Coupe du monde de rugby: Matchs annulés, reports, dégâts... Les typhons peuvent-ils gâcher la fête ?

RUGBY La météo risque de mettre les organisateurs de la Coupe du monde de rugby au défi

William Pereira et Mathias Cena, avec N.S

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Un court-métrage signé 20 Minutes Productions
Un court-métrage signé 20 Minutes Productions — : Kotaro Numata/AP/SIPA

De notre envoyé spécial au Japon,

Des vents à plus de 200 km/h, des aéroports et des gares à l’arrêt, des routes paralysées… Il y a un peu moins de dix jours, le typhon Faxai, l’un des plus puissants de la décennie, s’est abattu sur l’archipel japonais. Fait assez rare pour être souligné, le cyclone a traversé Tokyo, avec des conséquences pour l’équipe d’Angleterre, favori à la victoire finale et adversaire des Bleus dans la poule C. Les hommes d’Eddie Jones ont été contraints de poireauter dans leur avion puis dans l’aéroport pendant cinq heures, faute de car pour les transporter dans le chaos le plus total. Le contingent australien avait de son côté purement et simplement reporté son arrivée dans le pays hôte de la Coupe du monde. Forcément, la question se pose : un typhon peut-il frapper le Japon pendant le Mondial ?

Possible. Probable, même. « Nous sommes dans une période où il y a pas mal de typhons, de différentes intensités. Mais ce sont des choses qui passent assez rapidement », tente de nous rassurer Takeshi Hino, le talonneur japonais du Stade toulousain. Eddie Jones est un peu plus pessimiste, du haut de son statut d’ancien sélectionneur nippon : pour lui, il ne fait « aucun doute » que ces phénomènes météorologiques perturberont ce gros mois de Coupe du monde. Les derniers bulletins météo attestent d’ailleurs de la formation d’une dépression tropicale au sud du Japon.

C’est quoi la vie pendant un typhon ?

Ça commence par la diffusion d’alertes, des gens qui rentrent plus tôt du boulot ou de soirée pour se barricader chez eux et ça se termine par un siège, un Alésia de vent et de pluie. Sortir est synonyme de danger mortel dans les cas les plus extrêmes. Une personne âgée a trouvé la mort lors du passage de Faxai, propulsée contre un mur par des rafales surpuissantes et il n’est pas rare d’être exposé à des objets volants dehors bien que les Japonais essayent, autant que faire se peut, de rentrer pots de fleurs et babioles susceptibles de se faire emporter par le vent. Pour ce qui est des dégâts matériels, des poteaux peuvent être arrachés et les échafaudages tomber. « Quelques impacts mineurs sur les lieux et les camps de base [ont été constatés] », a ainsi indiqué lundi Nicholas Van Santen, porte-parole du Comité d’organisation. Mais pas plus.

Guère étonnant. Les grandes villes comme Tokyo et les autres cités hôtes sont relativement préparées pour ce genre de phénomènes. Mais ce n’est pas le cas dans tout le pays. 500.000 foyers ont été privés d’électricité après le typhon de la semaine dernière, des personnes âgées sont décédées faute de climatisation - il a fait près de 35 degrés à certains endroits après le passage de Faxai - et tout n’est pas encore rentré dans l’ordre. Des bandeaux indiquant les endroits où les gens peuvent aller s’approvisionner en eau, recharger leur téléphone, prendre une douche, défilent à la télé tous les jours.

Des 0-0 pendant la Coupe du monde ?

Si perturbations il doit y avoir, elles n’épargneront donc pas le rugby. A commencer par les entraînements. Les Bleus ont vu le robinet s’ouvrir au-dessus de leurs têtes pendant une séance qui a finalement pu aller au bout, la semaine passée. Quant à Eddie Jones, il a déjà fait savoir que les Anglais s’entraîneraient en intérieur si des typhons rendaient la pratique impossible en extérieur.

Le transfert des équipes et des supporters, ensuite. Un point sensible inquiète : pendant l’épisode du typhon Faxai, des centaines de vols et de trains à grande vitesse (Shinkansen) ont dû être annulés, et le trafic d’une bonne partie du réseau ferroviaire de la mégapole tokyoïte a été suspendu ou sérieusement perturbé jusqu’au lundi après-midi.

Enfin, et c’est bien sûr la hantise de l’organisation, les perturbations pourraient bien amputer le tournoi de plusieurs matchs tant la marge de manœuvre niveau calendrier semble quasi-nulle. Plusieurs cas de figure :

Un match de poule est déclaré injouable par les officiels (décision prise si possible à 8-9h de la rencontre) : Les deux équipes repartent avec deux points et un score de 0-0.

Un match de poule est interrompu pendant la première période : les deux équipes repartent avec deux points mais les points marqués pendant la rencontre sont pris en compte dans le goal-average, idem pour les éventuels bonus.

Un match (quel qu’il soit) est interrompu à la mi-temps ou pendant la seconde période : Le coup de sifflet final est donné et tient compte du résultat avant l’arrêt.

Seuls les matchs à élimination directe pourront être reportés dans un délai de deux jours pour être rejoués à Tokyo ou Yokohama.

Le scénario idéal pour les Bleus (parce qu’il faut bien en rire)

Après une première mi-temps parfaite contre l’Argentine (17-0), le XV de France gagne le match sur interruption pour cause de typhon et évite une seconde mi-temps façon Pays de Galles pendant le Tournoi des 6 nations. Après avoir fait le plein de soleil, et de bonus dans tous les sens en éparpillant Etats-Unis et Tonga façon puzzle, les hommes de Brunel sont privés de crunch à cause d’une autre tempête. 0-0, match nul, la France termine première du groupe au goal-average devant les Anglais. La suite appartient à l’histoire.