Coupe du monde de rugby : « Il a des grelots dans la tête ! »… On a suivi Galles-France avec Guy Novès

AMBIANCE L’ancien sélectionneur des Bleus Guy Novès a analysé l'irrespirable quart de finale Galles – France (20-19) depuis une microbrasserie-pub de la banlieue toulousaine

Nicolas Stival

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Guy Novès analyse le match France-Galles après la défaite, au pub BBT de Cornebarrieu, près de Toulouse.
Guy Novès analyse le match France-Galles après la défaite, au pub BBT de Cornebarrieu, près de Toulouse. — Nicolas Stival / 20 Minutes
  • Guy Novès était présent ce dimanche matin au BBT, une microbrasserie-pub de Cornebarrieu, pour analyser le quart de finale de la Coupe du monde Galles – France devant plusieurs centaines de personnes.
  • Devant un public conquis, l’ancien sélectionneur du XV de France n’a pas épargné Sébastien Vahaamahina, dont le carton rouge a précipité l’élimination des Bleus.

Pendant que la foule de supporters vibrait, puis souffrait avec le XV de France dans ce coin de banlieue « airbusienne » de Toulouse, il est resté imperturbable. Confortablement assis dans un fauteuil, face à l’un des six écrans du lieu, Guy Novès a suivi ce dimanche matin le quart de finale de la Coupe du monde perdu contre le pays de Galles (20-19) depuis le BBT, microbrasserie-pub de Cornebarrieu, à deux pas de son fief pibracais.

Autant dire en pays conquis pour l’ancien entraîneur à succès du Stade Toulousain venu délivrer la bonne parole à plusieurs centaines de personnes (environ 500 selon les organisateurs), entre deux selfies et autographes. Mais sur le plan national, le tout frais retraité (65 ans) est surtout l’ancien sélectionneur du XV de France, viré par Bernard Laporte voici près de deux ans, ce qui a coûté plus d’un million d’euros à la FFR.

Aussi, son analyse était forcément attendue, notamment au moment de commenter l’inexplicable : ce coup de coude de Sébastien Vahaamahina qui a réussi à déformer le visage du Gallois Wainwright tout en coupant la voix des fans du BBT, chauds comme la braise jusque-là.

« C’est trop important à ce niveau, on ne peut pas faire ce genre de gestes, a lâché Novès devant l’assistance. Il a des grelots dans la tête, ce n’est pas possible. » « C’est comme si vous abandonniez votre enfant au bord de la route », a aussi imagé l’homme aux dix Boucliers de Brennus et quatre Coupes d’Europe, choqué par ce rouge qui a laissé les Bleus à 14.

Le non-drop qui a tout changé

Quelques minutes plus tard, devant les caméras des quelques médias présents, Novès a adopté un discours plus policé, mais pas moins cinglant : « C’est un immense et merveilleux joueur mais après, il faut avoir un cerveau. Là, je pense que le cerveau n’a pas fonctionné. » Au-delà du cas « Vahaa », le prédécesseur de Jacques Brunel a aussi regretté une faute de gestion quelques minutes après cette fatidique action de la 49e minute.

« Quand l’équipe de France à l’occasion de faire un vrai break, même à 14, au prix de gros efforts, on continue à jouer au lieu de servir Camille Lopez placé pour le drop [à la 57e, alors que les Bleus menaient 19-13]. C’est un manque d’expérience de la part d’Antoine Dupont, qui sera sûrement, rapidement, l’un des meilleurs joueurs du monde. »

Signature d'autographe sous l'oeil rieur de Thierry Dusautoir.
Signature d'autographe sous l'oeil rieur de Thierry Dusautoir. - Nicolas Stival / 20 Minutes

Dupont, Ntamack, Médard, Huget et les autres… Autant de joueurs du Stade Toulousain que l’assistance mixte et de tous âges, où les maillots Rouge et Noir rivalisaient avec les tuniques bleues, a acclamés à chaque apparition sur les écrans, entre une bouchée de mini-chocolatine, une autre de bacon et une lampée de bière matinale. « Au moins, on va récupérer les joueurs du Stade », souffle, pragmatique, un quinquagénaire moustachu vêtu d’un polo du champion de France. « Mais quand même, ça doit lui faire drôle, à Guy… »

Privé de son rêve nippon, Novès se trouve à 10.000 km de l’archipel où il imaginait terminer en apothéose son immense carrière. Pourtant les esprits taquins venus chercher des tirades vengeresses après l’élimination française, façon Charles Bronson haut-garonnais, en seront pour leurs frais. Pour cela, il faudra attendre le livre en préparation.

Souviens-toi du Tournoi

« L’équipe de France s’est donné les moyens de gagner, a assuré Novès, qui affirmait croire aux chances des Bleus avant la rencontre, puis mettait en garde contre toute euphorie à la pause, en rappelant la jurisprudence du dernier Tournoi des VI Nations (19-24 après avoir mené 16-0). Mais malgré l’investissement, le comportement, la défense agressive, les ballons récupérés dans les rucks, l’envie des joueurs, on a perdu car à ce niveau, tout est important. »

Dans la cour extérieure, la banda invitée pour l’occasion peut rejouer, avec moins d’entrain qu’à la mi-temps. Le speaker, lui, demande aux spectateurs de rester pour le dernier quart de finale entre le Japon et « l’Afrique du Sud de Cheslin Kolbe [l’ailier du Stade Toulousain] ». Avec, toujours, l’analyse de Guy Novès, qui rentrera ensuite chez lui, à deux coups de pédale de là, avant de se faire opérer d’un genou lundi.

La télé a basculé sur France 2 et « Le Jour du Seigneur ». La messe est dite pour le XV de France.
La télé a basculé sur France 2 et « Le Jour du Seigneur ». La messe est dite pour le XV de France. - Nicolas Stival / 20 Minutes

Au fait, rappelons-le, l’ombrageux technicien est bien un entraîneur retraité. « Avant-hier encore [vendredi], le directeur technique national (DTN) italien voulait me rencontrer en vue de la Coupe du monde 2023. J’ai respectueusement refusé. » Pendant ce temps, la télé est inexplicablement passée de TF1 à France 2. L’écran retransmet Le Jour du Seigneur derrière Novès, prophète en son pays toulousain…