Coupe du monde de rugby: Haka, unité nationale, arbitrage scandaleux... Le XV parlementaire a affronté les All-Blacks et c'était chaud

RUGBY L'équipe de France parlementaire réalise un beau Mondial au Japon

William Pereira

— 

Photo de groupe
Photo de groupe — WP / 20 Minutes

De notre envoyé spécial au Japon,

Au mois de septembre au Japon, on peut prendre des coups de soleil et des coups tout court, surtout si on est rugbyman ou parlementaire. Ou les deux. Avant de voir les pros se rentrer dans le lard dès vendredi avec Japon-Russie en ouverture du Mondial 2019, les Japonais se délectent du spectacle proposé par des hommes qu’on a plus l’habitude de voir en costard que la gueule en sang et le maillot plein de terre : les parlementaires. Leur Coupe du monde a commencé dimanche et se terminera jeudi, à Tokyo. Et figurez-vous que la France, menée par son coach et ancien talonneur du Stade français, Mathieu Blin, y fait belle impression, comme en témoigne le sévère 29-7 infligé d’entrée aux Anglais. « On a fait une petite préparation, un peu de course, pas mal de gainage. L’idée c’était surtout de remettre en forme des gars qui restent assis 15h par jour. Mais là ils étaient bien, ouais », se félicite celui qu’on surnomme Momo.

« Referee ! Referee ! C’est quoi ce bordel ? »

« Là », c’était mardi matin en demi-finale du tournoi contre les All-Blacks (défaite 18 à 7), tenants du titre depuis 1995. Il faut dire que les Néo-zélandais n’hésitent pas à aligner des anciens internationaux de rugby à XV ou à VII, quitte à contourner les règles comme ils ont passé l’intégralité du match à franchir la ligne de hors-jeu en toute impunité. De quoi rendre Blin amer : « on a été mal arbitrés, et je leur ai fait savoir ». Sur le bord de la pelouse, staff et remplaçants, de droite comme de gauche, le font aussi savoir. Extrait choisi « Oh l’arbitre… Referee ! Referee ! C’est quoi ce bordel ? Quand c’est contre nous tu la connais pas la règle et là tu siffles ! » Un modèle d’unité qui renvoie à une vérité historique à laquelle le rugby n’échappe pas : les clivages finissent toujours par s’effacer face à la menace extérieure.

Sur le papier, l’éclectisme politique est pourtant bien présent. Le capitaine, Laurent Saint-Martin, élu LREM du Val-de-Marne est épaulé par Louis Aliot (RN) et habituellement Alexis Corbière (LFI), qui n’est pas du voyage au Japon.

« Ça se chambre un peu dans l’équipe, mais c’est là aussi où il y a un décalage entre la perception collective et la réalité, observe Mathieu Blin. La perception collective c’est que c’est des mecs qui se mettent sur la gueule parce qu’ils peuvent pas se blairer. Finalement c’est des élus de la République qui sont dans des partis qui sont dans une opposition de pensée mais ils sont aussi dans un système de pensée collective, donc ils partagent aussi énormément de trucs. »

Comme une clope et des bières pendant la troisième mi-temps. « Il y a pas de saké, ils en font pas encore en canettes. Remarquez, ils font bien du vin en canettes », se marre Boris Vilain, avant de dériver vers un débat sur la mise en tonneau et les vendanges comme on n’en fait plus.

Déchirure, sang, esprits chauds et essai

Mais revenons à nos moutons. Le match. Car il mérite d’être raconté. D’aucuns prédisaient une fine tranche de rigolade et un score fleuve pour la Nouvelle-Zélande. La vérité est toute autre. Comme dans tout France-All Black qui se respecte, le traditionnel haka galvanise les Bleus (comme Vilain qui a « fixé un gars dans les yeux et [ne l’a] plus lâché du regard ») qui manquent d’ouvrir le score sur pénalité. Sur le terrain, ça cogne fort. Plaquage bas, hauts, déblayages virils… Certains en font les frais, comme Philippe Jouvet, député suppléant des Pyrénées atlantiques, obligé de sortir pour s’étendre de tout son long au bord de la pelouse.

« C’est une déchirure, je pense. Un moindre mal. J’ai mis une béquille involontaire à un gars sur un grattage un peu costaud et je pense qu’ils m’en ont un peu voulu. Comme j’ai entendu un ‘crack’, j’ai cru que c’était le ligament. » Crack, c’est aussi le bruit qu’a fait le crâne de Mathieu Laporte – ancien du Stade Français – lequel a dû quitter la pelouse, tête en sang et maillot maculé. Avant de revenir sur le bord de la pelouse. « Ça va mieux là. Il va falloir que j’aille à l’hôpital pour me faire suturer mais si je mets un casque je pourrai rentrer à nouveau. Si le score était plus serré, j’y retournerais… »

A gauche, Matthieu Laporte porte les stigmates du choc
A gauche, Matthieu Laporte porte les stigmates du choc - WP / 20 Minutes

La Nouvelle-Zélande mène alors 18-0 et la fin n’est plus bien loin. Mais les Bleus s’approchent de leur premier essai et les esprits s’échauffent. Un début de bagarre point après qu’un All Black s’est mis à coller des petites gifles et laisser traîner les pieds sur un ruck. Laporte retourne au charbon, casque vissé sur le crâne. Le XV parlementaire français pousse et finit par marquer l’essai tant attendu. 18-7, le score ne bougera plus. Haie d’honneur pour les vainqueurs, photo souvenir, merci, au revoir. La déception est palpable, même si Vilain reconnaît la supériorité de l’adversaire.

Rien de mieux qu'une belle photo souvenir après une grande joute virile
Rien de mieux qu'une belle photo souvenir après une grande joute virile - WP / 20 Minutes

« Ils étaient au-dessus, y’a rien à dire ». Jeudi, à Tokyo, l’équipe aura l’occasion de se racheter en allant chercher une place sur le podium contre l’Afrique du Sud. Interdiction de se démobiliser, prévient Mathieu Blin dans son débriefing. « Peut-être que notre maximum à nous, c’est le prochain match. Mais s’il est mal appréhendé, ça fera deux déceptions de suite et ça nous laissera un goût amer. Vu les efforts qu’on fait depuis un mois, on mérite de rester mobilisés sur ce dernier match. » Jeudi, on saura si le message a bien été reçu.