Coupe du monde de rugby : Pression du triplé, modjo en berne et grosse adversité... Faut-il s'inquiéter pour les All Blacks ?

RUGBY Les double tenant du titre entament cette édition 2019 avec un peu moins de certitudes que par le passé

Aymeric Le Gall

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Les All Blacks ont lourdement chuté face à l'Australie début août (47-26).
Les All Blacks ont lourdement chuté face à l'Australie début août (47-26). — Greg Bowker / AFP
  • Les champions du monde en titre néo-zélandais rêvent de conquérir le titre suprême une troisième fois d'affilée. 
  • Pourtant, après un Four Nations calamiteux de la part des hommes de Steve Hansen, les rois du rugby apparaissent un chouïa moins blindés que par le passé. Quoique...
  • En réalité, c'est surtout le niveau de la concurrence sur le plan international qui est monté d'un cran ou deux. 

Avant chaque début de compétition internationale, le service des sports de 20 Minutes se creuse les méninges pour lancer au mieux l’événement et susciter l’intérêt de ses lecteurs. Bon, très souvent on se pose une question du genre « Et si c’était enfin l’année des Français à Roland-Garros ? » ou « Ce coup-ci, est-ce la bonne pour Romain Bardet sur le Tour ? ». Et chaque année on se plante, évidemment. Pour cette Coupe du monde de rugby qui débute samedi au Japon, on n’a quand même pas poussé le vice jusqu’à se demander si les Bleus pouvaient créer l’exploit.

Non. La déraison à ses limites, l’humour aussi. Reste donc les All Blacks. Les Néo-Zélandais déboulent au Japon avec une petite idée derrière la tête : faire ce que le Brésil n’a jamais réussi à faire en foot et devenir la première nation à gagner trois Coupes du monde de rang. Mais au vu de leur récente forme, un doute persiste. Alors, faut-il s’inquiéter pour les Blacks ?

Un Four Nations préoccupant

Si on se pose la question, ce n’est pas purement gratos. Les champions du monde sortent en effet de la petite sauterie du Four Nations avec une sévère gueule de bois, après avoir terminé à une incompréhensible troisième place derrière l’Afrique du Sud et l’Australie, et devant l’Argentine. Outre une victoire étriquée (20-16) face aux Pumas et un nul (16-16) contre les Springboks, on retiendra surtout la peignée historique que leur ont passée les Wallabies (47-26) à Perth début août.

Malgré tout, difficile de vendre l’idée de notre papier à Francis Delteral : « Je ne pense pas qu’il faille nourrir de grosses inquiétudes pour les All Black, tempère le consultant Canal +. Mais il est certain que le fait d’avoir pris cette volée historique contre l’Australie (c’est le plus gros score jamais encaissé par les Blacks) est au bas mot intriguant. Les responsables ont dû sérieusement se pencher là-dessus. Mais c’est une équipe qui reste quand même bien rodée, avec des joueurs de qualité qui ont beaucoup d’expérience. »

Même sérénité tranquille du côté d’Imanol Harninordoquy après un Rugby Championship qui aura surtout permis aux Blacks de « tester pas mal de nouvelles choses, de lancer de nouveaux joueurs, d’en changer d’autres de postes. » « Je pense qu’ils en ont surtout profité pour se roder, poursuit le finaliste malheureux de 2011 face à la Nouvelle-Zélande. Après, ce n’est pas impossible qu’ils rencontrent quelques difficultés mais ça reste l’équipe qui a le plus de ressources physiques, tactiques et mentales pour rectifier le tir quand elle est dans le dur. Même après une grosse défaite comme ce fut le cas contre l’Australie, on l’a vu le week-end d’après, il n’y a pas eu photo (36-0 face à ces mêmes Wallabies). »

La pression du triplé ?

Si les hommes de Steve Hansen n’ont donc pas perdu grand-chose de leur modjo, il n’est pas exclu non plus que leur talon d’Achille réside au niveau du cigare. A la différence des machines, froides et sans émotions, les All Blacks restent des hommes avec un petit cœur qui bat et des tripes qui gigotent. La perspective de remporter leur troisième Mondial d’affilée, ce qui serait du jamais vu dans le monde du rugby, peut-il alors leur couper les mollets ? Ici, deux réponses.

  • C’est un grand oui pour Francis Delteral

« Ça va commencer à s’écrire, à se dire un peu partout, et forcément ça tourne dans la tête des bonhommes. Ceux qui vont bientôt passer la main doivent se dire qu’ils peuvent faire ce que personne d’autre au monde n’a fait avant eux et à un certain moment ça peut leur compliquer la tâche. »

  • C’est niet pour Imanol Harinordoquy

« Je pense que c’est en 2011 quand on les a joués en finale qu’ils ont eu le plus de pression. Ils la jouaient chez eux, il y avait une attente énorme et on sentait vraiment qu’ils avaient un poids sur les épaules. Là encore je pense qu’ils vont y aller sans pression, en plus les fans japonais sont totalement fans des Blacks, ils sont vénérés là-bas, ça risque d’être l’équipe la plus soutenue sur place, ça va les porter. »

L’enfer, c’est les autres

Arrivé à ce stade, notre tentative pour vous rendre ce Mondial un tant soit peu indécis est clairement un flop. C’est dommage car, comme quand le livreur chronopost qui vous écrit « vous devrez être joignable entre 8h du matin et le mois de février 2021 », cette Coupe du Monde va s’étaler sur près d’un mois et demi et on ne cracherait pas sur une compet' pas totalement jouée d’avance. Prenons donc le problème dans l’autre sens : puisqu’il y a peu de chance pour que les Blacks se rétament d’eux-mêmes, peut-être alors faut-il compter sur leurs concurrents pour les y aider.

Là on touche quelque chose. Ce n’est pas pour rien que Jonny Wilkinson déclarait récemment que cette cuvée 2019 serait « le tournoi le plus ouvert » qu’il lui ait été donné de voir. « Il y a un resserrement très clair au niveau de la concurrence. Les grosses nations ne font plus aucun complexe contre les All Blacks, valide Francis Delteral. Avant, une équipe comme l’Irlande ou le Pays de Galles, elle avait déjà 15 points dans la gueule avant même d’entrer sur le terrain tellement elle était persuadée qu’elle ne pourrait pas y arriver. Mais ces équipes se sont données les moyens d’élever leur niveau et à partir du moment où ils ont vu qu’ils pouvaient faire jeu égal avec les Blacks, oui, ils les ont désacralisés. Il n’y a plus ce complexe, ce mythe All Black qui faisait peur aux adversaires. Et je crois que les Néo-Z le ressentent. » Hé alors, ça ne serait pas un début de suspense ça ?