Coupe du monde de rugby: Les Gallois sur un bon pied face à l'Australie (29-25)

RUGBY Le XV du Poireau a battu les Wallabies pour la première fois en Coupe du monde et passe en tête du groupe D

Mathias Cena

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L'ouvreur gallois Rhys Patchell expédie un pénalty contre l'Australie, ) Tokyo le 29 septembre 2019.
L'ouvreur gallois Rhys Patchell expédie un pénalty contre l'Australie, ) Tokyo le 29 septembre 2019. — Ben Evans/Huw Evans/REX/SIPA

De notre correspondant à Tokyo (Japon),

C’était le match à ne pas manquer pour prendre la tête du groupe D de cette Coupe du monde de rugby 2019, après la confortable victoire de la Géorgie sur l’Uruguay (43-14), une poignée d’heures plus tôt. En feu pendant la première période et malgré une fin de match plus que poussive, les Gallois ont signé (29-25) dimanche à Tokyo la deuxième victoire de leur histoire face à l’Australie lors d’un Mondial, rafraîchissant un lointain souvenir de… 1987. Les hommes de Warren Gatland, qui doivent encore affronter les Fidji et l’Uruguay, semblent avoir fait le plus dur pour s’extirper de leur poule.

  • Michael Cheika, philosophe rageur

Sur le papier, les Dragons gallois ne partaient pas favoris, battus 30 fois sur leurs 42 rencontres passées avec les Wallabies (11 victoires, un nul). Des statistiques écartées avant le match par le sage coach australien, Michael Cheika : « Tout cet historique entre deux équipes, ça ne compte pas parce que vous rentrez sur le terrain et le score est de 0-0 ».

On l’avait quand même connu beaucoup moins philosophe, par exemple quand il a consacré huit minutes de sa conférence de presse à grogner contre la décision de la commission de discipline de suspendre son trois-quarts Reece Hodge pour trois matchs, après un placage au niveau des épaules sur le Fidjien Peceli Yato. Après le match de dimanche, il a remis le couvert, lâchant entre ses dents qu’il ne « comprenait plus les règles ».

Malgré le boulet qu’il traînait face aux Australiens, le XV du Poireau avait cependant quelques arguments en sa faveur : une (très) éphémère place de numéro un mondial du rugby le mois dernier, un écart maximal de dix points sur 11 de leurs 12 derniers affrontements avec les Wallabies, sans oublier leur Grand Chelem en tournoi des VI Nations cette année.

Alors que le Pays de Galles alignait le même effectif que face à la Géorgie quelques jours plus tôt, Cheika avait donc anticipé le danger et choisi de présenter l’une des équipes les plus expérimentées de l’histoire du Mondial, avec 1.287 capes, soit une moyenne de 56 sélections par joueur. Adam Ashley-Cooper est devenu l’homme le plus âgé à marquer un essai pour l’Australie en Coupe du monde, à 35 ans et demi.

  • Le panard de Biggar et la semelle de Patchell

Les Wallabies étaient prévenus aussi que le danger allait venir du jeu au pied de leur adversaire. En conséquence, Cheika avait donc misé sur des lignes arrières expérimentées. Comme prévu, les Gallois ont mis la pression dès la première minute de jeu avec un drop de Dan Biggar à 25m, prenant le contrôle du score jusqu’à la fin du match. L’ouvreur de 29 ans, meilleur buteur gallois au mondial de 2015 et héros du match de lundi contre la Géorgie, ne faisait d’ailleurs que s’échauffer : la menace puis la sanction sont à nouveau venues des airs onze minutes plus tard quand son collègue Hadleigh Parkes n’a eu qu’à aplatir un ballon servi au pied par le même Biggar.

On n’a pas eu d’autres occasions d’admirer son rituel d’avant coup de patte, surnommé « Biggarena » en référence à la Macarena, car Biggar, sorti à la 28e minute sur protocole commotion, a dû être remplacé au pied levé par Rhys Patchell. Aucun supporter vêtu de rouge n’a songé à s’en plaindre : Patchell, dont c’est la première Coupe du monde, a remis le couvert de la chaussure avec deux pénalités, dont un poteau rentrant à 58 m. C’est Patchell encore qui a transformé l’essai en forme de course solitaire de Gareth Davies, juste avant la mi-temps. Patchell toujours qui expédiera un drop entre les poteaux à la sortie du vestiaire. Patchell enfin qui, après la longue traversée du désert du XV du Poireau, a inscrit une dernière pénalité peu avant le coup de sifflet final.

  • Le coup de mou gallois et le réveil tardif des Australiens

Quasiment absents en première période, les Australiens ont tranquillement pris les commandes après la pause, alors que les Dragons gallois n’avaient apparemment plus aucune flamme à cracher. Sortis du vestiaire avec 15 points d’avance, ceux-ci ont subi assez durement la deuxième période et ne menaient plus que d’un maigre point à la 68e.

Les Australiens ont-ils entrevu la victoire à ce moment-là ? « On ne peut jamais savoir, tempère Michael Cheika. C’est sûr qu’on a créé une bonne dynamique, mais elle a été barrée en permanence pour une raison ou une autre. » « On aurait peut-être pu gagner si on avait joué au rugby pendant 80 minutes », regrette de son côté l’ouvreur australien Matt Toomua. « Mais on leur a laissé prendre trop d’avance. Une fois qu’on s’est détendus et qu’on a commencé à jouer, on a vraiment senti qu’on prenait le dessus. » Si Gallois et Australiens se qualifient, ils risquent de croiser en quarts la toute de l’Angleterre, de l’Argentine ou de la France.