Arthur Iturria: «Il y a meilleur que nous, mais ça ne veut pas dire qu'on a peur d'eux»

INTERVIEW Arthur Iturria s'est livré à « 20 Minutes » avant le début de la Coupe du monde de rugby au Japon

Propos recueillis par William Pereira

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Iturria a été du naufrage pendant le Tournoi mais n'abdique pas d'être de ceux qui feront renaître le XV de France
Iturria a été du naufrage pendant le Tournoi mais n'abdique pas d'être de ceux qui feront renaître le XV de France — Peter Morrison/AP/SIPA

« Le nouveau staff ? Ça n’a pas eu trop d’impact sur nous, j’ai pas eu l’impression que ça ait trop changé. Ça se passe bien sur le terrain. » Si Arthur Iturria le dit, alors on peut le croire sur parole. Le géant Basque, qui débutera samedi contre l’Argentine en 2e ligne, est de ceux qui n’ont pas peur de dire les choses telles qu’il les pense. Ça fait un peu cliché dit comme ça, mais c’est la réalité. Par exemple, après la défaite contre l’Ecosse à Edimbourg en match de préparation, le Clermontois avait été l’un des rares à ne pas se cacher derrière le voile protecteur de la sacro-sainte défaite encourageante. « On est personne », n’a-t-il eu de cesse de dire pendant l’été. Mais il ne part pas pour autant défaitiste au Japon. Typiquement le genre de gars avec qui on avait envie de parler avant le Mondial. Alors on l’a fait. Première partie d’une interview en deux actes.

Vous vous êtes blessé juste avant la Coupe du monde. Avez-vous eu peur de la rater ?

Je sais pas si je pensais au pire mais j’avais surtout envie moi de revenir le mieux possible. J’ai eu la chance de pouvoir jouer les matchs de préparation, ce qui n’a pas été le cas pour tout le monde donc je suis forcément content de voir comment ça s’est goupillé. Si tu m’avais dit deux mois avant que ça se passerait comme ça j’aurais signé tout de suite.

Arthur Iturria, avec Clermont
Arthur Iturria, avec Clermont - Robbie Stephenson/JMP/REX/SIPA

Racontez-nous un peu cette préparation dont on n’a pas arrêté de parler. On vous a expliqué dans quel but vous alliez courir comme des bœufs tout l’été ?

Il nous avait été expliqué dès le début que pour mieux nous déplacer il fallait qu’on s’entraîne dur et courir. Donc voilà, la base c’est ça. Le jeu qu’ils veulent mettre en place demande forcément beaucoup de déplacements, c’est pas seulement en passant son temps sous une barre de muscu qu’on y arrive, ça demande d’être sur le terrain, de courir et d’en chier pendant deux mois comme on l’a fait cet été.

Les grandes nations ont pris ce tournant depuis un certain temps. C’est quoi l’écart avec les meilleurs, sur l’intensité et notamment la capacité à répéter les efforts pendant 80 minutes ?

Is ont commencé à le faire un peu avant nous, c'est ça la différence. Je pense qu’on s’y est pris un peu tard, même si avant on ne s’entraînait pas en marche arrière non plus. On s’entraînait correctement aussi. Maintenant je pense que le fait de l’avoir fait là va avoir des répercussions immédiates sur la Coupe du monde et nous pousser à essayer de le faire systématiquement. Je pense que maintenant ça va être le maître-mot. Même dans nos clubs respectifs on en discute entre nous, on voit qu’on tend tous vers ça. Forcément, le travail va payer un jour.

Vous parlez de clubs, justement sur le terrain il y a pas mal de Clermontois et de Toulousains. Ça peut apporter quoi au XV de France d’avoir une ossature issue des deux meilleurs clubs français ?

Ça peut aider les trois quarts de se connaitre. C’est une bonne chose pour les clubs d’avoir autant d’internationaux, ça prouve qu’ils font du bon boulot. Après est-ce que ça sert à quelque chose si on n’arrive pas à jouer ensemble ? Ça va être important d’avoir de la cohésion et pas seulement entre Toulousains et Clermontois.

Ou situez-vous ce XV de France avant l’Argentine ? A Marcoussis, vous disiez voir les Bleus en dessous de l’Argentine...

Il y a le classement mondial bien sûr même si je n’y accorde pas beaucoup d’importance. Ce qu’on voit, c'est ce que les Argentins arrivent à faire sur certains matchs. Depuis quelques années, ils progressent. Ils sont dans le vrai et ça donne quelque chose de propre avec des arrières qui jouent bien, dans les bons espaces. C’est pour ça que je nous mets honnêtement en dessous d’eux. Il faut être honnête et dire que parfois, il y a meilleur que nous. Mais ça ne veut pas dire qu’on a peur d’eux. Voilà, en ce moment, il y a meilleur que nous. C’est d’autant plus beau de jouer contre des belles équipes parce que c’est un beau challenge.

C’est bien d’être outsider ?

Il n'y a pas de position agréable ou pas. Il faut se dire que ce match va être primordial, on le sait tous. Il va falloir surtout le gagner. Qu’on soit outsider ou pas j’y porte pas plus d’importance que ça.

On vous sent très lucide sur le niveau de l'équipe de France, comme un vieux briscard... 

Il y a peut-être un peu de maturité. Vu le rugby actuel, je sais que je ne jouerai pas jusqu’à 40 ans. Après, cette lucidité sur le du XV de France je pense qu’on l’a tous, c’est juste ma manière de m’exprimer, ma manière d’être, c’est comme ça que j’ai été éduqué et c’est pour ça que je parle comme ça aujourd’hui.