Coupe du monde de rugby : « Je suis derrière le XV de France », assure Guy Novès, qui prépare un livre

RUGBY Samedi, Guy Novès commentera en public France – Argentine aux Halles de la Cartoucherie, à Toulouse. L’ancien sélectionneur, qui prépare un livre, se veut relativement confiant pour les Bleus qu’il soutient, tout en égratignant la FFR

Nicolas Stival

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Guy Novès lors de France-Japon, le 25 novembre 2017 à Nanterre. Son dernier match à la tête des Bleus.
Guy Novès lors de France-Japon, le 25 novembre 2017 à Nanterre. Son dernier match à la tête des Bleus. — J.E.E. / Sipa
  • L’ancien sélectionneur des Bleus Guy Novès, remplacé par Jacques Brunel en décembre 2017, commentera samedi France – Argentine depuis Toulouse.
  • L’ex-entraîneur du Stade Toulousain voit les Bleus se défaire des Pumas.
  • Cinq mois après sa victoire aux prud’hommes sur la FFR, le technicien ne se voit plus reprendre une équipe. Mais il prépare un livre.

Qui dit Journées du Patrimoine dit souvent visites de cryptes du XIIe siècle ou de garçonnières du Second Empire. Rien de tout ça samedi et dimanche aux Halles de la Cartoucherie. Le « tiers lieu » toulousain ouvrira ses portes au printemps 2021. D’ici là, il propose des animations ponctuelles, et celles de ce week-end, gratuites, sont placées sous le triple signe du rugby, de la culture argentine et du patrimoine industriel de la Ville rose.

Guy Novès interviendra en vedette samedi devant l’écran géant diffusant le match face aux Pumas qui marquera dès 9 h 15 (magie du décalage horaire) l’entrée des Bleus dans la Coupe du monde au Japon. « Guy expliquera avant le match comment il sent l’équipe de France, il fera une analyse à la mi-temps puis un debriefing au coup de sifflet final », explique Benjamin Duc, chargé de communication du Toulouse Université Club (TUC, partenaire des Halles de la Cartoucherie), et gendre de l’ancien manager iconique du Stade Toulousain.

« Je ne suis pas un prestidigitateur »

L’ex-sélectionneur des Bleus (65 ans) est coutumier de ce type d’interventions en entreprise, mais pas face au grand public. « Il m’est arrivé de parler devant 1.500 personnes au théâtre Mogador de Paris avec Alain Prost et Nelson Montfort, relativise Novès, qui officiera dans les mêmes conditions samedi autour de l’affriolant Nouvelle-Zélande – Afrique du Sud (11h45). Je ne suis pas un prestidigitateur, j’essaierai de dire ce que je ressens, de donner une vision, avec beaucoup d’humilité. »

Le contexte est forcément spécial. Après le précédent Mondial, voici quatre ans, Guy Novès avait succédé à Philippe Saint-André à la tête des Bleus, avec pour mission de guider la bande à Guirado jusqu’au Japon. Mais le vent allait tourner avec l’élection de Bernard Laporte à la tête de la Fédération française, en décembre 2016. Un an plus tard, le nouvel homme fort de la FFR licenciera Novès, qui prendra sa revanche devant les prud’hommes en avril 2019.

« C’est particulier, admet l’homme aux douze Boucliers de Brennus (dont deux comme joueur) et aux quatre Coupes d’Europe. Cette Coupe du monde devait correspondre à la fin de ma carrière professionnelle. Je la vivrai différemment. Après, il y a eu le procès, le résultat que l’on connaît. On sait qui a tort, qui a raison. »

« 99 % des joueurs, c’est l’équipe que nous avions sélectionnée à l’époque »

La victoire judiciaire, agrémentée d’une somme d’un million d’euros, n’a apparemment pas pansé toutes les plaies. « Cela restera une marque indélébile », causée « par des personnes qui ont remis 40 ans de ma vie en question. » « Aujourd’hui, je me concentre sur les miens et je réponds favorablement à certaines interventions », poursuit le Pibracais. Comme samedi donc. « Je suis derrière le XV de France, pas derrière l’équipe fédérale, précise-t-il. 99 % des joueurs, c’est l’équipe que nous avions sélectionnée à l’époque, avec Yannick Bru et Jean-Frédéric Dubois [ses adjoints]. A part Alldritt, un jeune joueur, ou encore Ramos… »

Et, selon l’ancien patron des Bleus, il n’y a pas de raison de se faire une montagne des Pumas.

« On présente l’Argentine comme un épouvantail. Pourquoi l’Italie et la Géorgie ne seraient pas des épouvantails alors ? C’est la onzième nation mondiale [la France est huitième]. Au tout début de mon mandat, nous nous étions déplacés chez eux [en juin 2016] et après avoir perdu la première manche [30-19], nous avions gagné 27-0. Nous avions remporté la série de tests. C’est une équipe qui reste sur neuf défaites consécutives, certaines contre l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud, mais pas seulement. Elle a aussi perdu contre la France [28-13 le 17 novembre 2018]. L’Argentine peut battre la France, mais sur dix matchs face aux Bleus, elle en gagnera deux. »

Alors certes, les Jaguares, qui forment l’ossature des Pumas, ont poussé leur saison de Super Rugby jusqu’à une épatante finale, « mais le rugby international, c’est différent », prévient Novès. « Je pense que la France sortira des poules et qu’elle peut réussir un bon parcours, poursuit-il, avant de convoquer le souvenir de l’incroyable épopée de 2011. Marc [Lièvremont, le sélectionneur de l’époque] avait obtenu des résultats phénoménaux. S’il gagne la finale [défaite 8-7 face à la Nouvelle-Zélande], il n’y a rien à dire. Alors que quelques semaines avant, la France était au fond du trou. »

Les dividendes de son futur livre « au rugby amateur »

Huit ans après, le XV de Jacques Brunel continue de creuser, mais Guy Novès ne semble pas décidé à l’enterrer. Et ensuite ? « Je n’ai aucune intention de parler de mon avenir. J’ai refusé des propositions importantes, pas que dans le secteur sportif. »

Si l’ex-patron du Stade Toulousain ne se voit plus sur un banc de touche, il devrait pourtant refaire parler de lui dans un futur proche, avec un livre qui reviendra forcément sur sa bataille avec la FFR. « Je l’ai commencé, ça prendra tournure après la Coupe du monde. Je reverserai les dividendes au rugby amateur. » Aux dernières nouvelles, Bernard Laporte et son bras droit Serge Simon n’ont pas encore préréservé l’ouvrage.