Arthur Iturria: « La muscu m'emmerde toujours, mais j'essaie d'y aller plus »

INTERVIEW Deuxième partie de l'interview d'Arthur Iturria à « 20 Minutes »

Propos recueillis par William Pereira

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Arthur Iturria lors de la préparation des Bleus pour la Coupe du monde de rugby, le 14 septembre 2019 à Fujiyoshida.
Arthur Iturria lors de la préparation des Bleus pour la Coupe du monde de rugby, le 14 septembre 2019 à Fujiyoshida. — FRANCK FIFE / AFP

Le rugby, c’est bien, mais c’est pas tout dans la vie. Ok, Arthur Iturria ne fait que ça de ses journées depuis deux mois avec le XV de France, Coupe du monde oblige, mais la vie du Clermontois de métier ne se résume pas à plaquer des loubards et choper des ballons aériens. En plus de sa carrière, le grand gaillard suit une formation, qu’il compte boucler, du moins l’espère-t-il, avant 2023. Son truc, c’est la nature, les animaux. La muscu, un peu moins, mais depuis qu’il enchaîne les blessures, le grand gaillard s’est résolu à passer un peu plus de temps à la salle. Bref, vous pourrez vous rendre compte de tout ça en lisant la deuxième partie de l’entretien avec le 2e ou 3e ligne (même lui ne sait plus) du XV de France.

On parlait dans la première partie de l'interview de l’après-rugby. A 25 ans, il y a une voie que vous voulez explorer puisque vous prenez des cours par correspondance dans un lycée agricole. Mais est-ce que vous avez déjà une idée de métier en tête ?

Je n’ai pas de piste précise. Je sais dans quel domaine je vais travailler, mais c’est assez vaste. Pour le moment, je me focalise sur ce domaine et c’est déjà pas mal parce que c’est pas facile avec le rugby de faire les deux. Déjà que je ne suis pas souvent à la maison avec ça… Mais là, je veux déjà voir ce que je peux faire, avoir les qualifications et puis après continuer de jouer au rugby tout en essayant de trouver la voie petit à petit, quoi. C’est pour ça que je commence assez tôt, ça me permet de prendre mon temps pour avoir mes diplômes, me faire un réseau et de voir ce que je peux faire.

Ca correspond à quoi comme niveau d’études ?

Là ce que je fais actuellement, c’est niveau Bac. C’est un brevet professionnel. C’est pas tant sur le niveau d’études que je veux être qualifié que sur le terrain, ce que je vais apprendre dans la vie de tous les jours. Le diplôme va être important pour me lancer mais ce qui va être primordial pour l’après-rugby, ça sera ma formation sur le terrain.

A quel point le fait de concilier rugby et études étale la durée de la formation ?

Je pense que sur un cursus normal, en un ou deux ans c’est fini, mais là je me fixe comme date limite la fin de mon contrat à Clermont. Si je peux l’avoir fini avant 2023 ça serait bien. Parce qu’avec le rugby… Je sais pas de quoi demain sera fait mais là je suis en équipe de France, donc ça prendra encore plus de temps.

Au Japon c’est difficile d’aller faire un tour au lycée pour aller poser des questions aux profs…

Non, là j’y vais pas (rire). Non mais si je veux, je peux faire mes exercices sur l’ordi... Mais c’est vrai que là, pendant la préparation, j’avais pas du tout, du tout envie de faire ça. Tu rentres dans ta chambre, t’es rincé, t’as pas trop la tête à vouloir apprendre des choses. Dans ces périodes, c’est pas possible. Mais ils sont au courant, ça va.

Arthur Iturria à l'entraînement avec l'équipe de France de rugby, le 18 septembre 2019 à Fujiyoshida.
Arthur Iturria à l'entraînement avec l'équipe de France de rugby, le 18 septembre 2019 à Fujiyoshida. - FRANCK FIFE / AFP

Il paraît que vous avez une petite meute d’animaux ?

J’avais acheté un chien sur un coup de tête quand j’étais tout jeune, j’avais 20 ans, il y a cinq ans du coup. Ensuite j’en ai racheté un autre, un plus petit. Un lapin aussi, c’est tout pour le moment. Peut-être qu’il y en aura un pour plus tard. Mais j’aime bien les animaux, le contact qu’on peut avoir avec eux. On apprend beaucoup d’eux, je les trouve vachement intelligents. 

On change de sujet. Vous avez toujours donné l’impression que jouer au rugby sans prendre de plaisir, juste parce que c’est votre boulot, c’est quelque chose d’inconcevable. C’est toujours le cas ?

Oui, c’est la chose la plus importante pour moi. Je pense que s'il n'y a plus de plaisir à se lever le matin, à aller plaquer des copains et se faire des passes… C’est très vague ce que je dis mais c’est le principal, je l’ai toujours dit. Si un jour je n’ai plus ce plaisir-là... C'est un peu arrivé sur la fin de saison parce que j’étais lassé avec l'accumulation des matchs. Je ne sais pas si ma blessure après est en rapport, mais il y avait une forme de lassitude. 

Justement, l’accumulation de blessures alors que vous êtes jeune vous a fait prendre conscience que vous deviez faire un peu plus de tâches ingrates le travail en salle et tous les à côtés ? Ou est-ce que la muscu ça vous emmerde toujours un peu ?

(Il rit) Ça m’emmerde toujours mais j'essaie d'y aller plus ! C’est pas ma tasse de thé et ça se voit très bien, je ne suis pas le joueur le plus musculeux du Top 14 [1m98 pour 109kg]. Je sais que c’est très important d'être souvent en salle pour la récupération, afin d'enchaîner les matchs. Donc j'y vais de plus en plus, en variant les exercices. Pour la prévention des blessures, c’est ce qu’il y a de mieux.

A l’inverse il y a des gars dans le groupe qui sont des malades de la préparation physique ?

Il y en a toujours qui bossent plus que les autres, c’est comme dans tous les autres métiers. On en fait déjà pas mal mais parfois c’est remarquable, surtout après les matchs où toi t’es un peu cassé et le mec bosse encore plus fort. Tu te dis putain… En équipe de France tu as des mecs comme Max Machenaud qui travaillent beaucoup… Tous les Racingmen d’ailleurs. Ils ont un problème là-bas (il rit). Wen Lauret aussi, il est très costaud. Eux, ça bosse plus que les autres, ça c’est sûr.

Vous êtes quel genre de mec dans le vestiaire de l’équipe de France ? Leader, chambreur, discret ?

Je pense que je suis discret. J’aime bien déconner hein, je suis pas triste du tout ! Mais je suis un peu discret comme dans la vie quotidienne. Quand je connais pas trop, trop, je suis pas quelqu’un de très avenant. On me le dit parfois. Sans rester dans mon coin forcément, je parle quand même avec les autres mais moins que certains. Il y en a qui sont meilleurs pour faire les imbéciles (rires).