recrutement. « Mon plus beau coup, c’est d’avoir convaincu Stéphane Eberlin. En 1999, il venait de fêter la remontée en Pro A avec la SIG et je suis descendu lui parler sur le terrain. » Le meneur a rejoint le BCS, d’abord en tant joueur puis comme entraîneur, à partir de 2006.

« Je suis très reconnaissant de la confiance qu’Eric et Gilbert m’ont faite, je leur dois beaucoup », témoigne celui qui vient de recevoir le trophée de meilleur coach de Nationale 1 après le parcours inoubliable de la saison dernière (4 défaites en 36 matchs). « Leur investissement est colossal et admirable. Ils ont la main sur le club et sont prêts à beaucoup de choses pour aider ceux qui y travaillent. Sans être omniprésents, c’est ça qui est agréable. Ils m’ont toujours laissé bosser en toute sérénité. »

« Ça sent la frite et la merguez »

Le moment où il les entend le plus ? Pendant les rencontres au gymnase des Sept Arpents, le bastion du BCS « où on dit souvent que ça sent la frite et la merguez ». Au bord du terrain, les deux commentent régulièrement à voix très haute les décisions arbitrales. « Je déteste l’injustice », se justifie Gilbert Mittelhaeuser, ravi que « l’esprit familial » perdure au sein du club.

« On s’appuie sur des valeurs d’abnégation, de courage et d’humilité auxquelles les sponsors et les gens s’identifient », appuie son fils en les opposant à celles du « basket business de la Pro A ». « Souffel » n’y accédera certainement jamais, « il faudrait avoir un centre de formation et c’est trop compliqué. Mais pas de regret, ce n’est pas notre milieu », estime Eric Mittelhaeuser, sans dire s’il restera encore longtemps à la tête du club. Et pour sa suite ? « Mon fils Thomas est déjà entré dans l’entreprise, il a joué au basket et aime ça… On verra, je ne lui imposerai pas. »

La commune de Souffelweyersheim.
La commune de Souffelweyersheim. - Maps4News