Coupe du monde de rugby : Intensité, foot US et Prince Albert… Qui est Thibault Giroud, le préparateur de l’ombre du XV de France ?

RUGBY Surdoué du sport, Thibault Giroud est l'homme qui se cache derrière la tentative d'accélération du rugby tricolore

William Pereira

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Quand Thibault Giroud parle, on se tait et on écoute
Quand Thibault Giroud parle, on se tait et on écoute — Thomas SAMSON / AFP

De notre envoyé spécial au Japon,

« Les verts, ici ! On revient vite ! » Thibault Giroud [aucun lien] a les cordes vocales bien accrochées. Deux mois et demi que le préparateur physique – directeur de la performance de son titre officiel - du XV de France gueule sur les joueurs pour qu’ils soient capables d’encaisser 80 minutes à haute intensité au Japon. « Et encore, il fallait le voir à Oliva [en Espagne, un gros mois plus tôt]. C’était le sergent instructeur dans Fullmetal Jacket. Il les lâchait pas. S’il y en avait un qui restait au sol, il lui disait de se relever mais le poussait dans le dos en même temps », raconte un confrère, encore impressionné. Un truc de préparateur physique, nous disait Arthur Iturria au détour d’une séance à Marcoussis, début septembre. « Ils sont tous comme ça parce qu’il faut qu’ils en imposent, mais je pense que [Thibault] est un bon gars. »

Ça pour en imposer, il en impose : au-delà du visage fermé et de la bouche grande ouverte, Thibault Giroud est une bête toute en muscles. Des mollets de pistard, un cou capable de supporter 30 fois le boulard de Cristiano Ronaldo et des bras de bodybuilder. Bref, un crack de la préparation, dont la singularité physique n’a d’égale que celle de son parcours. Car sachez qu’avant de devenir préparateur du XV de France, le Grenoblois est passé par le ski, le Foot US, le bobsleigh, l’athlé et le rugby, excusez du peu. Petit tour d’horizon.

Le ski : cool mais cher

Enfant, c’est par là qu’il commence. Du slalom, de la descente. Pas emballé par l’école, Thibault Giroud kiffe. Mais comme devenir Jean-Claude Killy coûte trop cher, il faudra laisser le ski de côté.

Le Foot US : de George Eddy au Québec

Quoi de plus logique, quand on a été bercé par la voix de l’immense George Eddy, que de s’essayer à un sport américain ? C’est décidé, il sera running-back. Le président de l’équipe des Centaures de Grenoble, Laurent Lambert, se souvient de son passage au club.

« Thibault est arrivé en 90 chez les juniors. J’ai le souvenir de quelqu’un qui travaillait beaucoup. Il avait une certaine exigence avec lui-même. Dans le foot US à l’époque, il y avait de tout, certains venaient pour s’amuser, d’autres étaient là pour travailler à fond. Thibault était dans la deuxième catégorie. »

Comme le travail paye, Giroud joue chez les Bleus en junior et finit par traverser l’Atlantique pour évoluer en première division universitaire au Québec. Il retournera en Europe à Munich puis Barcelone pour le compte de la Ligue Européenne, genre de filiale de la NFL. Pour ce qui est du joueur en lui-même, il faut encore voir avec Lambert. « Si on fait le parallèle entre sa carrière et la philosophie qu’il prône avec le XV de France c’est amusant parce que c’était un running-back très puissant et lourd, même si bien sûr il était quand même rapide. Mais c’est amusant qu’aujourd’hui, il soit précurseur en France dans la vitesse et l’accélération du rugby français. »

Le bobsleigh : sur la glace grâce au Prince Albert

Vitesse et accélération, deux qualités indispensables pour pousser un bobsleigh. Discipline dans laquelle Giroud se lance après une rencontre improbable avec le Prince Albert II de Monaco au détour d’une conférence sur le sport dans la principauté. « Je m’étais cassé la jambe et étais out pendant huit mois et à l’époque, je m’intéressais déjà à la préparation physique », raconte l’intéressé au Guardian. Rétabli, il roule pour la principauté dès 1997, avant de rejoindre l’année suivante l’équipe de France, où il fait équipe avec Bruno Thomas en bob à deux et à 4 en Coupe du monde et aux JO de Salt Lake (10e place). Son ex-équipier garde un bon souvenir de cette période.

« Il était très performant parce qu’il a un gabarit très puissant et rapide, ce qui était très intéressant pour nous sur les phases de départ en bobsleigh. Et puis surtout il avait une capacité à être très agile en termes de coordination, c’est un très important à l’embarquement. Et puis il avait aussi cette capacité à changer de position très facilement, il avait un profil très polyvalent pour une équipe de bob à 4. »

Thibault Giroud est quelque part dans ce bob
Thibault Giroud est quelque part dans ce bob - NIVIERE/NEBINGER/SIPA

L’athlétisme : dernière étape avant le rugby

La fin de carrière de Bruno Thomas couplée à une rencontre avec le sprinteur namibien Frenkie Fredericks le fera quitter les pistes gelées pour la piste tout court. Le coureur de 100 et 200m trouve en Thibault Giroud l’explosivité qui lui fait défaut sur les 50 premiers mètres et, l’estimant de bon conseil, l’invite à l’entraîner en Namibie avec des résultats probants… pour les deux hommes. « Frankie a beaucoup progressé sur ses 30 premiers mètres. Et grâce à son aide, j’ai couru en 10’’53 à mon retour en Europe. » Une machine.

Le rugby : déjà l’obsession de l’intensité

Un sport appelant l’autre, Giroud, de passage en Afrique du Sud avec Fredericks, fait connaissance avec l’ancien coach des Springboks, Andre Markgraaf. Déclic pour les deux hommes. Le premier ne comprend pas pourquoi les rugbymen ne cherchent pas plus la vitesse, et le second aime la vision du premier. La collaboration dure un an, après quoi le Français file aux Saracens puis à Pau, traçant sa voie dans une discipline qu’il n’a toujours pas quittée, jusqu’à devenir l’homme de l’ombre de la révolution du XV de France.

Epilogue : un préparateur physique-né

A en croire le président des Centaures, même jeune, le préparateur du XV de France avait déjà ça dans le sang, un véritable forçat de la salle.

« On se voyait presque quotidiennement et il avait de cesse de raconter ses performances à la salle de musculation, ses progrès au squat, son nombre de répétitions maximales, ce genre de choses. »

La passion du sport couplée au savoir acquis au cours de son odyssée éclectique ont fait de lui un préparateur aguerri, conclut-il dans les colonnes de Sud-Ouest : « le ski m’a confronté jeune à l’exigence du haut niveau. Du football américain, j’ai gardé la discipline d’entraînement indispensable quand on est confronté à une énorme concurrence. Au bobsleigh, j’ai acquis l’idée de précision parce qu’on lutte contre le temps. L’athlétisme enfin m’a appris qu’on ne pouvait pas vraiment progresser sans une technique parfaite. » La question étant : peut-on avoir inculqué à 31 rugbymen des décennies d’apprentissage en trois mois de préparation ? Pas dit, quand on part d’aussi loin que les Bleus.