Coupe du monde de rugby: Mont Fuji, barrière linguistique et cérémoniaux... Alors c'est quoi la vie du XV de France au Japon?

RUGBY Voilà tout juste une semaine que les joueurs du XV de France sont au Japon

William Pereira

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Guilhem Guirado s'est vu offrir un Daruma (voir article)
Guilhem Guirado s'est vu offrir un Daruma (voir article) — PIERRE EMMANUEL DELETREE//SIPA

De notre envoyé spécial au Japon,

Le Mont Fuji. Grand, majestueux. Timide, parfois, derrière son voile nuageux. Un peu plus d’une semaine que le plus haut sommet japonais guette sur le XV de France, venu boucler sa préparation physique dans cette région abondamment verte, car abondamment arrosée. Ici, on passe de 25 à 10 degrés en dix minutes et il faut à peine plus de temps pour qu’un ciel limpide se transforme en machine à pluie apocalyptique. Les rugbymen français l’ont appris à leurs frais au milieu de la semaine au détour d’une séance d’entraînement plus taillée pour Florent Manaudou que Damian Penaud, qui raconte à Midi-Olympique :

« On a pris la marée comme jamais j’avais pris la marée sur un terrain. J’avais l’impression de marcher dans la vase à la fin de l’entraînement. J’étais trempé. J’ai dû sécher mes chaussures pendant un quart d’heure avec un sèche-cheveux. »

Du bain au bain de foule, l’équipe de France a profité du ralentissement de la préparation physique après une ultime séance à haute intensité mercredi pour voir du pays et aller à la rencontre des Japonais. Le jeudi, visite d’une école, démonstration de rugby devant une centaine de gamins en échange d’une affiche « allez la France » que Guilhem Guirado compte bien « afficher dans le vestiaire pour qu’elle [les] suive le plus longtemps possible. Le samedi, petit décrassage ouvert au public, suivi d’un match de foot dont l’apogée aura été le but contre son camp de Gaël Fickou, et d’une séance d’autographe d’une bonne vingtaine de minutes.

Sur le bord du terrain, les supporters sont à 99,9 % japonais. Mention spéciale pour ce couple de Tokyoïtes venu spécialement de la capitale, à 1h30 de route, parés de vieux maillots du Stade Toulousain. Ils avaient assisté à la défaite des Rouge et Noir en finale de la Coupe d'Europe 2004 face aux Wasps à Twickenham (27-20), alors qu’ils habitaient Londres. « Depuis qu’on est arrivé [le 8 septembre] on fait terrain-hôtel, terrain-hôtel. Donc rencontrer et échanger avec les Japonais c’est cool, même si discuter c’est difficile », se réjouit Maxime Médard. A l’image de son joueur, Jacques Brunel n’en mène pas large. « Je sais dire deux mots : arigato (merci) et konichiwa (bonjour) ». Dans cette aphonie générale, Wenceslas Lauret s’en sort mieux que le reste de la délégation française. En plus d’avoir disputé le Mondial U20 au Japon (avec Slimani), le troisième ligne du Racing concède avoir un faible pour le pays. « J’adore la culture japonaise et j’essaye de m’en imprégner au maximum et cela passe notamment par le langage. J’essaye d’utiliser les mots courants chez nous pour m’exprimer en Japonais. C’est important d’être respectueux des gens qui vivent ici. »

« Maintenant, on rentre dans notre Coupe du monde »

Dimanche, les joueurs du XV de France ont enfilé leur plus beau costard pour aller au théâtre Stellar de Kawaguchiko où ils se sont vus remettre leurs « capes » comme le veut la tradition. Guilhem Guirado s’est aussi vu remettre un Daruma dont il a colorié l’oeil gauche après avoir réalisé un voeu. La légende veut que la seconde pupille soit dessinée si et seulement si le voeu se réalise (si Guilhem a souhaité une victoire finale c’est mal barré). Avant de monter sur l’estrade et faire face aux gradins clairsemés, les Bleus ont pu assister au discours du président de la fédération néo-zélandaise et représentant de World Rugby​, Steve Tew, ainsi qu’à deux démonstrations musicales, modèles de coordination et de vivacité. A se demander s’il n’y avait pas un message subliminal dans la numéro de ces jeunes gens.

Ils sont pas beaux, nos Bleus?
Ils sont pas beaux, nos Bleus? - WP / 20 Minutes

Boutade à part, et comme l’a rappelé le sélectionneur au détour de la visite d’un temple dans l’après-midi, cette cérémonie marque « le début de la Coupe du monde. Là on entre vraiment dans la compétition avec tout le cérémonial qui va avec. J’ai le souvenir de 2003, ma première cérémonie. C’était en Australie, et c’était particulier puisqu’on était avec les Fidji qui ont une culture complètement différente également, et qui eux étaient en costume traditionnel. C’est toujours un moment fort. C’est le gong de la compétition, parce que toutes les équipes le font, même si elles sont pas réunies et le font pas ensemble, c’est le coup d’envoi du Mondial ». Côté terrain, les Bleus avaient déjà pris soin de se projeter dans la Coupe du monde en disputant une opposition – dont l’existence avait été vainement cachée aux médias – contre une équipe de première division japonaise. Victoire 12 essais à 3, dixit Guirado, dans un match sans pénalités pour ne pas nuire au rythme mais avec « encore des petits déchets » à déplorer malgré « du mieux » selon Arthur Iturria, qui prévient. « Contre l’Argentine, ça ne sera pas du tout la même chose. » Dans cinq jours, c’est une montagne qui se dressera sur leur chemin. On comprend mieux l’idée de la préparation au pied du mont Fuji.